‹ La Navarre et l'Espagne, ou Véritable nature de la question débattue par les armes dans la péninsule Ibérique et solution possible des difficultés qu'elle présente [par A.-P.-F. Guerrier de Dumast]Chapitre 1 sur 1 · La Navarre et l'Espagne, ou Véritable nature de la question débattue par les armes dans la péninsule Ibérique et solution possible des difficultés qu'elle présente [par A.-P.-F. Guerrier de Dumast] · texte numérisé non relu

La Navarre et l'Espagne, ou Véritable nature de la question débattue par les armes dans la péninsule Ibérique et solution possible des difficultés qu'elle présente [par A.-P.-F. Guerrier de Dumast]

* On a beaucoup écrit sur la lutté que soutient don Carlos fcontrè la reine Isabelle ; on a diversement jugé la position politique et militaire de ce prince. Suiviitit les opinions des journaliste^, dn lui a prophétisé un plein succès ou un prompt revers , qui üe se Sont réalisés ni l’un ni l’autre. Personne encore, peut-être, n’a Vu la question avec sang-froid et justesse, ou du moins ne l’a fait ainsi comprendre au public. Personne n’a signalé, ce me semb’e, le vrai caractère de cette guerre, et n’a indiqué le seul moyen efficace qui existe d’y mettre un ternie.

* A la mort du roi Ferdinand , le nombre était fort grand, sans doute, des Espagnols qui désiraient, avec raison, dans les affaires publiques, des améliorations et des réformes; mais le parti libéral ou philosophe proprement dit , — celui qui, Sous prétexte de corriger, veut détruire, — rie formait

encore qu’une coterie bruyante, d’assez peu d’importance réeUe. Ambitieux et rusé, il a su prendre depuis lors d’énormes accroissements, en exploitant le nom de deux reines, demeurées seules mal tresses de la capitale] mais une femme, mais ime fille au berceau, n’aUraient jamais suffi à lui donner le prestige nécessaire , si don Carlos eût paru dans Madrid. Devant ce prince, bonUne assez ordinaire peut-être , mais loyal , mais éourageux , mais dans la force et la maturité de l’àge , mais héritier mâle entouré d'enfants mâles , mais seul appelé par la loi salique , mais seul capable de commander aux Espagnols d’une manière non fictive.., les prétentions de régence féminine et de couronne enfantine se seraient évanouies comme des ombresi — Quelque route, à la vérité, qu’il eût prise, (soit en voulant résister de front aux exigences du Mouvement, soit en y cédant en partie , et préparant de sages transitions pour un futur régime de représentation nationale), son horizon, de part ou d'autre, demeurait chargé de nua^, et bien des périb auraient menacé son avenir. Souverain des Espagnes, il aiurait eu à porter une couronne chanceuse et pesante. Mais, du moins, on aurait vu pour long-temps encore, au-delà des Pyrénées, le règne de l'épée chevale» resque l'emporter sur celui du cotillon ; et la domination des hommes de coeur, d'action et de cro}'ance, prévaloir sur celle des pluasiers, des sophistes et des théophobes.

Où était alors don Carlos!* En Portugal. Pourquoi nt vint-il pas se montrer sur-le-champ ? On répond que des ordres étaient donnés à la frontière pour tirer sur Ini s'il y paraissait. Bel obstacle! Pareille menace devait-elle l'arrêter? arrêta-t-elle bfapeléon aux Cent jours? U fallait se présenter fièrement devant les lignes espagnoles, se lais^ coucher en joue, et s'avancer, au risque de sa vie, en di-

saut à ses compatriotes : « Je suis Taîiié des fils de vos rois, je viens vous délivrer des femmelettes. Mc voici avec mes quatre enfants , qui seront un jour quatre soldats : tire* sur nous, si vous l’osez. »

Don Girlos ne la prit pas, cette résolution vigoureuse. Mal conseillé, il laissa passer des jours, des semaines, des mois ; . il laissa s’organiser à Madrid un gouvernement , fiiible sans doute , mais unique et non contesté , auquel se virent obligés de prêter serment ceux qm en approuvaient le moins la uaissaneo; et s’il prit les armes pour revendiquer ses droits, ce fut long-temps après, lorsqu’on avait cessé de s’y attendre.

Retiré en Angleterre, il sort de cet asyle, il traverse incognito la France ; il se jette dans les fameuses pro~ vincias vascongadas , fières de leur noblesse millénaire et de leurs libertés immémoriales. L’Europe entière pousse un cri de surprise , et chacun fait scs conjectures. — Il va, dit-on être vaincu , chassé en un clin d’œil par les phalanges constitutionelles. — D va , dit-on, refouler au contraire la révolution espagnole, et remonter sur le trône de son frère. — Double illusion.

Pour moi , qui connaissais les hommes et les lieux , les acteurs et le théâtre de cette guerre ; pour moi. Monsieur, sans hésiter et dès le premier jour, j’ai dit à tous venants s c Don Carlos vient de s’enfermer dans un cercle invincible mais inextensible ; il vient de sc (aire une position tout à la fois assurée et bornée. Avec les Basques pour soldats , il craindra peu la supériorité numérique de l’ennemi ; mais avec les Basques pour soldats , il n’en acquerra pas d’autres, foutes les forces de l’Espagne viendront long-temps échouer contre cette poignée de héros à mœurs primitives ; mais ces héros primitfs resteront seuls , et ne se grossiront jamais d’une armée qui puisse soumettre l’Espagne. »

Dis-'— i/Coogh

Ce que la théoiie m’oTait fait proclamer d'avance , l’expérience l’a maintenant confirmé. Quelque dévoués, quelque infatigables, quelque prodigieux en bravoure que soient les champions du prince , à peine entrent-ils dans lea Castilles pu dans la basse Catalogne , que leur force électrique les abandonne , et qu’ils se trouvent de simple^ hommes, isolés dans la nudité de leur petit nombre, au pûlieu de populations ou hostiles ou indiil’érentes , dont le manque de sympathie les oblige bientôt à reculer, biais qu’à leur tqur, jugeant du pays basque par le reste de la Péninsule, les troupes de Christine veuillent poursuivre don Carlos sur le sol sacré des Euscaldes.., tout les y trompe , tout les y abandonne, tout les y frappe de terreur. L’Euscarie donne à ses enfants une puissance, magique , une vigueur, une intelligence, une valeur foudroyante, eu iàce.de laquelle les Espagnols les plus aguerris s’étonnent et n’osent tenir pied.— Quelques individus peuventbieu , dans les provinces au midi de l’Èbre, prendre intérêt aux succès des carlistes , se former même en guérillas ; mais il n'y a pas là de solide e^érance. De même, les Chiâstinos peuvent bien avoir des partisans daqs quelques-unes des vallées adossées à la chaîne du nord, mais U ne faut voir là que des anomabcs sans importance. — Au fait, ce ne sont pas uniquement deux systèmes, ce sont deux races qui se trouvent en présence. Deux centres royaux s’étant formés, à cent vingt lieues l'un de l’autre , ils ont respectivement attiré et fiât passer à l’état dWganisme autour eux , chacun la race au milieu de laquelle il est venu se placer. Or, en ne con-^ sidérant que les masses et négligeant les exceptions, nous pouvons tracer la limite précise de l’action de ces deujc foyers : tout , ce qrii parle la langue euscarienne est à don Carlos de emur et d’àme, à la vie, à la mortj tout ce qui

parle soit catalan, soit castillan, lui échappe, et désormais, content ou mécontent d’Isabelle, ne la quittera plus.., sinon peut-être pour tomber, qpioique avec regret, dans la république.

■ En voyant cet état de choses (qui se tourne en guerre & mort, faute d’une séparation devenue nécessaire), on est profondément peiné d’un série de malheurs affreux, dont le terme , en toute hj-pothèse de batailles gagnées ou perdues, est encore bien éloigné, si l’on ne change pas de but, et si chacun des deux partis, espérant subjuguer le parti rival , continue à vouloir obtenir un triomphe absolu. — D’une part , en effet , il est entièrement certain que don Carlos ne poussera jamais ses victoires jusqu’à Madrid, et que , piit-U même y entrer un moment , il en serait bientôt expulsé, n’ayant fout au plus exercé qu’une compression momentanée sur la fièvre révolutionnaire, trop bien déclarée mai 11 tenant en Elspagne pour ne pas y prendre ses développements jusqu’au bout D’autre part, il n’y a guère moins

d’impossibilité à une victoire définitive des constitutionnels dans le nord de la Péninsule , du moins tant que vivTa la génération présente i on peut en juger par le peu de succès qu’ils ont obtenu jusqu’ici , malgré l’avantage du nombre , malgré la possession des places fortes, et malgré les secours de tout genre que leur fournit l’active protection de la France et de l’Angleterre. Avec tant de moyens de réussite, si leurs triomphes ont été si faibles , c’est que la popiüation basque toute entière a non seulement tiré l’épée , mais jeté le fourreau ; c’est que , dans sa pureté , dans son énergie native, elle ne pourra jamais se soumettre au bavardage philosophistique des Voltairiens des cortès; c’est qu’avant de faire régner sur les vallées qu’elle habite , un sceptre féminin qui , malgré quelques restes de bonnes intentions , ne

rcprcscnlc plus guère à Madrid que la haine de Dieu , que la ponvoitisc des richesses et la licence de tous les plaisirs défendus.., il faut la dénaturer ou la détruire, la corrompre pu l’cxlerpiiner.

fJu spectacle déplorable , pt qui révolte l'instinct de la gé- |iéro$ité naturelle, afHige en ce moment les hommes justes et les hommes sensibles. C'est le même qui leup fut donné il y P dix pns devant Mjssolonghi : celui d’une résistance touphante et sublime que tout copceurt à écraser; d’une rér sis tan ce où la valeur et la vertu balauperaiept encore par leurs prodiges l’énorme supériorité du nombre, si les puis' sauces de pe nionde, neutres en apparence dans la lutte , ne venaient bravement, sous main , prêter secours à ceux qu{ en opt le moins besoin , fournir des armes aux plus forts et les anachpr aux plus faibles. Ce n’est pas assez que les provinces espagnoles, comparées aux provinces euscaricnnes , puissent fournir des bataillons décuples : on s’évertue , sous forme indirecte, à làvoriser toutes les attaques dirigées poptre les basques ; on envoie, popr recruter leurs ennemis, tous les routiers pt pottereaux de l’Europe; tppdis qu’à pux PP interdit toute assistance , non seulement en retenant prisonniers les amis qui voudraient les joindre, mais en arr frétant au passage la poudre même et les baïonnettes, dont ils ppraient besoin pour vendre clièrement leur vie ; pt s’ils parviennent à réunir assez de pièces de canon pour former une pauvre batterie de siège.., on ne rougit pas d’abuser do l'impunité qu’assure la fbrçe , jusqu’au poipt d^ leur enlever petto unique ressource. lolidèle gardien du champ-clos , 'pn ne leur laisse que la chance de tomber viçtimes un peu plus tôt ou plus tard; on sq repait de leur bravoure suiy Immaine pomme d’un objet de curiosité;, et, pareils à dps pialheureux livrés aux bêtps dans l’amphitéatre, on veut biep

leur permettre de combattre, mais à condition pour eux de succomber. Le cœur saigne , à voir une petite nation s’épuiser en effort héroïques, qui ne peuvent la conduire à rien, puisqu’à peine se relève-t-elle par des prouesses inouïes, qu’on lui arrache , un à un , des résultats conr|ui$ an prix du plus pur de son sang. Aussi l’indignation est'^llo générale à Bayonne , où l’on voit de près cette infamie ; et j’y connais d'honnètes gens , très-modérés , très-soumis à l’ordre actuel , très-éloignés d’un sentiment hostile pour le drapeau tricolore, qui frémissent, en se mordant les poings, d’une partialité si lâche, et qui rougissent jusqu’au blanc des yeux, pour l’honneur français, du personnage machiavélique et cnu-l que notre pays joue là-dedans.

Ah ! laissant de côté l’iiypocrlte réserve d’une neutralité dont on craint si peu de se départir, et qui ne fait que tendre un piège aux faibles et rendre leur agonie plus lente y ne vaudrait-il pas mieux les accabler tout de suite par une intervention directe P Alors, au moins, la question serait décidée. Lorsque cent mille soldats français auraient frau-r chi les Pyrénées, poim donner enfin la victoire à ceux qui ont trop de peine à la prendre, n’étant encore que dix contre un..., alors les derniers rejetons des Cantabres ponrraient sans honte cesser de se défendre, et dire, en se voilant la tète ; < C'en est fait ! U doit sullirc â notre gloire d’avoir disputé contre toutes les Eispagnes l’indépendance de l’Euscarie, et maintenu pour le moins égale la balance des combats, jusqu’au jour où l’épée des Gardois est venue y tomber, de tout son poids, dans le plateau de la servitude. »

Mais quoi! n’y a-t-il pas pour nous une position plus convenable encore à choisir, une action plus noble à exercer que cette intervention, même complettc et franche, en |àvem- de Christine? — Oui certes j i} existe un beau rôle qui

{Murrail nous apparleuir.., et -un rôle qui serait digne de tent<n’ la sagesse du roi des Français, car il n'aurait rien d'incompatible avec les nouveaux intérêts politiques que BOUS a crées la crise do 4830. '

Quand des dissentiments profonds et durables, quand des düTérences essentielles de moeurs, établissent entre des masses belligérantes une barrière que la victoire la plus entière ne suffirait pas pour abattre, quelle est la m^Ueure solution par où puissent se terminer les grands procès que la guerre u'a pas applanis ? Uu partage de territoire entre

les denx principes. '■ • . •

Ce fpt au 17.' siède, le secret de la paix de Westphalie, j entre les catholiques et les protestants. Ça été ainsi, de nos fonrs, que l'clTusion du sang s’est arrêtée deux fois, grâce ù des tiers ooncilialeans qui «ont venus tirer une ligne de démarcation : dans l’Orient , entre les Turcs et les Grecs ; dans le Nord , entre les Hollandais et les Belges. — La même chose pourrait ici se faire, et avec le même succès; car don Carlos est le roi des Basques, comme Isabelle est la reine des EIspagnoIs. / . >■

Observez, Monsieur, que le royaume à instituer ne serrait pas même nouveau. Célèbre à jamais dans l’histoire, et bien connu encore par son nom , qui reste celui d’uue vice^ royauté , il n’est autre chose que la Navabre. C’est en effet de la couronne de Navarre que les Basques se sont toujours rccoanBs los nobles et libres sujets ; et maintenant ils n’ont pas cessé de penser ainsi, comme on le voit par ce début de Tune de leurs chansons de guerre : ...

MafarUrren arraca

Ilil-da , edo lo-datça ?

P- <iLa race des Navaixais est-elle morte , tm n’cst-elle v qu’çndormie? » ^ l " ,

Seulement, par des misons faciles à sentir, il y aiuail convenance à ee que le territoire place sous la domination de don Girlos, et dont les deux capitales naturelles seraient Panipclune et Vittoria, s’appelât désormais royaume basconavarrais , comme l’on dit royaume lombardo-vênitien.

A partir de l’établissement de cette gratlde et claire division ( dont un arbitrage bienveillant se chargerait de tracer la ligue géographique ) , il serait accordé un an de ^ liberté réciproque, pendant lequel les habitants des deux nouvelles monarchies hispaniques pourraient opter à leur gré, et devenir citoyens de l’une ou de l’autre, eu se transportant sur le territoire où régnerait le principe qui leur plairait davantage. Passé cette année de grâce, laissée toute entière à l’exercice des attractions et des répulsions naturelles, la iàculté du choix cesserait, et chacun demeurerait sujet du royaume une fois préféré.

Ainsi, les convictions ou trop fortement religieuses ou trop fortement monarchiques pour pouvoir se résigner à 1 état pénible de désordre par où doit passer, pendant une époque plus ou moins longue, l’Espagne constitutioncllc , SC retireraient dans les provinces basques, sous la protection d’un trône qui répondrait à leurs sentiments et à leurs besoins. Le nombre de ces familles émigrantes ne serait pas, du reste, si grand qu’on l’imagine, parce que la liberté d'option sutfirait pour calmer beaucoup d’esprits, qui, satisfaits de la possibilité seule, hésiteraient, jiar bien des considérations de détail , à en venir jusqu’à l’acte.

De même, les libérales ou négros de Pampelunc et des autres villes destinées à faire partie du royaume de don Carlos, seraient maîtres d'échapper au sceptre de ce priuce, et daller chercher au imdi de l’Èbrc un gouvernement gpalogue à leurs idées. Mais il est aisé de prévoir qu’à l’ex-

œption des plus compromis, asses peu d'entre enx usemnnt de cette faculté , parce que l'établissement, dans le voisi> nage des Pyrénées, d'une nationalité distincte , avec les avantages que procure le séjour d'une cour, l'emporterait sur leurs préjugés haineux, en flattant et leur amour-propre de Navarrais',' et leurs intérêts de spéculateurs.

A la scission amiable dont il s'agit, tout le monde gagnebait; tout le monde. Monsieur, hormis les ^orgeurs et les intrigants ; hormis peut-être aussi les fous exaltés des deux bords. y - w

Don Carlos renoncerait, il 'est vrai, à ■ l'espérance de soumettre Madrid ; mais, dès à présent, cette espérance est illusoire. En revanche , il entremit dans les places murées d'un pays dont il ne possède que les viUes ouvertes et les campagnes; il acquerrait une couronne assurée pour lui et scs enfants. t

Christine et sa fille Isabelle y verraient la leur s'afièrrnir aussi. En 'Sacrifiant dans le nord quelques provinces hétérogènes , dont leur royaume n'a pas besoin , elles échapperaient aux embarras de la guerre, contre uii rival dont la ]^tite armée est aussi dévouée qu'iutrépide.., et surtout au (léril de la cépublique, beaucoup plus menaçant pour leur pouvoir. ' , ' •

Qui ne sait, en effet. Monsieur, que la principale cause drs excès des partis réside dans la crainte démesorée qu'ils éprouvent les uns des autres !, Rien n'est si violent qne la défiance, et si féroce que la peur. (Test à l'aide de l'eifroi incité aux préjugés libéraux par l'appréhensiou d'un retour victorieux de don Carlos, que les agitateurs, les chefs de clubs espagnols acquièrent de jour en jour plus d'ascendant, et qn'Us sont déjà parvenus à faire commettre nulle hop> reurs. |/a domination royale que l'on concéderait à ce

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prinCè sur une contrée de peu d’étendue, cl pour laquelle il renoncerait à de plus amples prétentions , ne tournerait donc pas uniquement à l’avantage de ses partisans, mais aussi à Celui de ses adversaires. Au moyen d’ime absence d'inquiétudes ainsi obtenue, les réformes, qui sont l'objet ou le prétexte de la révolution à Madrid, s’avanceraient d’une manière plus égale et plus sûre, moins tyraniques parce qu’elles seraient moins contestées 5 et les amis modérés et judicieux de cette révolution (car enfin, elle en a de tels), reprenant sur les septembriseurs de leur pays un ascendant qui leur échappe, pourraient la conduire à sou terme dans l’espace de peu d’années, et parvenir à la dépouiller de son caractère immoral et de la plupart de ses inconvénients.

Quant à la France, elle y gagnerait, avec la paix sur sa frontière, l’estime des héroïques Euscaldes, au lieu delà malédiction de leur bouche mourante. Elle y gagnei-ait de quitter un rôle de duplicité qui sied mal à sa firanchisi^ Ordinaire, et de lâcheté qui répugne à ses mœurs généreuses. Elle y gagnerait de cesser, envers des malheureux que déjà le nombre accable, une persécution souidc et perfide dont l’honneur et l’humanité s'indignent; de ne plus exiger enfin , de ses fonctionnaires et de ses guerriers , qu’ils fassent, contre les Basques, le métier qu’elle a tant blâmé que l’on fit contre les Grecs et les Polonais : celui de témoins complaisants, d’arbitres iniques, spectateurs apparents ruais complices réels des bourreaux.

Le Gouvernement craint sans doute que la Basco-Navarre, une fois érigée en état indépendant, ne devienne à nos portes un foyer d’intrigues conü e lui, un point de départ et d’appui pour des menées futures du légitimisme français: c’est une appréhension très-mal fondée. Quelque

pi éfcrence que puisse avoir eue don Carlos pour une branche royale au lieu d’une autre, on quelques justes égards qu’il puisse témoigner polir l’opinion d’oITicicrs qui sont venus servir sa cause, et qui ont eux-mémes celte prédilection, il ne faut pas s’exagérer l’infliicnce de considérations sonlimentales qui disparaitraient devant des avantages positifs , sérieux et majeurs. La paisible possession du sceptre, au milieu de populations fldèles qu’il aime et dont il est aimé; cette possession j non contestée , serait d’un tel prix et pour lui et pour les provinces attachées à son sort, qu’il ne serait jamais assez fou, l’ayant une fois qbtemie, pour risquer volontairement de la perdre, en s'allant brouillera plaisir avec le roi des Français. U y a plus : le prince espagnol pourrait en venir avec ce monarque jusqu’à la gratitude, s'il finissait par voir, dans Louis-Phibppe, l’homme qui lui aurait assuré une position souveraine , l’homme qui l’aurait fait reconnaître roi de Navarre par la quadniple alliance. Mais supposé <]ue, du côté de don Carlos, les choses n’arrivassent jamais à ce point.., son intérêt, à défaut de ses aflcctions , nous répondrait de sa conduite.

Moins choqué, d’ailleurs, qu’il serait de nos principes (bien adoucis aujourd'hui), que de l’exagération révolutionnaire de l’Espagne d’Isabelle, il préférerait à ses voisins du midi, qui chassent, dépouillent, ou mettent à mort les ministres de la religion , scs voisins du nord , qui leur donnent . asyle ; et l’on ne peut douter que ses rapports avec nous ne prissent un caractère uon-sculcment pacifique, mais satis&isant'Ct presque amical; d'autant plus que la rivalité des couronnes ibériques agirait puissamment en notre faveur. Entre le- royaume constitutionnel d’Espagne et le royaume -Basco-Navarrais, il- s’établirait émulation de bienveillance à notre égard;. .et ce .serait à qui des deux nous offiirait les plus belles conditions, soit diplomatiques soit commerciales'

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Reste donc, Monsieur, l’ Angleterre seule, qui pourrait Toir d’un peu mauvais œil l’heureuse transaction dont le plan vient d’être exposé. Encore serait-ce pour elle plutôt aiTairc de préjugé que de véritable intérêt ; car, sauf les passions protestantes , auxquelles se trouverait ainsi refusée une occasion de nuire au principe catholique, on ne voit pas ce que perdrait la Grande-Bretagne à laisser régner don Carlos dans le cercle que nous avons tracé , et à ouvrir aveo ce prince des relations de paûx et de commerce. Elle s’est , à la vérité, plus avancée que nous, eu fait d’hostilité contre les Basques; mais il serait facile à la France, son alliée, de se porter médiatrice, et de ménager qudqu» retraite honoriihlc à l’amour-propre anglais couqiromis.

Ce haut arbitrage, je le répète, nous appartient naturellement; toutes sortes de convenances le fléfèrent à notre belle patrie , placée en attitude de l’exercer avec dignité pour elle et profit pour tout le monde. U ferait honneur à la royauté de juillet , lui concilierait les suffrages de beaucoup d’hommes de poids , justifierait les éloges qu’on lui donne de modération et d’habileté , et contribuerait puissamment à Ini faire acquérir, en Europe , un nouveau degré de cette considération qu'elle se montre, avec raison, désireuse de pouvoir joindre à sa force matérielle.

— « Combien de temps , va-t-on nous dire , subsisterait la nouvelle monarcliie fondée au pied des Pyrénées? Égalerait-elle en durée l’antique couronne des Sanche et des Garcias?-» — Cela n’est ni sûr, ni même probable; mais qu’importe ? La Belgique , considérée comme état séj>ai-é de la France et de la Hollande, n’existera peut-être plus dans cent ans; et cependant, son érection en royaume a été un véritable bienfait , un moyen merveilleux d’arrêter le conre des haines et l’effusion du sang, eu donnant à la fois salis-

faction à des besoins opposés. Autant en arriverait-il par , rétablissement de la 'Basco-Navarre. — Que si, dans un siècle d’ici, les opinions et li“S mœurs venaient à se trouver ^ assez changées pour que rien ne distinguât plus les Euscaldcs d’avec les Eispagtiols, et pour que les habitants d'Oyarzun et d’Oisoiulo mourussent d’envie de se confondre avec ceuk de Madrid.., il serait temps d'aviser à d’autres combinaisons. Dans tous lés cas, les partis acharnés n’auraient pas moins joui jusque-là , dans la Péninsule , d’une paix que leur s«'paratiuii territoriale aurait seule rendue possible. — Pourquoi donc repousser des traités utiles , sous pré- , texte qu’ils ne seront pas éternels? A chaque époque scs^ passions, à chaqüe pa^ion ses remèdes. Danÿ l'ineertitude d’un avenir éloigné, c’est quelque chose que de parer aux maux présents, aux maux prochains; et des politiques sages, des négociateurs hommes de bien, ne pensent pas n’avoir rien fait , lorsqu’au prix d’habiles efforts et par tpiel-, ' ' |

que arrangement judicieux, ils ont pu assurer le repos et le bonheur <l’nn j»av's pour une ou deux générations. > wrs

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