PLANCHE XXX
1 . Tête de femme diadémée avec une couronne de feuilles lancéolées. — Voy. Catalogue , n° 356.
2. Tête d’Éros , penchée sur l'épaule droite. — Voy. Catalogue , n° 365.
3. Tête de femme diadémée. — Voy. Catalogue , n° 355. Ces trois tètes, d’une remarquable beauté, faisaient partie de grandes figurines qui étaient brisées et presque réduites en poussière l. Il est difficile de proposer un nom mythologique pour les deux figures de femmes : la première se rapproche plutôt du type d’Héra, la seconde de celui d’Aphrodite, mais on pourrait aussi y reconnaître des Muses ou des divinités allégoriques. La tête d’Éros appartenait à une statuette d’Éros hermaphrodite analogue à ceux des pl. xi à xiv; sa grâce, qui n’est pas exempte de mièvrerie, présente un caractère tout moderne qui fait songer aux types juvéniles de Carpeaux. La longueur démesurée du cou est une exagération où la recherche de l’élégance a souvent poussé les coroplastes de Myrina.
4. Jeune femme conduisant un cheval. — Voy. Catalogue , n° 214 2. Ce groupe, trouvé dans le même tombeau que celui des planches xix, n° 2 et xl, n° 4, rappelle une terre cuite donnée comme de Smyrne ou de Pergame qui représente un jeune homme debout à côté d’un cheval3. F. Lenormant avait cru y reconnaître un héros local de Pergame; M. Frcelmery voit un sujet de la vie réelle, l’éphèbe se reposant à côté de son cheval après la course4. Notre terre cuite, d’une conservation plus défectueuse, est d’un meilleur style. Nous ne savons à quel accessoire disparu appartient la saillie que l’on distingue sur la croupe '
1. Sur Ja découverte de ces figurines d’une taille inusitée, voy. p. 63 et 168. Cf. Catalogue, n° 29.
2. Pour les circonstances de la découverte, voy. plus haut, p. 93, tombeau n° 100.
3. F. Lenormant, Gazette archéologique, t. V, pl. 33, p. 327; Frœhner, Terres cuites d’Asie- Mineure, pl. 16, p. 37.
4. Le même motif avait été traité par Praxitèle dans un groupe que signale Pausanias au Céramique d’Athènes : sort Sï r cicpoç où rcoppu rwv irulioiv kniQ-()pt.<y. s%wv o--p«rtoirï;v iy.tz'p — «pearï;xor« • 6'j-vjv. pi'sv oùx oiâ'c'., npaÇtrsTvjç; <ï'ô xcù ràv brno-j xai rôv o’Tparnùrvjv èKolr]7în (Pausanias, i, 2, 3.) La fréquence des imitations de Praxitèle parmi les terres cuites d’Asie-Mineure donne de l’intérêt à ce rapprochement.
du cheval derrière la housse. Quoi qu’il en soit, la présence de la housse paraît indiquer que le cheval doit être monté et non attelé : nous aurions donc, s’il faut tenir compte de ce détail, une écuyère à côté de son cheval, motif très rare dans les monuments figurés.
Toutes les fois que les auteurs anciens mentionnent des femmes à cheval, ce sont des Amazones ou des héroïnes. La nécessité seule pouvait faire de la femme grecque une écuyère; elle n’y cherchait pas, comme la femme de nos jours, un exercice physique, un divertissement ou un prétexte à paraître. Aussi le motif de la terre cuite de Myrina ne doit pas être emprunté à la vie réelle : c’est évidemment un sujet mythologique.
En dehors des Amazones \ qui sont des guerrières barbares et que l’on reconnaît à leur costume particulier, l’art antique n’a figuré que par exception l’association de la femme et du cheval. Il faut naturellement laisser de côté ici les nombreuses statuettes galloromaines représentant une femme à cheval, que l’on désigne généralement sous le nom de la déesse gauloise Epona 1 2. L’Aphrodite équestre, Venus equestris, n’est connue par aucun monument dont l’interprétation soit certaine et parait n’être qu’une conception tardive3. C’est de la Grèce du Nord, pays en contact avec le monde barbare et où l’élevage des chevaux était une industrie florissante, qu’est venue la représentation d’Artémis écuyère, "Apre^t; fo-ia, ùc-oGoa, que l’on trouve figurée sur une monnaie de Phères et dont dérive le type plus répandu de Séléné 4. Celle-ci, que l’on faisait aussi monter sur une
1. Klügmann, Die Amazonen in der attischcn Literatur und Kunst, 1875.
2. Cf. l’article de Peter dans le Lexikon der Mythologie de Roscher, p. 1216 et suiv., où l'identification de ces écuyères avec Epona est contestée, sur l’autorité d’un mémoire de Becker qui ne nous parait pas concluant. Pour les statuettes de ce genre trouvées en Gaule, voy. mon Catalogue du Musée de Saint-Germain, g. 31, lia, 117. Une bibliographie très étendue est donnée dans l’article cité de M. Peter; cf. Tudot, Figurines en argile, pl. 34, 33.
3. Bernoulli, Aphrodite, p. 412; Preller, Griechische Mythol., t. I, p. 270; Rômische Mythol., p. 394; Stephani, Compte-Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1874, p. 36. Les seuls textes antiques sont ceux d’un scholiasle de Ylliade, n, v. 280, de Servius (Ad. Aen., i, 720) et d’un auteur byzantin qui signale ù Constantinople une statue de Vénus équestre (Banduri, Imperium orientale, t. I, Antiq. Constantinop., lib. vi, p. 124.) La figure d’un relief de miroir, interprétée comme Aphrodite Hippia par M. Mylonas (rtapao-o-oç, 1877, p. 39), a été considérée par M. Heuzey comme une Déméter enlevée par Poséidon transformé en cheval (Comptes-Rendus de l’Académie des Inscriptions, ZI avril 1877.) Cf. Dumont, Bulletin de Correspondance hellénique, 1877, p. 110; Bullelt. dell’ lnstit., 1870, p. 36; Compte-Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1880, p. 82.
4. Sur Artémis protectrice des chevaux, cf. Schreiber, dans le Lexikon der Mythologie de
DESCRIPTION DES PLANCHES
chèvre l, paraît tantôt conduisant un char 2, tantôt sur un cheval 3 ou sur une mule ; Pausanias signale une Séléné équestre parmi les bas-reliefs du trône de Jupiter Olympien, mais il ajoute que quelques personnes tiennent sa monture pour une mule et rapportent à ce sujet une fable puérile 4. La même incertitude existe pour la monture d’une divinité de la frise de Pergame, que l’on considère généralement comme Séléné 5. Éos, qui fait pendant à Séléné sur un certain nombre de vases représentant le lever du jour, où. elle précède Ilélios tandis que Séléné s’éloigne, conduit le plus souvent un char attelé de deux chevaux c, mais elle paraît également à cheval ou conduisant un cheval à la main comme pour l’atteler au char du soleil 7, motif qui se rapproche beaucoup de notre terre cuite. Le témoignage d’une monnaie impériale, où Éos, désignée par l’épigraphe Hou, tient par la bride un cheval qui se cabre, est particulièrement inté-
Roscher,t. I, p. 569. La monnaie de Phères avec Artémis (?) sur un cheval au galop est gravée dans Gerhard, Akadetnische Abhandlungen, pl. vin, 6 (= Wieseler, Denkmàler, t. II, n° 173); cf. Stephani, Compte-Rendu p. 1860, p. 46. Il est très douteux qu’il faille rapporter à cette déesse la monnaie de Patrae, Akad. Abhandl., pl. vin, 5 (— Wieseler, t. II, n° 174). Voy. encore Pindare, Olymp., ni, v. 27, Pausanias, vin, 14, 4 ("Apzsuuç Eôpimztx), et sur les rapports entre Artémis Ilippia et Séléné, Stephani, Compte-Rendu p . 1860, p. 45.