Salinas, Monumenti sepolcrali, p
4. Ritschl, Jahrb. des Vereins von Alterthumsfr., 1866, p. 12etsuiv., s’est appliqué à mettre eu lumière l’emploi des pyramides comme pesons de métier, qu’on suspendait en lissant aux iils de la chaîne. Il a réuni un certain nombre de textes à l’appui de son explication. Cf. Sénèque, Epist. 90 : Quemadmodum tela suspensis ponderibus rectum stamen extendat. Pollux, VII, 36 : ’AyvüOsç Si xuï Isïixi, oi lidoi oi èÇrjprnué'JOt r üv aryjpivwv xxrà r/jt kpyalry.j iicjiajrixïiv. Pollux, X, 125, cite parmi les objets du gynécée le ïaç ràç y. al àyvîiSaç ; cf. Suidas, I, p. 63 (Bernhardy) : àyviiOeç, oi UOol roi i ivroij et Hésychius, I, p. 27, 50 (Schmidt) : c/.jjLQ sç • llv.i ; II, p. 19 : Isy.ç ■ t«ç c/.tvo rôjy inrôi'j xpep.u.-jvop.éva.ç oixpco; ’ Etym. Magn. p. 558 : A év. ■ vj ht roïç tortotç IlOqç, otl liOooc, èÇÿpTovv. Cf. Aristote, de Anim. générât. I, 4, p. 717 a, 34; V, 7, p. 787 b, 22. L’identité des cônes et des fusaïoles d’Hissarlik avec les «y wOcç et les Isïou a été de nouveau soutenue en 1883 dans un article du journal The Guardian (26 sept.) cité par M. Schliemann (llios, p. 517) : les textes invoqués avaient déjà élé réunis et discutés par Ritschl, dont le mémoire a échappé à M. Schliemann comme il était l'esté inconnu de M. Dumont. Ritschl explique les différences de grandeur que l’on constate entre les pyramides par le plus ou moins d’épaisseur et de résistance des lils qu’il s’agissait de tendre; mais il nous semble, pour les pyramides comme pour les fusaïoles, qu’elles ont dû servir à des usages multiples et que l’hypothèse qui en fait des pesons de tisserands ne doit pas être admise à titre exclusif. Ce sont des pesons ou contre-poids à bon marché, de fabrication facile, qu’on a pu employer dans les industries les plus diverses.
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D’autre part, leur caractère d’ex-voto religieux n’est pas attesté avec moins de certitude, comme nous venons do le voir par les dédicaces mentionnées ci-dessus. Il n’y a rien do surprenant à ce qu’un objet fort usité prenne, dans certaines circonstances, le caractère d’une offrande religieuse ou funéraire. Pour remonter aux origines mêmes de l’industrie humaine, ne trouvons-nous pas, dans les sépultures de l’âge de la pierre, dos haches en silex, en fibrolithe et en d’autres matières qui ne portent aucune trace d’usage, mais qui sout identiques par le travail et l’aspect aux haches que l’on recueille dans les stations préhistoriques et qui constituaient l’outil par excellence de ces époques primitives ? A côté do cos haches ordinaires, on découvre, surtout sous les dolmens armoricains, des haches en matières rares, importées de loin, comme la jadéite et la chloromélanite, qui, elles aussi, n’ont jamais servi et dont la signification religieuse est évidente. Elles sont aux haches ordinaires ce que la pyramide ornée de peintures découverte près de l’Éreclithéion est aux objets analogues, mais sans ornements, que l’on a recueillis un peu partout. Enfin, pour rester dans les limites de l’àge historique, ne savonsnous pas, par les inventaires épigraphiques des temples, que les objets les plus usuels do l’industrie humaine prenaient place dans les sanctuaires en qualité d’offrandes religieuses à la divinité ?
La forme même des pyramides et des cônes a été, depuis la plus haute antiquité, considérée comme un symbole religieux. Il suffit de rappeler les cônes funéraires de la Chaldée et de Chypre, les idoles coniques de l’ancien fétichisme oriental *, les cônes jetés en grande quantité dans les interstices des tombes en brique ou en terre cuite de la Chaldée et dont quelques-uns portent des formules do prière 2. En Égypte, on trouve en grand nombre auprès des momies de petites pyramides percées d’un trou au sommet. Sur les bas-reliefs et les peintures égyptiennes on remarque très souvent, parmi les offrandes aux dieux ou aux morts, de petits objets en forme de cônes 3. 11 y a
1. Cf. les représentations des stèles puniques, Phil. Berger, Ex-voto du temple de Tanit,
2. Cf. Perrot et Chipiez, Histoire de l’Art, t. II, p. 373; Ileuzey, Catalogue des terres cuites du Louvre, t. I, p. 42 et 51; Bircli, Ancient Pottenj, t. I, p. 150.
3. Cf. Mariette, Catalogue des monuments d’Abydos, p. 358, qui tend à considérer les pyra-
donc vraisemblablement dans l’emploi des pyramides et des cônes comme offrandes funéraires ou votives le souvenir d’une ancienne idée religieuse venue, comme tant d’autres, d’Orient en Occident et dont le sons précis a pu se perdre alors que la tradition en avait encore conservé l’usage.
En même temps que les pyramides et les cônes, nous avons découvert beaucoup de petits disques en terre cuite bombés, généralement percés près du bord de doux trous, parfois d’un seul. Les suivants portent des timbres avec des figures en relief : 1° Dans le timbre, un oiseau ; 2° une femme se baissant vers un enfant ailé ; 3° deux personnages debout ; 4° deux timbres sur une face, l’un au-dessus de l’autre ; dans chacun , deux amours luttant ; 5° Satyre assis , vu de face, tenant dans sa main droite levée une flûte; silhouette remarquable; 6° un masque; 7° une tête de profil; 8° une femme debout; 9° un seul timbre, avec deux amours luttant ; 10° enfant à genoux. Plusieurs autres disques ne présentent que des timbres sans aucune représentation.
Les disques bombés portant dos estampilles , qui sont certainement des marques de fabrique, ne sont pas rares : on en a recueilli dans les pays grecs et en Italie L M. Schliemann a découvert
raides comme le symbole de l’équinoxe, de la plénitude de la vie, ce qui en expliquerait l’usage comme amulettes funéraires dans les tombeaux; Birch, Ancient Pottery, t. I, p. 24; Wilkinson, Manners and customs of the ancient Egyptians, t. V, p. 398; Musée de Ravestein, n° 107; Ledrain, Revue de philosophie positive, 1882, p. 209-213.
1. Cf. Compte-Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1871, p. 277-279; 1872, p. vin; Catalogue du Musée Fol, n° 773; Raoul-Rochette, Mém . de l’Institut, t. XIII (1838), p. 622; Birch, Ancient Pottery, t. I, p. 182. M. Dumont ( Inscr . Céramiques, p. 409) signale des «pains de terre cuite» dont quelques-uns sont percés d’un ou de deux trous avec des lettres; l’inscription la plus fréquente à Athènes est TAYK. Raoul-Rochette, l. L, décrit un disque trouvé à Tarente qui porte l’inscription FTAICTfl Barker a découvert à Tarse des disques en terre cuite, actuellement au Musée Britannique, dont l’un porte dans un cadre le mot TlIMIfl; un autre présente une étoile en relief et les lettres A, E, un troisième le nom d’Apollos en caractères du 1er siècle av. J.-C. (Barker, Lares andPenates, or Ciciliaand its governors, 1 853, p. 202.) D’autres disques enterre cuite avec inscriptions (EnifONIOX, ZCülAAC» HHMIfïA, NIKCCOC, etc.) ont été signalés par F. Lenormant à Tarente et à Métaponte ( Gazette archéol., 1883, p. 70 et 196). Il faut peut-être y voir des jetons ou des tessères. Sur Remplacement de Thymbra en Troade, M. F. Calvert a trouvé un grand nombre d’amphores grecques avec une quantité de disques en argile bombés et percés de deux trous. Plusieurs disques portent des sceaux imprimés, dont l’un présente l’effigie de la double hache et de la grappe de raisin, emblèmes monétaires de Ténédos. M. Calvert pense que ces disques ont pu servir de sceaux pour les amphores auxquelles on les ajustait; des sceaux semblables, bien ,que non troués, sont encore en usage à
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dans les cinq cités superposées d’Hissarlik un très grand nombre de disques en terre cuite décorés de signes tracés à la pointe. Bien que ces signes n’aient pas encore été interprétés avec certitude, il est probable qu’ils présentent un caractère religieux ; plusieurs exemplaires portent la croix gammée, que certains archéologues considèrent comme le plus ancien symbole commun aux peuples de race aryenne 1 .
Les disques bombés, dont les formes sont très variables et qui sont parfois des rondelles plus ou moins épaisses, parfois des masses globulaires, aplaties ou coniques, ont été recueillis en nombre immense dans toutes les régions du monde antique et même dans des pays où la civilisation gréco-romaine n’a pénétré que fort tard. M. Schliemann en a découvert 22,000 dans les cinq villes d’Hissarlik, en particulier dans les quatre plus récentes 2. Pour ces objets, comme pour les
Lemnos, où ils servent à des usages médicaux après avoir reçu l’estampille du gouverneur de l’île (cf. Schliemann, Ilios, p. 961).
1. Des fnsaioles des terramares d’Italie et des stations lacustres de Suisse, en particulier du lac de Bienne, portent sur les bords des rayons incisés et des triangles. Cette ornementation primitive s’est retrouvée sur des fusaïoles d’Hissarlik et de Chypre. Cf. Schliemann, Ilios, p. 287; Merriam, American Journal of Archaeology, 1883, p. 160; Ilclbig, die Baliker in der Poebene, p. 23; Mortillet, le Signe de la Croix avant le christianisme , p. 48, fig. 31 ; Strobel, Avanzi Preromani, fasc. I, tav. m, 19; Nadaillac, Les premiers hommes, t. I, p. 275. M. Sayce a signalé la représentation d’un disque orné, identique à quelques-uns des spécimens recueillis à Hissarlik, sur une plaque en serpentine trouvée en Méonie qui a été acquise par le Musée du Louvre; il ajoute que M. Ilamsay a rapporté un disque tout pareil de Césarée en Cappadoce (Sayce, Troja, p. xvm, xxii; S. Reinach, Revue Archéologique, 1885, I, p. 54-61.) On a découvert en Écosse un grand nombre de pesons décorés de lignes rayonnantes gravées en creux (Evans, les Ages de la pierre, p. 435.) M. Schliemann parle de fusaïoles ornées comme celles d’Hissarlik, qui seraient employées aujourd’hui comme monnaies dans des îles de l’Océan Pacifique, où les indigènes n’en fabriquent pas (Bios, p. 289).
2. Hissarlik (Schliemann, Bios, p. 285-289, 510-517, 904-907, 914-916, 934-940, etc.); Mycénes et Théra (ibid., p. 289); Dodone (Carapanos, pl. lxi, nos 12-15); Attique (Koumanoudis, ’Emyp. èmTvpë., p. /.£' et la note); Chypre (American Journal of Archaeology, 1885, p. 160); Crimée (Compte-Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1870, p. xiv, xxiv; 1871, p. xxxmetp. 279; 1872, p. vin etc.); Carthage (Reinach et Rabelon, Bulletin du comité des travaux historiques, 1886, p. 32); les terramares du Pô (Helbig, die Baliker, p. 22, pl. i, 11-13; Pigorini et Strobel, Seconda relazione, p. 96, 97, 105; Coppi, Terramara di Gorzano, 1871, pl. xxix à xxxi); les anciennes nécropoles de l’Esquilin (Helbig, die Italiker, p. 83 et les notes) ; Padoue (Bullettino dell Instituto, 1877, p. 37); Veies (A rchaeologia, t. XLI, 1867, p. 206 et pl. v); Tarente (Raoul-Rochette, mm.de l’Inst., t. XIII, 1838, p. 122; Lcnormant, Gaz. archéol., 1882, p. 45); Villanova, Marzabotto, Bologne (Gozzadini, Di un sepolcreto etrusco scoperto presso Bologna, 1854, tav. VII et p. 28; le môme, Intorno agli scavi archeologici fatti dal signor Arnoaldi Veli presso Bologna, 1877, p. 83; Ulderigo Botti, la Grotta del Diavolo presso Bologna 1871, p. 36, pl. iv, 7 et 8); stations lacustres de Suisse et de France (Troyon, Habitations lacustres, pl. xn,nos 31-33; Mortillet, Musée préhistorique, pl. lmi, xci; Gross, les Protohelvètes,
pyramides, on a proposé les interprétations les plus diverses : on y a reconnu tour à tour des pesons ou des volants en usage dans l’industrie textile S des poids pour régulariser les plis des vêtements ou des tentures 2, des protège-pointes 3, des poids 4, une sorte de lest dont on garnissait le bord des filets pour la pêche 5, des boutons de vêtements6. M. Dumont pensait qu’ils étaient, comme les pyra-
1883, p. 100, pl. xxvi; Archaeologia, t. 47, p. 133 et pl. v [fusaïoles trouvées dans un tumulus de Lun kho fen, canton d’Argau, avec des objets de toilette féminine]; Chantre, Age du bronze, 1873, t. I, p. 221 et Album, pl. lxx); France (Mortillet, Musée Préhistorique, pl. xci) ; Angleterre' (Evans, les Ages de la pierre, trad. Barbier, p. 432-436; Arch. Journal, t. IX, p. 96; t. XXIV, p. 230; t. XXVI, p. 304; t. XXVII, p. 160; Archaeologia, t. XLVI, pl. xxv); Hallstatt (Sacken, das Grabfeld von Hallstatt, pl. xvii); Prusse (F. Kruse, Deutsche Alterthùmer, pl. ii; Schliemann, Ilios, p. 287); Danemark (Valdemar Schmidt, le Danemark à l’Exposition universelle, 1867, p. 32; Worsaae, Nordiske Oldsager, p. 18, n° 86), etc. — Nous nous sommes contentés, dans l’énumération qui précède, d’indiquer quelques passages de livres ou d’articles où l’on trouvera des représentations de ces monuments ou des observations sur les circonstances de leur découverte; mais il faudrait des pages pour énumérer seulement les localités de l’ancienne Gaule où l’on en a recueilli de semblables. De nombreux spécimens, avec indications de provenances, sont réunis dans les salles gallo-romaines du Musée de Saint- Germain.
1. C’est l’opinion la plus généralement admise. Cf. Raoul-Rochette, Mém. del’Inst., t. XIII, 1838, p. 622; Ritschl et Conze, loc. supr. laud; Evans, les Ages de la pierre, p. 436. M. Stephani s’y est rallié (Compte-Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1871, p. 280-281), sans pourtant l’admettre à titre exclusif. M. A. J. Evans ( Frazers Magazine, 1880, p. 337) reconnaît dans ces objets des volants de fuseau ( fly-wheels ) destinés à en accélérer l’action, emploi que l’on a constaté de nos jours chez les Polynésiens et les Iroquois.
2. Cette hypothèse a été exposée par le comte Gozzadini, Di un sepolcreto etrusco scoperto presso Bologna, 1854, p. 28, et Di un antica necropoli a Marzabotto, 1863, p. 38. Il qualifie ces objets de pesi o fioccketti aile vesti. Winckelmann ( Storia dell Arte, t. II, p. 670 ed. di Prato), Visconti [Mus. Pio Clement., pl. i, 8) et Zannoni ( Gallerie di Firenze illustr., ser. 4, t. III, p. 147, pl. 146, 151) avaient déjà reconnu sur les monuments antiques des poids attachés aux extrémités des vêtements pour les assujettir et en régulariser les plis.