EUGÉNIE, DERMONT
EtJGÉNIE^ seule un instant.
Il me parait calmé; mais moi je suis chagrine : Dermont me kisse seule ^ et puis cette cousine....
DERMON'ï, arrivant.
Enfin je te retrouve et je puis t*embrasser.
EUGÉNIE, avec humeur.
C'est bon; je vous prierai » Monsieur, de me laisser; Pour un autre que moi gardez cette tendresse.
DERMONT
Gomment donc?
EUGÉNIE
Demeurez près de Laure sans cesse; Dites-lui que sa vue est pour vous le bonheur ; Pressez tout doucement sa main sur votre cœur ; Retournez embrasser cette charmante amie , Et près d'elle oubliez votre pauvre Eugénie.
DERMONT. '
Quel singulier discours i quand j'accours dans tes bras...
EUGÉNIE
Âhl vous imaginiez qu'on ne vous voyait pas.
DERMONT y vite tout le couplet.
Ne nous disputons point» ma chère, je t'en prie; Nous n'avons pas le temps. Tu sais que pour la vie Mon cœur est tout à toi. Si j'ai paru content , Après cet entretien qui m'embarrassait tant^ C'est que Laure avçc nous sera d'intelligence , Qu'elle ne sent pour moi que de l'indifTérence;
Que Tun pour l'autre , enfin , nous allons aujourd'hui ,
Être près de mon père un mutuel appui ,
Que de nous tourmenter il était inutile ,
Qu'elle veut épouser , non pas moi , mais Sainville.
Là, de paraître heureux ai- je eu tort maintenant?
EUGÉNIE
Eh mais , voilà parler. Ah ! c'est bien différent I Riie ne t'aime pas? en ce cas-là je l'aime.
DERMONT. -
Ah ! de quel embarras je sors à l'instant même ! Mon père vient encor de me parler du tien, « Ce pauvre Darmincourt I m'aime-t-il toujoiys bien ? » Il doit être bien vieux; repasse-t-il en France? » Que je voudrais revoir cet ami de l'enfance! » J'ai rompu brusquement la conversation.
EUGÉNIE
Il fallait profiter de cette occasion Pour lui faire l'aveu de notre mariage.
Puisqu'il aima mon père , il m'aimera , je gage.
DERMONT
Avant tout , Laure et moi voulons le disposer A ce pénible aveu.
EUGÉNIE
Moi je pourrais l'oser Sans le moindre détour. Oh ! je saurais m'y prendre : Un air doux , caressant , un petit mot bien tendre , Et je réussirais , je crois , bien mieux que vous.
DERMONT
Ah ! ne t'expose pas à son premier courroux.
Un fils se marier sans Taveu de son père ! Quelle témérité ! dirait-il. Sa colère T'accablerait , d'abord. Adieii je les rejoins.
56 LA NIÈGB SUPPOSÉE.
EUGÉNIE, ]e snivant près delà ceulisse.
Quoi I. t'en aller sitôt ? Encor deux mots au moins.
DERMOTST.
Je ne puis m'arrêter, il faut de la prudence.
Nous allons réunir toute notre éloquence.
Laure est près de mon père. Adieu ; compte sur moi :
Et je te quitte encor pour m'occuper de toi.
(André paraît derrière un arbre et les époute.)
EUGÉNIE
Ce soir te rererrai-je ?
DERMONT
# Oui , du moins je l'espère.
EUGÉNIE
Je me promènerai là , devant la chaumière.
DERMONT
Sur le déclin du jour.
EUGÉNIE
Adieu donc , mon ami.
DERMONT, Tembrassant.
Adieu tout ce que j'aime.
(Il sott , et Eugénie rentre dans la chaumière. }