‹ La nef (volume 2)Chapitre 14 sur 36 · NÉRÉE, GLAUKOS, CORTÈGE DE TRITONS · texte numérisé non relu

NÉRÉE, GLAUKOS, CORTÈGE DE TRITONS

Ils soulèvent en chantant, hors des flots, des îles fleuries et merveilleuses.

APPARITIONS DE PROTEE

Chœur immense sur la mer.

PROMETHEE

Et, maintenant que la Terre a reçu les semailles d'or de la lumière, il me reste, achevant mon œuvre, à en fonder l'éternelle durée. O Kronos, étendant vers toi la menace de ma main souveraine, je te chasse de cet empire, toi dont la roile, ailée d'éclairs, emporte l'univers et les cieux. Disparais ! Va-t'en, ombre envieuse !

Sombre démon omniprésent, ô Temps,

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toi que chaque vivant sent ramper dans son sourcil, comme un ver, Prométhée te bannit pour jamais... M'entends-tu? M'obéiras-tu? Ta proie, ô dévastateur, noir géant à la tête blanchie, est désormais le troupeau des dieux, les vaincus de TOlympe qui croule.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Tes paroles, ainsi que le tonnerre, roulent au loin, d'échos en échgs. Ah ! L'abîme éclatant s'obscurcit. De sourds abois, des cris confus emplissent l'ombre.

PROMÉTHÉE

Je vous entends, ô larves de la Nuit, Sriges, Harpyes, Gorgones, Stymphalides, impurs démons lâchés sur la terre. Si mon joug vous semble trop lourd, si la clarté de rOuranos nouveau blesse vos yeux de ténèbres, je vous dis, comme au dieu destructeur : — Retournez vers qui vous a

créés! Allez grincer vos dents sanglantes, au milieu des parvis de l'Olympe ou des rochers de feu du Hadès ! Prométhée ne veut, dans son empire, ni esclave, ni révolté.

Un silence.

L'heure est venue où le Titan va prendre possession de son trône. Non plus comme Zeus, pour siéger, la lance du tonnerre à la main, au milieu des coupes et des déesses, mais pour présider de ce mont, ainsi qu'un roi paternel, au bonheur de tous les êtres... Voyez! voyez ! Le grand signe a lui. La pierre engloutie par Kronos et scellée ici même par Zeus, afin qu'elle fût éternellement un monument d'effroi aux Immortels, mugit comme un taureau furieux, et darde çà et là des i éclairs. Sur ce trône immuable, éclatant, que les Destins m'ont réservé, Prométhée va s'asseoir pour jamais.

LE CHŒUR £IES ARGONAUTES

Prends garde ! prends garde, Titan ! O stupeur! les vagues s'entrechoquent. Sous l'ouragan de deux aîles immenses, pareilles au ciel noir qui se ferme, les forêts mugissent, épouvantées.

C'est le vautour, le tortureur divin> qui s'exile et regagne son aire, obéissant à mon ordre solennel. Paix ! paix ! Silence aux clameurs ! Rassurez vos cœurs, tristes captives ! La terre n'étant plus à Zeus, il quitte le rocher des douleurs.

HÈRAKLÈS tendant son arc.

O Titan, ne reconnais-tu pas le convive non invité, le chien du Styx, qui mangeait ta chair? Certes, Hèrakiès va te venger.

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PROMÉTHÉe

Arrête! Ah! ah! tu Tas atteint. Plus prompte que la parole, ta flèche aiguë lui a percé l'aile. Entends-tu ses cris rauques et affreux ! Je ne sais quel émoi puissant se gonfle, ainsi que la fumée, dans ma poitrine- Regarde, Amphitryonade. Des flots de sang inondent le ciel. Par un dernier prodige d'Ouranos, ils roulent làhaut, comme un fleuve, à travers le Scorpion, le Lion, et les bètes horribles des étoiles... Ah! une goutte sur ma main!

xMes entrailles sont remuées ; un trouble mystérieux m'étreint, et monte jusqu'à mes narines. Je te bénis, vautour hideux, toi le sombre démon cimmérien, le compagnon de ma longue veille. Bourreau cruel et innocent, regagne en paix les rocs de l'Olympe. Prométhée sauveur étend sur toi le pardon de ses deux mains levées.

Ecoutez, nations qui m'entourez, spectres, géants, demi-dieux, faces sans nombre.

écoutez ce que prescrit le Titan. Plus de haine! Plus de colère! Plus de sang qui s'expie par le sang ! La loi d'amour succède à la haine. Il ne reste, au centre du monde, qu'un autel, celui de la Pitié, autour duquel voltigent, en frémissant, les Prières aux yeux de colombe. Jette ton arc, Amphitryonade ! Dépose ta massue redoutée ! Si tes mains violentes ont faim d'une tâche, mêle-toi à la troupe en rumeur des Telchines et des Kabires. Voici l'heure, en effet, ô magnanime, où tu vas bâtir avec eux, de tes épaules et de tes bras robustes, les demeures éclatantes de l'homme, le palais de ses destinées.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

O triomphe ! O transports de joie ! lô !

lô ! La terre heureuse devient une réalité du cieli

Nouveau tonnerre souterrain.

PROMÉTHÉE

Quoi donc ? L'antique Mère s'agite. Certes, il est temps que Prométhée monte enfin à son trône étoile ! Vous, apprêtez les pics et les leviers ! Saisissez la houe dans votre main! O palais! Olympe radieux ! Déjà Toeil de mon âme te voit, acropole immense de la Joie, échafaudant jusqu'aux nuées, dans ton pourtour plus vaste, à lui seul, que toutes les cités des hommes, tes créneaux, tes dômes, tes frontons, tes milliers détours étincelantes.

Allons ! d'un cœur libre et serein, j'inaugure mon règne éternel. Le vautour hideux a disparu. Voyez ! Gaia manifeste ses signes. Au pied du roc tout couvert d'éclairs et qui mugit formidablement, quatre fleuves immenses jaillissent.

Il s'assied.

LE CHŒUR DES ARGONAUTES

Ah ! ah ! quel cri fait bondir la terre !

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Prométhée ! Titan-roi ! Prométhée ! Colossal et le torse nu, entouré de mouvantes clartés, pareilles à des roses de flamme, il siège, dépassant du front les montagnes et les glaciers lointains; et, dans les plis du sombre azur qui tombe jusqu'à ses pieds sanglants,des étoiles indistinctes palpitent.

CHŒUR DE DANSE UNIVERSEL (Faunes, Napées, Satyres, Ménades.)

UN RIRE ÉCLATANT FAIT TREMBLER l'ÉTHER

C'est le dieu Pan invisible.

HERAKLES courant çà et là

Cèdres, sapins, rochers, je déracine, en

riant à pleine gorge, tout ce qui se trouve devant moi... Ha! ha! ha! A l'œuvre, compagnons ! Un torrent de vigueur nouvelle emplit mes os.

PROMÉTHÉE

Le palais radieux va surgir. Du haut en bas de la montagne, retentit le joyeux chant magique des dieux forgeurs de métaux. Voyez! Grimpant de roc en roc, brandissant le pic et le hoyau, ils creusent la terre en cadence, et arrachent de Gaia éventrée des côtes de diamant et d'or brut.;. lô ! lô ! La clameur redouble.

Chaque coup des puissantes houes fait courir de tous côtés, par la plaine, des torrents de lave éblouissante. Hâtez-vous !

Plus vite, ô vous, Telchines ! Modelez dans la terre grasse les moules énormes où descendra l'airain ! O joie! ô joie! Les fondations s'approfondissent. Le bruit des forges et des soufflets est pareil à l'antre

des typhons. Tout le long des tranchées géantes, dans les fanges infectes, hideuses, où fermente encore Timpur Chaos, des milliers d'ouvriers monstrueux entassent, avec un fracas immense, les quartiers de marbre et de granit, les môles de rocs superposés, les morceaux de montagne arrachés qui formeront à la cité des assises inébranlables... Arrêtez ! ô terre !

ô lumière ! Quel nouveau prestige est celui-ci ! Par toutes les fissures du roc, Hèphaistos obscur siffle et bouillonne. Arrêtez! arrêtez! vousdis-je. N'entendez-vous pas, ô dieux Kabires ? Cessez de battre vos enclumes ! Déjà Téther empesté n^'est plus qu^une tempête de fumée où Aidés vomit, en mugissant, de vastes nuées tumultueuses, imprégnées de soufre et d'un feu noir. Trébuchant, marchant à tâtons, ou vous frappant avec vos marteaux, voulez-vous servir de risée au maître insolent du ciel ?

HÈRAKLÈS du haut d'un rocher.

Ne crains rien, ô Titan éternel. La noire nuée se dissipe. Vois! Déjà les soleils éclatants que ta main a semés dans Téther reparaissent à travers le brouillard, en tournoyant tels que des coupes d'or. Mais qu'est ceci ? La terre tremble. Paix ! paix ! N'entends -tu pas ces grands cris ?.. Hélas ! La souffrance et le deuil n'ont pas encore disparu du monde.

PROMÈTHÉE

Que ,veux-tu dire, Amphitryonade ? Ta parole amère et violente me mord au cœur, moi^ le Triomphant.

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