‹ La nature; poésies: poésiesChapitre 9 sur 85 · LA VIEILLE HACHE · texte numérisé non relu

LA VIEILLE HACHE

Le fer et le manche lépreux, Au coin de la muraille où pousse Le champignon avec la mousse, Elle moisit d'un air affreux.

Soudain, en ce caveau qui grouille De légumes et de tessons, La hache, entre deux limaçons, Parle en ces termes à la rouille :

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LA VlEItLE HACHE. 29

— Je 3UÎS bîen hideuse, et ma. foi I Pauvre malheureuse cogne'e .1 Je souhaîte que Taraignée . 1 Ne travaille ici que pour moi !

Me quitteras-tu, cancer jaune, Où doi^-je à perpétuité En cette humide obscurité Rester ta pâture et ton trône ?

C'est pourtant un diable du fer Qui conçut et finit ma forme :

Je le revois sous Tombre énorme Du grand soufflet de son enfer !

Dos, lame et flancs, j'étais si nue, D'un si pur métal gris et bleu Au fil mince comme un cheveu...

Que mon aspect glaçait la vue. ,

LA N^ATIÎRE.

î Qîiând il fallait me repasser L^homme ne faisait pas la moue, Pas plus tôt en branle la rôuc Qu*elle avâit.fini, de grincer ! .". . -

Aussi, quand je quittais la meule, Il disait en s'émerveyiaîit :

« Ce que c'est ! Déjà, quel taillant !

c Elle va couper toute seule !»

Ah t oui ! l'aiguisage était prompt...

Et pétais sûre dé mon "rôle.

Lorsque je partais sur l'épaulé De mon maître, le bûcheron.

Alors, ni'eh allant aii massacre .

Du vieux chêne ou du grand bouleau, Je renvoyais tout comme l'éau - Des reflets d'ardoise et de nacre'

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Je tranchais si bien qu'en deux coups J'abattais les plus fortes branches, Je faisais des entailles franches Dans le cœur des buis et des houx.

Et, parce que tu m'as mangée, Peu d'abord, et puis, toujours plus, Parmi ces poinçons vermoulus Je reste là dévisagée.

Dans un souterrain plein d'effrois,

Avec des êtres lents et froids

Traînant un corps d'ombre et de' marbre

Ton acharnement me confond !

Qu'es -tu donc ? — La rouillft répond :

— ^ Je suis la vengeance de l'arbre.

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