‹ La neurasthénieChapitre 108 sur 163 · NEURASTHÉNIE. — LITHIASE BILIAIRE. — CONGESTION HÉPATIQUE, ETC · texte numérisé non relu

NEURASTHÉNIE. — LITHIASE BILIAIRE. — CONGESTION HÉPATIQUE, ETC

sonne neuro-arthritique atteinte d'une lithiase biliaire ayant en même temps des poussées d'eczéma ou de lichen plan compliquées de démangeaisons insupportables et constitutionnellement disposée aux troubles nerveux les plus variés.

Dès son jeune âge, elle faisait de copieux repas qui se composaient presque toujours de viandes saignantes. Cet abus démesuré d'aliments fermentescibles provoqua une dyspepsie gastro-intestinale et une véritable auto intoxication facilement constatée. Son ventre devint le siège d'un ballonnement extraordinaire, surtout pendant la période menstruelle qui était presque toujours douloureuse et difficile. Elle eut alors recours, pour corriger la trop grande ampleur de ses formes, à un corset qui, en rendant sa taille plus svelte, détermina dans les viscères soumis à une compression incessante des accidents assez sérieux. Le foie devint très sensible, augmenta de volume dans le sens vertical et se déplaça légèrement. Le rein fut sujet à une flottaison intermittente et les intestins révélèrent quelques signes d'entéroptose. Ces phénomènes pathologiques furent améliorés par le traitement et le régime prescrits par les médecins. Mais à la suite d'une grande fatigue et d'une course en voiture trop mouvementée la malade eut une colique hépatique, rendit quelques graviers et conserva sur sa peau une teinte ictérique qui dura assez longtemps. Le chimiste chargé d'analyser le sang et les urines trouva des traces d'urobiline rappelant celles qu'on découvre dans la cholémie décrite par les Drs Gilbert et Lereboullet.

Une médication bien conçue améliora l'état de la malade. A peine remise des pénibles épreuves qu'elle venait de subir, elle eut la malheureuse chance de faire une chute qui ébranla son système nerveux et provoqua une entorse du coude-pied droit.

Pendant le repos forcé qu'exigea cette foulure intempestive, la malade manifesta une excitation nerveuse assez prononcée à laquelle succéda une grande dépression psychique qui l'empêcha de lire, de converser avec les siens et qui compromit à certains moments les facultés de sa mémoire et de son attention. Elle devint triste, irritable et fut même obsédée par des idées hypocondriaques qui semblaient altérer sa raison. Elle perdit le sommeil, éprouva une grande lassitude physique, de la céphalée constrictive avec exaltation de l'ouïe et de la vue, des douleurs rachialgiques provoquant autour de son corps la sensation d'une ceinture trop serrée, une atonie gastro-intestinale manifeste et une insuffisance rénale facile à constater.

Les médecins consultés reconnurent tous les symptômes de la

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neurasthénie et proposèrent d'un commun accord l'usage de l'hydrothérapie. La malade prit d'abord des douches tempérées qui calmèrent son excitation nerveuse, et, plus tard, des douches écossaises progressivement refroidies qui aidèrent l'organisme à retrouver la régularité de son fonctionnement.

Cette amélioration dura assez longtemps; mais la jeune personne, lasse d'être soumise indéfiniement à un régime alimentaire qui n'avait pour elle aucun attrait, voulut reprendre ses anciennes habitudes gastronomiques. Cette infraction anti-hygiénique produisit des effets fort désagréables et détermina une poussée eczémateuse dans les bras et une éruption de lichen plan disséminée sur toute la surface du tronc accompagnée de démangeaisons insupportables.

On conseilla de nouveau l'usage des douches tempérées relativement assez longues et à percussion très légère, en imposant à la jeune personne un régime diététique très sévère. Ce traitement calma le prurit, apaisa la dermato-névrose et produisit des effets très bienfaisants.

Pendant cette période d'accalmie qui eut une durée assez prolongée la jeune fille se maria avec un jeune homme qu'elle aimait beaucoup et qui la rendit fort heureuse. Elle eut trois enfants dont l'éducation lui occasionna de grandes fatigues et fit développer quelques symptômes d'un nervosisme peu caractérisé. Elle eut ensuite des accidents dyspeptiques rappelant ceux des anciens jours et fut après tourmentée par des douleurs utéro-ovariennes bientôt suivies de troubles hystériques qui remplacèrent ceux du nervosisme et au milieu desquels on ne vit jamais apparaître les accidents de sa précédente neurasthénie.

Cette malade offre un ensemble de désordres nerveux qu'on remarque souvent chez les neuro-arthritiques sujets aux phénomènes dyspeptiques et aux troubles de nutrition qui sont la conséquence d'une auto-intoxication. Placée sous la domination des causes qui ébranlent notoirement les fonctions de l'innervation, elle est devenue, suivant la nature de l'influence subie, une névropathe vulgaire, une hystérique ou une neurasthénique. En tenant compte de l'extrême mobilité qui semble être le trait caractéristique des représentations nerveuses que provoque rarthrititisme, on peut supposer que la jeune femme dont je viens de tracer rapidement l'observation, a été atteinte d'une névrose arthritique.

Cette névrose est très fréquente chez les femmes qui possèdent une prédisposition innée ou acquise à cette diathèse. Et l'on peut dire, sans offenser les données de la clinique, qu'elle est, comme je l'ai

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