SAINVILLE , LAURE
liAURE.
Venez , monslenr^ venez et dites-moi de grâce ^ Ce que dans votre esprit tout-à-coup il se passe. J'entends parler encor de départ et d'adieux? "Vous êtes le mortel le plus capricieux!
SAINVILLE, à pa^t.
Ferme If Haut. ) Je ne vois pas ce qui peut vous surprendre.
Tantôt avec raison vous me faisiez entendre
Que mes goûts me portaient à long-temps voyager;
Je ne puis , il est vrai , me fixer, m'engager.
Je veux indépendant passer toute ma vie;
Faire du cœur humain une étude suivie
De climats en climats , et je connais déjà
Les Françaises.
LAURE
Monsieur, ce que vous dites-Ià Sûrement très-sensé , m*étonne plus j'y pense. Comment avec l'amour unir l'indépendance ?
SAINVILLE
L'amour? je n'en ai point.
LAURE
En étes-vous certain ?
[ SAINVILLE
Sans doute.
LAURE
J'ai donc fait un rêve ce matin?
C'est singulier; j'ai cru, tenez dans ce lieu même. Vous voir à mes genoux avec un trouble extrême , Hors de vous , éperdu , me jurant par le ciel Un amour sans partage , un amour éternel.
Oui , me répétiez-vous , la plus vive des flammes.»..
SAINVILLE, avec une légèreté affectée.
Je terminais alors mon étude des femmes.
Je voulais éprouver si le plus tendre amant Pouvait se croire aimé par vous également.
Un moment je l'ai cru; mais que j'étais peu sage! Votre sexe de tous doit rechercher l'hommage. Régner, donner des lois à cent cœurs différons , Rire de la constance et des pauvres amans , Voilà le vrai bonheur, le charme de la vie; De l'amour on doit faire une plaisanterie.
LAURE
Âb , dieu I quel air léger, courageux et malin I Allons , continuez ; ce ton vif et badin Vous va fort bien.
SAINVILLE, se détournant.
J'étouffe.
LAURE
Eh bien donc, qu'est-ce à dire ?
Pour ce petit effort votre courage expire?
Voyons ; il faut avoir pitié de vous pourtant ; Car vous n'en pouvez plus , vous suffoquez.
SAINVILLE
Comment?
5o LA NIÈCE SUPPOSÉE.
LAURE
Allons y regardez-moi sans faire la grimace ; Vers moi tournez les yeux.... mieux encor, non; en face. C'est cela. Dites-moi, de grâce, maintenant Si TOUS n'êtes pas fou.
SAIN VILLE
C'en est trop.
Doucement.
(Bien tendrement.)
Cher Sainville , écoutez.
SAINVILLF. , à part.
Son regard me désarme.
LAURE
Ne craignez point l'amour, livrez-vous à son charme. En lui seul vous pouvez trouver le vrai honheur; Mieux que vous ne pensez je lis d'ans votre cœur. Votre sort est d'ainïer, d'aimer Laui^ sans cesse , Et Laure vous rendra tendresse pour tendresse ; Calmez-vous donc.
SAINVILLE
Eh! mais je ne sais où j'en suis.
Cet entretien avec Dermont?
LAURE
Ah ! je ne puis Avec vous là -dessus rompre encor le silence. Demain vous saurez tout, croyez mon assurance; Je vous aime
GOMÉPIE. 5i