PRINTEMPS
(Donatelli Opus.)
Lorsque, riant et nu sous un chapeau de fleurs Où le lierre s'enroule aux anémones vives, Sous un ciel d'aube neuve et claire, tu arrives Semer avec la joie un répit aux douleurs,
Tandis qu'insoucieux, au gré des flûtes mièvres Qu'anime ton caprice amoureux et changeant, Le long des purs ruisseaux que des saules d'argent Effleurent du baiser de leurs furtives lèvres,
138 LA iNEF DÉSEMPARÉE
Parmi les prés, au fond des bois, dans les halliers Dont ondule le sol au flux des primevères, Tu guides dans leur danse un chœur de nymphes fières Ému comme la brise emmi les peupliers,
Tandis que, te dressant, d'un regard tu dissipes La langueur des brouillards où s'est attristé Mars, Et que déjà cueillant leurs coupes d'or épars Tu rafraîchis tes yeux aux premières tulipes,
Sur les grands monts debout, ô Toi, de qui descend Le fleuve harmonieux de ta grâce parfaite, Ton torse lilial illumine le faîte, Victorieux guerrier, David adolescent !
Tu nargues la rudesse et l'audace farouche Du lent Hiver que nulle oraison n'a fléchi ; Le piège qu'il te tend d'un bond tu l'as franchi, Tu l'abats sur le sol d'un souffle de ta bouche.
Qu'à son tour il t'implore, et tu laisses neiger Sur ses membres raidis le pardon des pétales Sans plus te souvenir des bourrasques brutales Dont sa rage insultait ton chant libre et léger.