‹ La neige, ou, Le nouvel éginard: opéra-comique en quatre actesChapitre 2 sur 64 · SCÈNE L M. DE LINSBERG , M"« DE WEDEL · texte numérisé non relu

SCÈNE L M. DE LINSBERG , M"« DE WEDEL

M"^ de WEDEL.

Non , la princesse n'est pas visible , elle n'est pas encore remise de sa frayeur ; mais , savezvous que moi qui vous parle, jai manqué mourir de joie et de surprise en vous apercevant?... Comment, monsieur le comte, on vous croit à soixante lieues d'ici, occupé à vous bc'tre, et tout à coup vous vous trouvez à nos côtés à cette partie de traîneaux, où sans vous...

M. DE LINSBERG,

Rien n'est plus simple à vous expliquer. Arrivé hier à minuit , j'apprends que toute la cour devait se rendre ce matin sur le erand lac , et qu'il y aurait une course de traîneaux. J'étais curieux d'y assister ; mais , pour différens motifs, ne voulant pas qu'on fût instruit de mon retour, je m'étais glissé dans la foule , et j'étais placé au premier rang , lorsque j'aperçois le traîneau de la princesse qui était lancé de notre côté et qui se dirigeait vers un endroit où la glace élail rompue ' Je n'eus que le temps de me précipiter au-devant de son altesse, et de l'arrêter. Je ne sais plus trop ce qui s'est passé... Je crois seulement que la

\iolence du coup m'a renversé , car jai entendu en tombant un cri d'eiïroi , et j'ai cru reconnaître la voii lie la princesse et la vôtre , ma chère baronne.

m'"^ de wedel.

Je le crois bien! j'étais deriièic; comme fille d'honneur de son altesse, je suis obligée de la suivre partout ; et voyez où le devoir de ma charge allait me conduire !.., Eh ! mon Dieu, vous revenez de l'armée et j'oubliais de vous demander des nouvelles... Vous avez battu l'ennemi, n'est-il pas vrai ?

.M. DE LIKSBERG.

Oui certainement...

m"^ de wedel.

Ah! que vous avez bieti fait!... Nous nous intéressions tous à vos succès, jusqu'à la princesse elle-même , qui ne s'occupait jamais de géographie, et que j'ai surprise deux ou trois fois suivant sur la carte les mouvemens de l'armée. Aussi , dès que j'apprenais quelques nouvelles favorables, je courais vite les lui répéter.

M. DE LINSBERG, SOUrlatlt.

Que vous êtes bonne ! ... Ah ! je savais bien que je pouvais compter sur l'amitié de mademoiselle de Wedel.

M"e DE WEDEL.

JN'esl-ce pas bien naturel ?... Il n'y a que vous dans cette cour avec qui je puisse m'entendre. Vous sans famille , moi sans fortune ; exposés à toutes les attaques , à toutes les railleries , nous nous prêtions un mutuel secours ; aussi je vous attendais... Ah !

M. DE LINSBERG.

Il y a donc du nouveau?

m"^ de wedel.

Oh ! beaucoup : je vais vous conter tout cela. D'abord un grand événement : la princesse , qui jusqu'ici paraissait insensible , aime enfin quelqu'un et va se marier.

M. DE LINSBERG, à part.

Ce qu'on m'avait dit était donc vrai , et mes soupçons n'étaient que trop fondés. (Haut.) Quoi ! son altesse...

m"« de WEDEL.

Oui . son altesse la princesse Louise de Souabc vu épouser le prince de Neubourg.

M. de LINSBERG.

l.e prince de Neubourg?

m"" de wedel.

Celui qui ce matin conduisait le traîneau de la princesse.

H. de LINSBERG.

Kh bien , je l'aurais parié.

m"'= de wedel.

lit moi ausM

M. DE LINSBERG , étonné.

Quoi donc ?

m"* de wedkl.

Qu'il renverserait son altesse ! Le prince de

Neubourg est le plus maladroit des hommes. Élevé dans les camps , n'ayant aucun usage de la société , brusque , bizarre , il ne fait rien comme tout le monde, et avec tout cela il est difficile d'être plus aimable.

M. de LINSBERG.

Vous voulez plaisanter?

m"« de wedel.

Non , il a une franchise, une bonhomie qui font tout pardonner. Nul ne convient plus gaimentque lui de ses maladresses et ne s'entend mieux à les réparer. Du reste , il est vi\emenl protégé par le grand-duc, par la comtesse de Drakenback, notre gouvernante , et par le petit chambellan Valborn , qui s'est fait votre ennemi mortel, je ne sais pourquoi, apparemment pour être quelque chose. Il croit que cela lui donne de la consistance...

M. de LINSBERG.

Mon ennemi ! Il l'a toujours été, surtout depuis que j'ai obtenu cette place de capitaine des gardes, que madame de Drakenback sollicitait pour lui. Mais , dites-moi , la princesse...

m"** DE WEDEL.

D'abord recevait le prince assez mal ; mais depuis , grâce à mes soins...

M. DE LINSBERG.

Vos soins , baronne ? -^

Oh ! c'est charmant ! c'est moi qui donne au prince de Neubourg des leçons de galanterie : c'est mon élève.

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