‹ La nervosité de l'enfantChapitre 24 sur 26 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Le traitement de la nervosité sera prophylactique, hygiénique et médicamenteux.

Traitement prophylactique.

Nous nous sommes trop longuement étendu sur les causes du nervosisme pour les reprendre ici en détail. Eviter toutes ces causes dans la mesure du possible, voilà la vraie, la seule prophylaxie de la nervosité.

Prophylaxie du nervosisme transmis.

Sans doute, si nous pouvions exiger une limitation légale des mariages entre nerveux et surtout entre proches parents nerveux, nous diminuerions considérablement la nervosité héréditaire. Mais les mariages sont conclus la plupart du temps d'après des considérations tout autres que celles de l'hygiène, et l'avis des médecins aura tout aussi

pou de succès que leur désir de limiter les mariages entre tuberculeux.

Tout aussi illusoire serait la pensée de renoncer à tous les avantages et à toutes les acquisitions de notre civilisation. Il est vrai que retourner au travail de la terre en bannissant tout travail intellectuel, toutes les passions et tous les plaisirs des sens diminuerait la nervosité.

Mais qui pourrait se décider à accomplir ce sacrifice et qui voudrait abandonner toute activité du cerveau, toute jouissance de notre vie civilisée pour acquérir un bon sommeil, une tête libre, et une nature forte et vigoureuse ? Personne, évidemment.

Aussi pour obtenir quelque chose faut-il peu demander.

En restant dans le domaine pratique, la prophylaxie de la nervosité sera donc forcément limitée, mais elle n'est pas complètement impossible.

Instruire le public des conséquences de mariages entre nerveux et surtout entre nerveux consanguins, et cela par des conférences publiques, par des articles de journaux, par nos conseils médicaux dans la famille, voilà un premier devoir.

Un second, tout aussi important, consiste à faire connaître aux jeunes époux, peut-être par des brochures distribuées par l'officier d'état-civil qui célèbre le mariage, tous les dangers qui menacent leur postérité sous forme de Conseils aux jeunes époux. Ces brochures signaleraient les dangers

d'une procréation pendant l'ivresse, ou pendant que le cerveau est sous l'influence d'une excitation psychi(jue fâcheuse, ou le corps sous l'influence déprimante de la maladie ou de l'infection. Ces brochures contiendraient en outre des instructions sur l'hygiène de la femme pendant la grossesse, et insisteraient sur le danger que peut courir le fœtus, lorsque la mère absorbe des substances toxiques, morphine, chloral, et surtout de l'alcool, etc., etc.

Il est certain que ces Conseils seraient souvent mis de côté sans être lus, mais il est certain aussi qu'ils seront étudiés par un grand nombre et qu'ils pourront être utiles à beaucoup.

Voilà la seule prophylaxie possible du nervosisme transmis.

Prophylaxie du nervosisme acquis.

C'est tout particulièrement l'hygiène qui pourra nous être de grande utilité dans la prophylaxie de la nervosité acquise. Il faut peu compter sur les médicaments antispasmodiques, narcotiques, etc., dont on a souvent usé et abusé. L'action de l'hygiène du système nerveux doit en effet avant tout se diriger vers la génération qui grandit et agir sur l'éducation physique, morale et intellectuelle de l'enfant, soit pendant le premier âge, soit à l'âge scolaire.

Encore ici tout reste à faire. Instruire les parents,

tel est le premier point, et, comme il est difficile de le faire après le mariage, il faut le faire avant, dans les classes supérieures des écoles de filles.

Parler à des jeunes filles de leur future maternité à seize ans ? Pourquoi pas ? Voici bien des années que nous donnons un cours détaillé sur l'hygiène de l'enfant, cours qui dure deux ans, aux deux classes supérieures du gymnase des jeunes filles, et c'est un de ces cours qu'elles suivent le plus volontiers, qu'elles comprennent fort bien, et très souvent leurs mères les y accompagnent.

Il suffit de commencer pour en démontrer la possibilité et même la nécessité, car où voulezvous qu'elles apprennent l'hygiène de l'enfance, sinon à l'école ?

Sans doute, toutes les jeunes filles ne suivent pas les gymnases. Mais ne pourrait-on pas suppléer à cette lacune de leur éducation en faisant distribuer par l'état civil à toute personne venant déclarer une naissance une brochure contenant des conseils sur l'hygiène de Venfance.

Ces conseils aux parents comprendraient trois grandes subdivisions. Dans la première, les principes de l'éducation morale seraient indiqués ; on signalerait, dans la seconde, en y insistant, les dangers d'un travail intellectuel trop hâtif; enfin, on s'arrêterait plus longuement, dans la troisième partie, sur les principes de l'éducation physique.

En attendant la réalisation de ces vœux, voici comment nous procédons.

Traitement hygiénique.

Le traitement hygiénique est très différent suivant l'âge de l'enfant ; aussi examinerons-nous séparément l'hygiène de l'enfance et celle de la jeunesse.

Hygiène de l'enfance.

L'alimentation sera réglée d'après les principes suivants :

Pour les nourrissons jusqu'à l'âge de huit mois : le lait et uniquement le lait.

De huit mois à deux ans. Le lait, les potages au lait, puis des farineux légers (riz, tapioca, sagou, semoule, pâtes de froment, etc.) à l'eau, au lait et au sucre, sous formes de bouillies ou puddings, enfin des œufs, du pain et un peu de beurre.

A cet âge, pas de viande ni de légumes verts, peu ou pas de légumineuses qui donnent facilement des coliques venteuses à cause du soufre qu'elles contiennent ; pas d'épices. Jamais de vin, ni de thé, ni de café.

Pour les enfants qui supportent difficilement le lait, couper celui-ci avec du tilleul, camomille, du café Kneipp de malt d'orge, etc.

De deux à six ans. Ajouter à ce premier régime :

1° Le chocolat ou cacao avec ou sans crème.

2° La viande : poule, veau, bœuf, jambon, une fois par jour, en petite quantité, en évitant les

viandes faisandées, les bouillons forts, les sauces épicées.

On pourra donner quelquefois des poissons de mer très frais (sole, merlan), mais on préférera ceux d'eau douce.

3" Les légumes verts, hachés, bien cuits, et les légumineuses en purée.

4» Les fruits cuits et crus.

M vin, ni thé, ni café, ni mets épicés, vinaigrés, pas de bonbons, ni pâtisseries.

Ajoutez à cela une vie régulière, un sommeil aussi prolongé que possible, au moins de dix à douze heures de durée.

Le berçage dans la voiture ou le berceau seront proscrits, les témoignages passionnés d'amour maternel seront évités, les excitations fortes des organes des sens évités (forte lumière, sons stridents et trop intenses, etc., etc.).

On surveillera avec soin les bonnes et les nourrices, on défendra tout ce qui excite la fantaisie, tout ce qui effraye, tout ce qui émotionne violemment.

Les jeux. Lorsque l'enfant commence à reconnaître son entourage, à parler, à s'intéresser à ce qu'il voit, à ce qu'il entend, ne jouez pas avec lui, laissez-le s'amuser seul, ne le sortez pas de sa voilure, ne le prenez pas dans les bras, ne lui montrez pas de nouveaux visages.

Le travail intellectuel sera nul jusqu'à sept ans pour tout enfant nerveux.

Hygiène de la jeunesse.

1" Le régime se rapprochera peu à peu du régime de l'adulte, mais saus mets épicés, vinaigre et pâtisseries, et nous continuons à interdire absolument mix enfants nerveux : le vin, la bière, en un mot, l'alcool sous tontes ses formes et le café. Seul, un peu de thé très léger, avec beaucoup de lait, peut être permis.

Les repas seront très réguliers, exactement aux mêmes heures, la quantité sera suffisante, mais modérée surtout le soir.

2*^ Le sommeil sera réglé et suffisant ; les nerveux ont besoin de beaucoup de repos et surtout besoin de se coucher tôt, afin d'éviter toute excitation du soir, soirées théâtrales, etc. Huit à dix heures de sommeil sont indispensables à l'enfant.

3" Le mouvement sera soigneusement surveillé ! On a pendant longtemps cru que le mouvement était très nécessaire aux nerveux, qu'il leur servait de distraction et de dérivation.

Il n'en est rien : le mouvement emploie de la force nerveuse, il épuise le cerveau, il en résulte une double fatigue musculaire et nerveuse. Le mouvement sera donc dosé, soigneusement adapté aux forces de l'enfant, et très progressif; de telle manière qu'il produise une sensation de bien-être, et jamais celle d'un épuisement.

Nous ne permettons que très rarement, et seule-

ment aux enfants plus âgés, non comme mouvement, mais comme distraction et avec force instructions, la bicyclette, l'équitation, la natation, l'aviron, le patinage, jamais, au moins au début, l'alpinisme.

C'est surtout la gymnastique dont il faut savoir user avec précaution, et jamais abuser.

Elle ne convient qu'aux enfants plus âgés et aux moins nerveux.

Elle doit être soigneusement surveillée et dosée exactement.

On se servira, à cet effet, des instruments de gymnastique avec résistance élastique (appareils Largiader et Sandow), qui permettent de doser pour ainsi dire la fatigue que l'on faitsubiraux muscles.

Ne cherchez surtout pas à fatiguer les enfants nerveux pour les empêcher de songer à leurs maux, à les distraire par un voyage, des courses de montagne, du sport, etc. Une légère lassitude, avec sensation de bien-être est bonne, une grande fatigue, avec épuisement, est mauvaise. La distraction doit être un repos pour être utile.

On choisira de préférence des jeux calmes ; on évitera tous ceux qui excitent par trop l'enfant, tous ceux qui lui montent l'imagination, tous les contes de fées, les histoires effrayantes, surtout le soir.

4° Les vêtements seront hygiéniques , suffisamment chauds, mais pas trop. Il en sera de même du lit.

5" La chambre sera bien ensoleillée, si possible, pas trop chaude, le thermomètre ne dépassera pas 15°. Elle sera bien aérée; l'air est, en effet, très nécessaire aux nerveux, qui doivent, pendant la belle saison, se tenir le plus possible dehors et dormir la fenêtre ouverte.

6^' Enfin, on évitera toute excitation cérébrale par une vie régulière, calme et tranquille.

On peut ainsi arriver à des résultats surprenants, et des enfants, bien que nerveux et issus de nerveux, peuvent être transformés par cette hygiène appropriée.

Les parents auront besoin, pour arriver à ce but, non seulement de connaître l'hygiène de l'enfance, afin de bien voir le but auquel ils tendent, mais surtout d'être doués d'une grande bonté, d'une patience à toute épreuve, et d'un caractère ferme et égal, trois qualités qui sont rarement réunies chez le même individu.

Malheureusement, elles ne se trouvent jamais chez des parents nerveux eux-mêmes.

Le médecin devra, dans ce cas, trancher dans le vif, et exiger que l'enfant soit mis en pension. Le choix d'un maître de pension possédant toutes les qualités et connaissances requises sera difficile, mais non impossible à trouver.

En Allemagne, certaines institutions analogues sont bien connues, et l'institution Trup, pour enfants nerveux, à léna, est une des plus fréquentées. Le canton de Zurich en possède une.

L'hygiène intellectuelle.

Les améliorations proposées pour combattre le surmenage rencontrent encore de graves obstacles, dans la puissance de la tradition et dans l'influence trop prépondérante des pédagogues.

Cependant, il y a là une des questions les plus importantes de l'hj^giène du système nerveux.

La création, pour toutes les écoles, de médecins scolaires instruits fera avancer considérablement la question. Mens sana in corpore sano sera leur devise. Ils s'efforceront de proportionner la quantité de travail et la durée du repos à l'âge de l'enfant. A côté de la diminution du travail intellectuel dans les écoles, ils chercheront à obtenir une alternance bien comprise entre le travail et le repos et exigeront surtout dix à quinze minutes de récréation entre chaque heure d'école.

Il faut en effet qu'à côté de l'instruction et de la culture intellectuelle, l'école recherche le développement physique. Voici, du reste, le programme que doit se poser l'hygiène scolaire. Il est dû à la plume autorisée du professeur Erb, de Heidelberg.

Le programme des études doit être limité à la mesure strictement nécessaire, même si du côté des pédagogues il y a à faire maints sacrifices douloureux de leurs études favorites. Ce n'est pas mon affaire de résoudre les questions techniques, de dire si une, deux ou trois langues sont

nécessaires à la culture de l'esprit ; si seules les vieilles langues mortes peuvent remplir ce rôle, ou si les langues modernes vivantes ont le même avantage ; — si les mathématiques ou la physique ne pourraient pas en quelque sorte les remplacer ; s'il est nécessaire de s'occuper, dans une large mesure, de sciences naturelles, de littérature, d'histoire, de géographie, d'économie politique et sociale, etc., etc. Ce sera, après mûre délibération, la tâche des hommes compétents de toutes les classes cultivées et non seulement des philologues et des pédagogues, avec l'avis préalable des médecins, de fixer l'étendue et la qualité des matières à apprendre.

Mais il est absolument à désirer que dans le nombre et la succession des heures de leçons, dans la gradation qualitative et quantitative du programme, dans la méthode de l'enseignement, on évite tout ce qui peut conduire à une excitation excessive, à la fatigue et à l'épuisement du système nerveux.

Et le corollaire obligé de cette réclamation, en même temps que le meilleur correctif pour tous les dommages provenant de l'excitation intellectuelle du système nerveux, c'est le soin le plus consciencieux du développement physique. Couper les heures de classe par de plus longues pauses et de l'exercice en plein air, augmenter les leçons de gymnastique , absolument insuffisantes ; soit en engageant et en conduisant la jeunesse aux ascensions de montagne, au canotage, à la natation, au

patinage, au cyclisme et aux exercices de tout genre , auxquels naturellement l'éducation du foyer doit laisser aussi une large part, soit enfin par la réduction des travaux à faire à la maison, afin qu'il reste un peu de temps à donner au développement physique.

L'éducation, en général, doit prendre, cela va de soi, une direction qui convienne à l'hygiène du système nerveux.

Il faut exciter la volonté, — exercer à l'empire de soi-même, combattre les émotions sexuelles et les désirs de jouissances, de plus en plus répandus dans la jeunesse ; il importe de ne point laisser les jeunes gens participer de trop bonne heure aux plaisirs des adultes, et de les soustraire aux séductions des grandes villes.

Il est bon également de s'en tenir à ces lignes générales pour l'éducation des jeunes filles dans les écoles supérieures. Il faut que leur culture soit dirigée surtout vers leur plus importante et leurplus belle vocation : être des femmes d'intérieur, des mères et des éducatrices de leurs enfants.

Vu l'influence prépondérante des femmes et des mères sur le bon état intellectuel et physique des générations, l'éducation des jeunes filles devrait être poursuivie dans ce sens, avec beaucoup plus d'attention qu'actuellement. En tout ce qui concerne le soin des enfants et l'éducation, leur instruction, leur enseignement, auraient particulièrement besoin de n'être pas négligés.

Traitement thérapeutique.

Nous l'avons dit, le traitement est avant tout hygiénique, il faut peu compter sur les médicaments antispasmodiques, narcotiques et paralysants, dont on a tant abusé.

Le bromure a plus détraqué d'estomacs qu'il n'a guéri de nerveux, je ne dis pas de névrosés.

Il faut apaiser, il faut calmer l'excitabilité nerveuse, mais, pour cela, point n'est besoin des médicaments des officines. Les agents physiques sont bien supérieurs.

1» Le premier point à envisager sont certaines maladies, cause du neruosisme , qu'il faut avant tout traiter.

La convalescence des maladies infectieuses aiguës sera soigneusement surveillée et, dès le début de la nervosité, on s'en occupera. L'anémie, la chlorose, le rachitisme, le diabète, l'albuminurie, etc., etc., seront soumis aux médications appropriées.

L'excitation nerveuse ne doit pas être regardée comme peu de chose, mais immédiatement et sérieusement traitée.

20 En second lieu, on s occupera du fonctionnement du tube digestif, qui sera suivi de très près. On sait combien souvent les troubles digestifs engendrent la nervosité ; les vers seront expulsés (lombrics, oxyures).

La conslipalion sera prévenue ou combattue par un bon régime alimentaire, par quelques laxatifs (rhubarbe, magnésie), ou, mieux encore par des massages et des lavements glycérines.

3° En troiscnie lieu, des soins intelligents seront donnés à la peau.

La peau étant un organe éliminateur par excellence, son bon fonctionnement est indispensable au nerveux.

On l'obtiendra :

Par des /ja//?.s journaliers, pas trop longs, trois à cinq minutes, ni trop chauds, ni trop froids, tous deux augmentant la nervosité, même chez l'adulte.

Entre 32» et 35° est la température normale à rechercher.

Par des lavages tièdes, rapides, de tout le corps, tous les jours, à 30°.

Par des frictions sèches, légères, si elles n'excitent pas l'enfant.

4° Enfin, on s'efforcera de fortifier et tonifier l'organisme lui-même.

Nous disposons, à cet effet, de moyens médicamentaux et physiques; ces derniers sont bien supérieurs aux premiers.

1° Médicaments.

Il n'existe aucun médicament spécifique contre la nervosité; les ferrugineux et la quinine sont cependant employés depuis longtemps , même dans les cas où il n'y a pas d'anémie.

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Il faut y ajouter ïhuile de foie de morne et les phosphates.

L'huile de foie de morue, surtout l'huile brune, qui n'a pas été épurée et qui contient tous ses principes, ses corps gras, ses métalloïdes (iode et phosphore), ses alcaloïdes, doit être donnée largement.

On débute par une cuillère à café et quand la tolérance sera obtenue, on augmentera la dose jusqu'à 2-3 cuillères à soupe par jour.

Les enfants s'y habituent vite quand ils sont jeunes, mais ils ne la supportent pas toujours, les uns la vomissent, les autres perdent l'appétit. Dans ces deux cas, il faut interrompre de suite, après avoir essayé l'émulsion Scott. En été, ces médicaments sont mal supportés et seront toujours interrompus.

Les phosphates (phosphates de chaux) en poudre, biphosphate, lactochlos-hydrophosphate, sont peu assimilables et, suivant certains auteurs, pas assimilables du tout, on les retrouverait en totalité dans les selles.

J'en dirai presque autant, malgré les éloges qu'on lui donne, du sirop de Fellows (hypophosphites) une à deux cuillères à soupe par jour.

Le phosphate de chaux contenu sous forme assimilable dans les plantes ou dans les aliments qui en dérivent, ou déjà assimilé par les animaux, est bien préférable aux phosphates de chaux de pharmacie. — Voilà pourquoi on insistera surl'alimen-

talion dont j'ai parlé plus haut (lait, œufs, laitages, farineux, pâtes de froment, etc.), qui en contiennent beaucoup.

Cent parties de substance séchée contiennent en ac. phosphorique.

Blanc d'œuf

Lait de femme

Pomme de terre

Froment

Pois

Viande bœuf

Lait vache

Jaune d'œuf

Je conseille volontiers, aux enfants nerveux, la moelle osseuse fraîche; cette préparation organothérapique contient, en effet, de la chaux, du phosphore et du fer combinés à une albumine directement assimilable ; une à deux cuillères à café de moelle des os de jeune veau (os à moelle, ou os du jarret), bien fraîche, étendue sur du pain grillé en sandwich, est facilement prise et m'a paru réussir fort bien. La question est, du reste, encore à l'étude.

En été, à la place d'huile de foie de morue, on peut ordonner les

Ferrugineux, surtout combinés avec un peu de quinine.

Ex. : Lactate de fer, 10,0. Ferrocitrate de quinine, 1,0. Chlorhydrate de quinine, 1,0. Mélangez

pour faire 100 pilules. Une à deux fois par jour, deux pilules, aux repas.

Sirop de iodure de fer, deux cuillères à soupe par jour avant le repas.

Héfnatogène Hommel, une cuillère à dessert deux fois par jour.

Ces médicaments seront surtout indiqués en cas de faiblesse générale et quand le changement d'air est impossible. Leur effet, sans être nul, est certainement bien lent et bien inférieur à ceux obtenus quand la nervosité repose sur une base anémique.

Par contre, Varsenic me semble fort bien réussir quand il est bien supporté par les enfants (gastralgies).

Je le donne aux plus âgés sous forme de granules d'acide arsénieux de 0,001, une à deux par jour, ou sous forme de potion aux plus jeunes.

Arséniate de soude 0,02 ) m. d.

Sirop de gentiane 50,0 > 1 c. à 2 c. f.

Eau 100,0 ) p. j. aux repas.

Ou sous forme d'eau minérale du Tyrol.

Roncegno | 1 cuillère à dessert, 2 fois par jour,

Levico ' dans un verre d'eau.

2° Moyens physiques.

Le séjour à la campagne, au-dessous de 800 mètres, près des bois de sapin surtout, enlève le nerveux à ses habitudes et le transporte dans un

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milieu nouveau, calme et plus végétatif, aussi donne-t-il les meilleurs résultats. Le grand air exerce, on le sait, un elYet calmant sur les nerveux.

Les bains de mer de lame, conseillés par beaucoup d'auteurs, ne nous ont donné que de mauvais résultats chez les enfants nerveux.

Nous en dirons autant même du simple séjour au bord de la mer du Nord et de la Manche.

Les enfants nerveux y sont beaucoup plus excités, grognons et dorment mal.

Si on veut quand même essayer, il faudra augmenter le temps de repos, exiger qu'ils se couchent tôt et qu'ils marchent peu et leur donner des bains de baignoire avec l'eau de mer chaude.

Le séjour au bord de la Baltique et de la Méditerranée donne de beaucoup meilleurs résultats, surtout si les enfants ne se baignent pas.

On peut leur donner des bains de cinq minutes d'eau de mer chauffée à 34<^ en diminuant peu à peu à32o et 31". — Ce séjour, s'il est supporté, ce qui est presque toujours le cas, fortifie et calme les enfants ; l'air salin, l'ozone, l'air saturé d'humidité qui enlève plus de chaleur, l'augmentation de la pression barométrique et de la densité de l'air peuvent, en partie, expliquer l'augmentation de l'appétit et l'aspect de santé que présentent bientôt les enfants.

L'air de la montagne, de 1000 à 1800 mètres, ne donne, chez les enfants nerveux, comme les bains de mer, que de mauvais résultats. L'enfant devient

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plus nerveux, plus grognon, il dorl mal et mange peu, et les rares enfants qui semi)lent en tirer un bénéfice et qui redescendent de la montagne avec des joues roses et un aspect florissant perdent ce bénéfice en quelques semaines, et sont aussi mal qu'auparavant, une fois ce temps écoulé.

Le climat subalpin, 000 à 800 mètres, donne des résultats beaucoup plus encourageants, mais qui sont, d'après notre expérience, de moindre durée que ceux obtenus à la campagne suisse de 500 à 600 mètres, par exemple; dans le voisinage des belles forêts de sapin, l'air plus sec, plus frais, un peu moins dense, combiné avec une insolation lumineuse et chimique puissante, contribue fortement à ce résultat, sans donner l'excitation maladive de la haute montagne.

5^ En cinquième lien, on s inquiétera de combattre l'insomnie et l'excitation nerveuse.

Insomnie.

Si l'enfant dort mal, on donnera un bain d'eau simple ou de son avant le coucher. Ce bain sera un peu prolongé de 10 à 15 minutes et un peu plus chaud que d'ordinaire, 34« à 35«.

Si ce n'est pas suffisant, on pourra donner deux bains, un le soir, un le matin. Ces bains pourront être faits avec du tilleul, des camomilles, ou même si c'est nécessaire avec de la valériane.

Si l'agitation persiste la nuit, on augmentera la

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durée des bains el on aura recours, en en sortant Tenfant, aux alTusions froides, ou plutôt tièdes, suivies du maillot Priessnitz. Pour le faire, on prend un drap trempé dans l'eau tiède ou dans le thé de camomille tiède, 30°, tordu et enroulé autour du corps de l'enfant, en laissant les bras libres. On l'applique pendant une à quatre heures avec une toile cirée et flanelle par dessus.

Ce maillot peut être répété plusieurs fois par jour, en cas d'excitation excessive.

Enfin, en cas de besoin, on aura recours aux médicaments, le bromure, en particulier, mais il ne sera prescrit que très exceptionnellement si l'insomnie est invincible. Si l'excitation nerveuse est par trop grande, on peut, si le bromure ne suffit pas, prescrire du sulfonal, du trional ou du tétronal, 0,25, le soir.

Quelquefois, enfin, quand ces médicaments n'agissent pas, l'antifébrine à la dose de 0,10 à 0,20, le soir, donne d'excellents résultats.

Mais, encore une fois, les médicaments ne seront donnés que quand les autres moyens n'auront pas réussi.

Excitation nerveuse.

L'excitation nerveuse, mais seulementchez lesenfants plus âgés, sera combattue par V hydrothérapie.

Cette hydrothérapie doit être pratiquée avec beaucoup de prudence et de douceur.

Le demi-bain est tout d'abord à essayer. Ce ne

doit pas être un bain de siège, mais bien un bain donné dans une grande baignoire, mais qui ne contient que juste la quantité d'eau pour arriver au nombril de l'enfant lorsqu'il est assis.

Le haut du corps est continuellement arrosé devant par le malade lui-même, derrière par le baigneur ou la mère avec l'eau du bain.

La personne placée derrière se sert d'un broc qu'elle vide doucement sur la nuque de manière à ce que l'eau coule continuellement sur les épaules.

Le demi-bain aura d'abord 30" et durera quatre minutes. Chez les enfants chétifs, il sera donné tous les deux jours, chez les plus vigoureux tous les jours.

Chez les plus faibles, on reste à 30°, mais on peut alors, au moment de la sortie de l'eau, leur vider un broc à 26" sur le dos.

Ces demi-bains sont calmants pour le système nerveux, et cependant légèrement excitants pour la peau.

Après le bain, l'enfant sera séché avec une serviette chaude sans frictions. Les plus faibles, après s'être habillés, se reposent une demi-heure étendus ; les plus forts font une promenade d'une demi-heure dehors, si possible, ou dans la chambre en cas de mauvais temps. Le bain sera donné à la fin de la matinée ou à la fin de l'après-midi.

La friction humide peut aussi être employée, car elle est très commode, exige moins d'eau, moins de mise en scène, moins de place, et peut se faire

HH) LA NERVOSITÉ DE l'eNFANT

même dans une petite chambre, mais elle est d'un emploi plus délicat, et expose plus que le demibain aux refroidissements; enfin elle est bien plus excitante. Elle est donc plus indiquée dans la neurasthénie que dans la nervosité, et plus chez les enfants vigoureux, nerveux torpides, que chez les faibles nerveux éréthiques.

La friction humide se fait de la manière suivante : On déshabille l'enfant et on l'enveloppe complètement en commençant par le dos, d'un drap de lin plutôt usagé, trempé dans de l'eau tiède à 30<'.

Seule, la tête reste dehors. L'enfant se frictionne la poitrine, le ventre et les jambes et le baigneur lui frictionne la nuque, le dos et le derrière des jambes. La friction dure deux minutes. On le sèche alors avec un linge chaud doucement jusqu'à ce que la peau se réchauffe. Après le bain, repos au lit d'une demi-heure pour les plus faibles, ou promenade à l'air ou dans la chambre pour les plus vigoureux. Si l'enfant se sent bien et est réchauffé après la friction, je fais continuer, si non, j'interromps de suite pour prendre le demi-bain.

Dans des cas plus sérieux encore, et chez des jeunes gens, j'ai employé avec succès la faradisation générale. Elle se fait le matin au lit en ne découvrant que peu à peu la partie du corps qui doit être électrisée. Je place dans la région lombaire la grande électrode Chardin sur laquelle l'enfant se couche et je pratique l'électrisation

avec le rouleau de Chardin. Les électrodes sont trempées dans de l'eau chaude légèrement salée. Les petits appareils Trouvé ou Chardin à petite bobine sont plus excitants et plus douloureux cpie les grands, et je me sers exclusivement de l'appareil Hirschmann de Berlin, sans vouloir dire par là (ju'il soit meilleur qu'un autre, tout appareil à grande bobine étant excellent.

On commence par un courant faible en augmentant légèrement, sans jamais provoquer de douleurs mais seulement de petites contractions superficielles.

J'ai l'habitude de commencer par la jambe, en roulant l'électrode des orteils à l'aine sans le relever. Une minute à deux minutes pour chaque jambe, en passant sur toute la surface de la peau. On prend alors toujours de bas en haut le bras, la poitrine, le ventre, le dos, deux ou trois minutes chacun en ne laissant que le cou et la tète. La faradisation dure ainsi dix à quinze minutes, suivant les cas.

Ces faradisations se font d'abord tous les deux jours, puis tous les jours par séries de vingt et interruptions de quatre semaines. Après la quatrième ou cinquième séance, l'efiet commence à se faire sentir, l'état général devient meilleur, l'excitation diminue, l'appétit augmente, le sommeil devient plus calme.

Mais c'est surtout quand les enfants se plaignent de fatigue musculaire avec douleurs rhumatoïdes

que la farad i sa tioii donne les meilleurs résultats.

On a conseillé la galvanisation du cerveau, je ne l'ai jamais employée chez l'enfant et je ne la crois pas sans danger — ni surtout sans inconvénients (vertiges, nausées, syncope), à moins de ne la faire qu'avec un appareil excellent muni d'un rhéostat et du galvanomètre gradué en milliampères, en ne dépassant pas un à deux milliampères, et une durée de une à deux minutes.

Je me suis servi, par contre, avec grand avantage, du massage faradique de la tête avec la main, dans le cas de céphalée, névralgies et insomnies nerveuses, etc.

L'enfant et le médecin tiennent chacun une des électrodes dans une main, et, avec un courant très faible, le médecin masse avec sa main libre bien humide, la tête, les sourcils, le front, etc., en partant toujours de la partie médiane. Bientôt l'enfant accuse une ou deux places plus sensibles sur lesquelles on insiste plus, et très généralement immédiatement après la séance (dix minutes) un grand soulagement se produit.

Ce procédé du massage électrique manuel peut s'employer pour la faradisation du corps chez des enfants faibles, très nerveux ou très craintifs.

Traitement spécial.

Les symptômes spéciaux moteurs, tremblements, tics, etc., sensitifs, névralgies, douleurs rhumatoïdes, etc., sensoriels, bourdonnements, vaso-moteurs,

vertiges, palpitations, etc., seront influencés très favorablement par le traitement général.

Ce n'est que dans de rares cas que l'on aura besoin de recourir à la thérapeutique.

Les particularités du caractère et de l'humeur pourront encore être modifiées chez l'enfant, à la condition qu'il soit sous une bonne influence morale. Il faut, pour cela, l'avertir doucement, en attirant l'attention sur la tendance de son humeur à se particulariser.

Si on arrive à persuader l'enfant de la tendance anormale de son humeur et qu'il cherche à se corriger, on peut espérer une heureuse modification.

Là encore, le traitement général, l'influence du médecin et des parents, s'ils ne sont pas nerveux, amèneront l'enfant à être moins susceptible, à être plus libre de ses impulsions et sensations anormales et lui aideront à supporter les vicissitudes et les difficultés de la vie de tous les jours.

Souvent, cependant, les particularités du caractère et de l'humeur ont des racines si profondes que rien ne pourra les influencer. Le médecin pourra encore, dans ces cas mêmes, être utile en donnant un conseil aux parents sur la profession que peut embrasser l'enfant nerveux.

On sait, en effet, combien certaines professions (enseignement, professions libérales, par exemple) excitent les nerfs. Ces professions doivent être évitées par les gens nerveux.

104 LA NERVOSITK DK l'eNFANT

Comment le médecin doit-il se conduire vis-à-ms de l'enfant nerneiix t' Tel esl le dernier point que nous voulons examiner.

Si l'cnfanl est d'âge à raisonner, nous devons le faire avec lui sans exagération, ni d'un côté, ni de l'autre. C'est là, en efTet, un des grands écueils du traitement de la nervosité.

Ne prenez pas la chose trop légèrement et souvenez-vous que vous avez un malade devant vous, un malade qui a besoin de tous vos soins. Si le médecin afîecte de se moquer, ou de dire : ce n'est rien, le malade qui sent les douleurs, qui soulïVe de ces symptômes ennuyeux et pénibles, se fâchera avec raison et se mettra entre les mains des charlatans.

D'un autre côté, si l'enfant est déjà disposé à se trop tâter, il faut se garder de le suivre dans cette voie et il faut l'en détourner par de judicieux conseils.

Occupez- vous surtout de ceux que leur nervosité rend tristes et hypocondres, qui regardent la moindre douleur, le moindre trouble sensitif, moteur ou vaso-moteur, comme un danger de mort.

Mais ici, soyez prudents ! Ne déclarez pas, sans examiner, que ce n'est rien et qu'il n'}^ a rien à faire ! Examinez d'abord et affirmez ensuite que le dit organe est sain et que le trouble est de nature nerveuse, mais qu'il doit et peut être traité comme tel par telle méthode et tel moyen, et le malade sera calmé, tranquillisé et reconnaissant.

Il faut, en résumé, tout en leur signalant leur

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nervosité, rcmonlcr les cnlanls ncMveux, les eiif^ager à coml)allre cl à ne pas s'incjniétcr de leur état de fatigue nerveuse, et des symptômes souvent si j)énibles (pi'ils ressentent, en insistant sur le fait que le traitement les en débarrassera.

En un mot, et ceci sera mon dernier conseil, encouragez toujours, et vous pouvez le faire en toute conscience, vous souvenant de ces mois dus à la plume autorisée du professeur ErJ) :

Le seul bon côté de la nervosité est qu'elle est guérissable.

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