‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 4 sur 68 · II. i-.<i",G(Hinlc · texte numérisé non relu

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ET LA VIB HOLLANDAISE. tS

je n'airienàfwe.D La plupart desfileusesde laine avaient cependant repris leursoccupations ordinaires ; des rouets en mouvement palpitaient sous leurs. doigts. Quelquesunes de ces femmes avaient cette beauté du malheur qui pénètre l'&me. Leur costume était rustique,' mais convenable. Les dames de la ville avaient tout d'abord envoyé des objets de leur garde-robe pour habiller cçs infortunées : le président de la commisâon jugea avec un goût parfait que ces vêtements de luxe, bien loin de rehausser la condition de ces pauvres villageoises, feraient d'elles les caricatures vivantes de la bienfaisance publique. La plupartde ces femmes avaîentdesenfants, quelques-unes étaient' même accouchées depuis la catastrophe. Ces pauvres petites créatures aux yeux bleus, aux cheveux blonds, & la figure ignorante du mal, étaient caressées par leurs mères avec un orgueil et une tendresse qui n'avaient rien d'étudié. Dans toutes les conditions de la vie, dans tous les rangs de la société, la femme ne se montre jamais si . bien mère qu'après un danger qui a mis en question son existence et celle de sçn enfant. L'église, convertie en lieu d'asile, était appropriée, non sans art, à la nouvelle destination, et, si on l'ose dire, au culte nouveau qui venaitdes'yétablir. Les exercicesde la journée étaient marqués par leson de lacloche: l'ordre leplus parfait régnait, et le lien de la discipline était visiblement la reconnaissance. Une partie du bâtiment avait été préparée pour la nuit : les hommes et les femmes couchaient séparément dans des cases, sur un lit de paille. Dans cette église,

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d'où le service religieux s'étùt retiré pour céder la place au soulagemeBt des misères humalaes, le christianisine en était revenu à l'histoire de la crèche. Des murs sanctifiés naguère par la prière, sanctifiés maintenant par la . bienfaisance publique, des victimes rachetées pat le sentiment qui honore le plus les civilisations modernes, des soufirences consolées, tout cela était bien placé dans la maison de celui qui préférait la miséricorde au sacrifice. Le lendemain de notre visite aux inondés, nous nous rendîmes par le chemin <)e fer sur le théUre même de l'inondation. Par le même convoi, des femmes que nous avions vues la veille dans l'église dlJtrecht retournaient à Veenendaal ; elles allaient retrouver leut% pauvres maisons et s'assurer par elles-mêmes de l'étendue des désastres. Le chemin de fër avait été lui-même frappé et rompu par les vagues : la circulation n'était rétablie que depuis une semaine. Arrivé à la station, près de Veenendaal, nous demandâmes la voiture qui conduisait 'au village ; on nous montra une barque. Les chemins en etfet étaient encore sous l'eau. Ce fut un tnste et pénible voyage. Nous allions, à vrai dire, reconnaître un village perdu. La vue seule des lieux pouvait donner une idée des pertes que leshalûtants avaient essuyées. A chaque instant, le long d'une mare profonde qui avait été jadis une chaussée, nous rencontrions des toitures dontles tuiles avaient, pourainsi dire, été effeuillées, des pans<le murailles renversés, déchirés, des porlesenfoncées,des vitres hriséesjdes greniers rompus qui pendaient

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ET LA VIE HOLLANDAISE. Si

tristemeat sut des pilotis mis à nu, en un mot des squelettes de maisons. Ailleurs, ce n'étdent plus que des lambeaux de maçonnerie, des amas de décombres et de briques, un fouillis sans nom. Plus nous avancions dans intérieur du village, plus notre émotion redoublait à la vue de ces habitations sans habitants, de cette petite église, qui avait servi d'arche au milieu du déluge, de ces rues qui étaient une rivière. Notre barque s'arrêta. Nous entrâmes dans quelques maisons : les moins malti'aités d'entre ces pauvres gens étaient occupés à réparer ce qui pouvait encore être sauvé de leurs meubles et de leurs instruments de travail. Une ligne onduleuse marquait sur les murs intérieurs la hauteur à laquelle les eaux s'étalent élevées. Nous avions partout devant les yeux la désolation, la destruction, la misère.

La barque que nous avions frétée se remit en route et se dirigea vers la campagne avoisinante. Ce n'était qu'une mer, au-dessus de laquelle s'élevaient des têtes d'arbres. Une bande de canards folâtres nageait avec des cris autour de la barque et insultait par sa joie à la mélancolie du paysage. Si loin que s'étendit le regard, on voyait l'eau, toujours l'eau. Un rayon de soleil était répandu comme uu sourire de réconciliation ou d'ironie sur cette vallée, creusée naguère par la bécbe et la charrue, k' bourée maintenant par la rame. Si nous avions pu oublier l'homme, nous nous serions volontiers complu dans la contemplation de ce lac, sous lequel les semailles et les espérances de l'année étaient ensevelies, La na-

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tur6 se montre belle jusque dans ses ravages. Nous eûmes la curi;amté d'aller voir l'endroit oJi la digue du Rhin s'était rompue. La blessure à travers laquelle le fleuve avait perdu ses eaux était fermée par des travaux provisoires. La vue de cette cicatrice durcie au flanc du géant était bien faite pour inspirer une grande idée des ouvrages de l'homme et des forces tumultueuses de la nature. Quant au Rhia, il était rentré dans son lit, tranquille et sommeillant comme un lion dans son antre après un mauvais coup.

Si l'homme se montre supérieur à la puissance aveugle des éléments, c'est surtout par le courage moral, par l'oubli de soi-même et par l'exercice de la générosité publique. La poésie et la peinture s'emparèrent bientét de ces scènes locales où la sympathie, l'admiration et la ' pitié s'étaient é((alées aux proportions terribles du fléau. On avait vu dans le pays inondé par le Khin ce que peut je sentiment du devoir aux prises avec la fureur des éléments. Devant une calamité semblable, devant un bé- • roïsme s! déûntéressé, toute la Hollande s'émut. Une souscription fut ouverte et devint une affaire nationale. Les troncs coururent de ville en ville. La Haye, k elle seule, contribua pour une somme de 65,000 florins. ' Dans ce pays, oit chacun est en quelque sorte menacé par l'eau dans ses foyers et dans ses autels, il existe entre tous les Hollandes une fraternité touchante et soudaine pour les victimes de chaque grande inondation. Cette compasdon nait de la communauté du danger, mais elle

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est aussi dans le sang, car la race néerlandaise se montre généralement charitable. L'émotion produite par les derniers malheurs s'est étendue au delà des frontières hoUandaigeâ : de la Belgique, de l'Angleterre, de l'Allemagne, des secours sont arrivés aux victimes de t'inondition(l). Pmssece généreux mouvement se propager et attirer quelques dons nouveaux sur des populations . dont les plaies saignent encore ! La conscience antique frémit le jour où un acteur récita sur la scène romaine ces simples mots : Homo sum, humani nikil à me alienumpulo. Il est temps, il estjuste queles nations se disent de même : « Je suis peuple ; rien de ce qui arrive aux autres peuples ne m'est étranger. »

Aujourd'hui les traces du dernier déluge ne sont pas entièrement effacées ; les eaux se retirent, mm lentement, et cette retraite découvre de plus en plus l'étendue 'des ravages. D'énormes troncs d'arbres ont été coupés par la glace ; des maisons pourries par les eaux s'écroulent encore tous \es jours. Cependant le paysage renaît. G'estunspeGtacletristementbeau,unique dans le monde, que cet archipel dlles, ces fermes, ces campagnes, ces villages sortant avec le printemps des flots d'une mer qui s'abaisse. Semblables à la baigneuse qui secoue au soleil ses membi'es retrempés et vigoureux, les terres

(t) Un moii on deux après le désastre, une société de mneique est Tenue de Hallnes donner des concerts en faveur des Inondés, k la Haïe, k RoUerdain, ji Dordrecht. Toutes ces villes étaient pavolsées comme ponr une fête. C'était une réconciliation de la Belgique «t. de la Hollande sur l'autel de la charilé.

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