‹ La nièce supposée: comédie en trois actes et en yersChapitre 21 sur 32 · SAINVILLE , LAURE · texte numérisé non relu

SAINVILLE , LAURE

liAURE.

Venez , monslenr^ venez et dites-moi de grâce ^ Ce que dans votre esprit tout-à-coup il se passe. J'entends parler encor de départ et d'adieux? "Vous êtes le mortel le plus capricieux!

SAINVILLE, à pa^t.

Ferme If Haut. ) Je ne vois pas ce qui peut vous surprendre.

Tantôt avec raison vous me faisiez entendre

Que mes goûts me portaient à long-temps voyager;

Je ne puis , il est vrai , me fixer, m'engager.

Je veux indépendant passer toute ma vie;

Faire du cœur humain une étude suivie

De climats en climats , et je connais déjà

Les Françaises.

LAURE

Monsieur, ce que vous dites-Ià Sûrement très-sensé , m*étonne plus j'y pense. Comment avec l'amour unir l'indépendance ?

SAINVILLE

L'amour? je n'en ai point.

LAURE

En étes-vous certain ?

[ SAINVILLE

Sans doute.

LAURE

J'ai donc fait un rêve ce matin?

C'est singulier; j'ai cru, tenez dans ce lieu même. Vous voir à mes genoux avec un trouble extrême , Hors de vous , éperdu , me jurant par le ciel Un amour sans partage , un amour éternel.

Oui , me répétiez-vous , la plus vive des flammes.»..

SAINVILLE, avec une légèreté affectée.

Je terminais alors mon étude des femmes.

Je voulais éprouver si le plus tendre amant Pouvait se croire aimé par vous également.

Un moment je l'ai cru; mais que j'étais peu sage! Votre sexe de tous doit rechercher l'hommage. Régner, donner des lois à cent cœurs différons , Rire de la constance et des pauvres amans , Voilà le vrai bonheur, le charme de la vie; De l'amour on doit faire une plaisanterie.

LAURE

Âb , dieu I quel air léger, courageux et malin I Allons , continuez ; ce ton vif et badin Vous va fort bien.

SAINVILLE, se détournant.

J'étouffe.

LAURE

Eh bien donc, qu'est-ce à dire ?

Pour ce petit effort votre courage expire?

Voyons ; il faut avoir pitié de vous pourtant ; Car vous n'en pouvez plus , vous suffoquez.

SAINVILLE

Comment?

5o LA NIÈCE SUPPOSÉE.

LAURE

Allons y regardez-moi sans faire la grimace ; Vers moi tournez les yeux.... mieux encor, non; en face. C'est cela. Dites-moi, de grâce, maintenant Si TOUS n'êtes pas fou.

SAIN VILLE

C'en est trop.

Doucement.

(Bien tendrement.)

Cher Sainville , écoutez.

SAINVILLF. , à part.

Son regard me désarme.

LAURE

Ne craignez point l'amour, livrez-vous à son charme. En lui seul vous pouvez trouver le vrai honheur; Mieux que vous ne pensez je lis d'ans votre cœur. Votre sort est d'ainïer, d'aimer Laui^ sans cesse , Et Laure vous rendra tendresse pour tendresse ; Calmez-vous donc.

SAINVILLE

Eh! mais je ne sais où j'en suis.

Cet entretien avec Dermont?

LAURE

Ah ! je ne puis Avec vous là -dessus rompre encor le silence. Demain vous saurez tout, croyez mon assurance; Je vous aime

GOMÉPIE. 5i

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