‹ La neuvaine du CythèreChapitre 3 sur 13 · VIII ' NOTICE · texte numérisé non relu

VIII ' NOTICE

Jacques, François ou Catherine. Mais à l'angle d'un coude que forme soudain le champ des morls en contournant l'église, on découvre un petit coin boisé, fleuri, frais et souriant : un oasis dans ce désert de cendres.

(( — Eh ! mais, s'écria M^'^ Olivier à la vue de ce bosquet inattendu, ne voilà-t-il pas une place tout ii fait poétique et favorable au repos éternel ? Ne pourrait-on pas la consacrer un jour, le plus tard possible, à certain académicien de ma connaissance?

« Il faut vous dire qu'en ce moment même s'agitait à l'Académie française l'urne fatidique du fond de laquelle le monde lettré s'attendait à voir sortir le nom de Jules Janin.

„ — Je sais bien, ajouta le malin évéque, que cet

académicien car je ne doute pas que l'homme

dont je parle n'aille occuper avant peu le fauteuil que

le docte M. Ampère vient de laisser vacant Je sais

bien que ce futur académicien fut un mécréant, un prôneur de théâtre, un ami des folles imaginations, un adorateur de ces endiablées comédiennes expertes en

toutes sortes de séductions Mais quoi ! il fut bon,

ami sincère, fidèle à ses convictions. C'est bien quelque

chose, cela Certes, il ne parfumera pas ce petit

jardin de la sainte odeur des vertus chrétiennes, mais il y exhalera les belles grâces de son esprit et l'honnêteté de son cœur.

u Et, disant cela, le prélat jetait à la dérobée un

SUR iMARMONTEL. ix

regard espiègle sur notre bon Janin, qui riait de son beau rire argentin et se promettait bien, à part lui, de ne pas venir de sitôt habiter cet asile enchanteur.

« A un an de là, ayant été battu par Prévost- Paradol au scrutin académique, Jules Janin cheminait un peu mélancoliquement aux alentours de Saint- Aubin, lorsqu'il fut tout à coup arrêté, à la porte d'un méchant cabaret sordide et lézardé, par une pancarte invitant les passants à visiter, moyennant la bagatelle de deux sous, le « tombeau de r académicien ».

« Hélas ! cette masure délabrée avait été le dernier abri de Marmontel, cette retraite d'Abloville où il était mort. Son corps gisait enterré dans un coin de terre derrière le cabaret.

« Janin fut touché jusqu'aux larmes d'un tel et inexplicable abandon.

« Parbleu ! se dit-il, I\[^^' Oliviei^ voulait coucher un académicien dans le joli bosquet du cimetière de Saint-Aubin; voilà bien son affaire. Et si je dois un jour aller goûter les douceurs du repos éternel, eh bien ! j'y aurai du moins un camarade à qui parler.

« Dès le lendemain, il proposa aux autorités du ' pays d'accorder une hospitalité plus honorable aux mânes de Marmontel, c'est-à-dire de les faire transporter dans le cimetière de Saint-Aubin-sur-Gaillon. Je ne vous dirai pas toutes les difficultés de cette affaire; elle dura longtemps, allant de prélecture en évêché, non sans de minutieuses contestations. Puis , l'au-

Page 1