ACTE II, SCENi: V
M. DE LIXSBP.RG.
Et qui donc a osé la demander ?
LE Pni>CE.
Moi!
M. DU LIXSBERG.
Vous! mon prince?
LE PRINCE
Oh! ce n'est pas sans peine ! J'ai eu une explication très vive avec le grand-duc , et je suis sérieusement fâché avec la princesse.
M. DE LiNSBERG, avec joie.
Il se pourrait !
LE PRINCE
C'est comme je vous le dis ; mais j'ai déclaré que vous éliez mon ami , mon meilleur ami ; que si vous partiez je vous suivrais, et ma foi , mon cher, c'est arrangé, je reste, et vous aussi.
M. DE LINSBERG.
Comment: mon prince, il serait vrai! (A part.) Allons, il n'y a pas moyen de chercher querelle à un homme conmie celui-là !
LE PRINCE
On exige seulement que vous fassiez tantôt ici de légères excuses à son altesse, et que vous soyez huit ou dix jours sans vous présenter à la cour.
M. DE LINSBF.RG.
Grand Dieu !. .. huit ou dix jours !
LE PRINCE
Oui ; ce n'est pas là le plus terrible, parce qu'il paraît que vous êtes comme moi , et que la cour ne vous amuse pas autrement. — Ainsi c'est toujours ça de gagné. Nous irons à la chasse, nous passerons des revues , nous commanderons des manœuvres, enfin, vous ne me quitterez pas d'un moment; en revanche, mon cher ami , il faut que vous me rendiez un service. J'exige votre parole.
M. DE LINSBERG, vivement.
Je vous la donne, monseigneur. (A part.) Trop heureux de m'acquitter envers lui !
LE PRINCE
Eh bien , mon cher , grâce à vou*, me voilà brouillé avec la princesse ; il faut qu'à voire tour vous nous raccommodiez.
M. DE LINSBERG.
Moi, monseigneur?
LE PRINCE
Oui, mes conseillers ont pensé pour moi à ce mariage, qui est en effet fort avantageux , puisqu'il réunirait en ma personne la maison de Souabe à celle de Neubourg ; mais, parfmalheur, on ne peut pas se marier sans faire sa'cttur... Moi, je n'y entends rien, et sans la petite baronne de Wedel qui a bien voulu me donner quelques leçons...
M. DE LINSBERG.
Ah! la baronne de Wedel...
Li; PRINCE.
Oui, elle me fait répéter ; et, si vous voulez que je vous le dise, les répétitions m'amusent beaucoup [ilus que tout le reste. M""^ de Wedel est peut-être la seule personne de la cour avec qui je sois à "mon aise. J'arrive auprès d'elle .triste , découragé; quand je la quitte je suis toujours content de moi. Ses éloges m'enchantent , et j'ai même du plaisir à être grondé par elle... .\h! si c'était là la princesse, je ne serais pas embarrassé et mon mariage serait déjà fait; mais l'aventure d'aujourd'hui va encore me reculer de quinze jours; et, si vous ne venez pas à mon secours, il n'y a pas de raison pour que cela finisse.
M. DE LINSBERG.
En s'adressant à moi, votre altesse oublie que d'ici à dix jours je ne puis me présenter devant la princesse; qu'il m'est impossible delà voir, de lui parler.
LE PRINCE
Aussi n'est-ce pas là ce que je vous demande. Le grand-duc m'a conseillé d'écrire; mais c'est une chose terrible que cette lettre ! Ecoutez, (En confidence. ) vous êtes homme d'esprit et' homme d'honneur , on peut se fier à vous , et si vous le voulez, nous allons la composer ensemble.
M. DE LINS2ERG, à part.
En vérité , voilà une amitié désespérante ! (Haut.) Et comment, d'ailleurs, faire remettre ce billet à la princesse sans la compromettre ?
LE PRINCE
Dès que le grand-duc le permet , vous sentez qu'il y a mille moyens.
M. DE LINSBERG, inquiet.
Sans doute par M"" de Wedel?
LE PRINCE
Y pensez-vous? charger cet enfant d'un pareil message! Mettez-vous là, et écrivez; c'est tout ce que je demande.
M. DE LINSBERG , à part.
Comment le refuser? et que dira Louise en voyant celte écriture qu'elle connaît si bien? (Il se met à table.)