XI. Mois de juillet
Pendant le mois de juillet, on n’ouvrit que dixhuit tombeaux. Je ne donnerai ici l’inventaire que de quatre ou cinq.
Le 6 juillet, on trouve dans un tombeau, avec les six poteries ordinaires, une petite tasse à double oreillon horizontal, un aryballe de terre noire et de forme sphérique, un autre petit vase en forme de toupie, à double oreillon, avec cercle de couleur claire sur la panse, une hachette de bronze, un chalumeau en os long de 0ra13 (fig. 62), une cyproea moneta , deux scarabées et enfin un tonnelet en terre cuite long de 0m20, représentant un animal à large poitrail, à corps cylindrique, à queue et à pattes très courtes. Un goulot émerge du dos. La tête, qui devait être grosse et épaisse,
manque. Les épaules, les cuisses et les côtes sont accentuées par des traits de couleur noire sur fond rouge.
9 juillet. C’est dans une chambre creusée au fond d’un puits rectangulaire que nous trouvons deux plaques de plomb de forme irrégulière. Dans l’une
Fig. 63. Lamelle de plomb (face et revers).
d’elles (fig. 63) apparaît l’intention de représenter sur chaque face une tête de profil. Un trou
qui traverse la plaque figure l’œil. Ce plomb pèse 71 grammes, l’autre 139. Ils ont été trouvés avec un pecten et une rondelle en os de 0m04 environ de diamètre, percée d’un trou au centre, du vermillon, deux croissants en argent, deux hameçons et une anse de bronze, une lame et un autre instrument de fer, à double extrémité pointue, des amulettes et des grains de collier dont un en améthyste et enfin les six poteries réglementaires.
Le 10 juillet, une caravane de soixante touristes, amenés dans les eaux de Bizerte par le plus beau des navires de la Compagnie des Messageries maritimes, le « Chili », faisant son premier voyage d’essai, venait visiter Carthage. La caravane, composée de personnages d’élite, de plusieurs sénateurs et des administrateurs de la Compagnie, la plupart avec leur famille, était dirigée par M. Lesueur. Après avoir visité la cathédrale et le musée, on se rend aux fouilles. A Douïmès, on ouvre précisément une tombe. C’est une simple fosse et ces touristes de marque sont émerveillés de voir sortir de terre l’une après l’autre les poteries funéraires, c’est-à-dire les deux fioles, les deux urnes, la lampe et son plateau. La hachette de bronze complétait seule le mobilier de cette tombe ouverte devant une si nombreuse assistance.
Les poteries furent offertes aux passagers du « Chili », qui, de retour à bord, voulurent manifester leur reconnaissance et leur intérêt à l’aide
d’une très généreuse souscription pour la continuation des fouilles de la nécropole. Cette souscription, sous forme de loterie, produisit la somme de sept cents francs .
Cette action généreuse honore trop ceux qui en ont été les instigateurs pour que je ne tienne pas à en conserver ici le souvenir.
1 \ juillet. On trouve plusieurs squelettes d’ani-
Fig. 64. Statuette d’ivoire (face).
maux, puis on ouvre une simple fosse dans
LA NÉCROPOLE PÜNtQÜE DE DOUÏMES
laquelle on avait déposé, à côté du cadavre, des urnes, une tasse à anses, un godet en cristal de roche, un collier formé de grains et d’amulettes, un pendant d’or, un bracelet et des bagues d’argent, enfin une curieuse statuette, creuse, en ivoire, haute de 0m13.
Cette figurine représente une femme coiffée à l’égyptienne et vêtue d’une longue robe (fig. 64-
Fig. 65. Statuette d’ivoire (revers).
66). Le cou est orné d’un collier. Les bras sont
raides et collés au corps. Les mains, réunies sur la poitrine, soutiennent les seins, qui sont à peine indiqués. Sur le reste du cylindre qui forme la robe, l’artiste a ciselé trois longues bandes quadrillées qui tombent, l’une dans le dos, les deux autres sur les côtés de la statuette. Par-dessus ces bandes, à la hauteur des reins, passe une ceinture dont les deux bouts croisés pendent
Fig. 66. Statuette d’i'voire (profil).
en avant, s’écartant à droite et à gauche. Le bas
de la robe est orné d’une frange. Les pieds ne sont pas indiqués. La manière dont cette femme, ou plutôt cette déesse, est vêtue, fournit un des rares exemples du costume carthaginois. Elle offre aussi certaines analogies avec une statuette qui se trouve dans les collections du Louvre1. Le cylindre d’ivoire est creux; le bord intérieur est percé de quatre petits trous qui semblent avoir servi à fixer la statuette sur un morceau de bois qui la remplissait intérieurement. Cette figurine formait probablement le manche d’un miroir.
La statuette d’ivoire que possède le Louvre n’a pas de tète. Elle provient de Chypre, de cette île soumise aux Phéniciens au vne et au vie siècle avant notre ère et dont les antiquités ont tant d’analogie et parfois de ressemblance avec les pièces d’archéologie punique trouvées à Carthage.