‹ La nièce supposée: comédie en trois actes et en yersChapitre 24 sur 32 · EUGÉNIE, DERMONT · texte numérisé non relu

EUGÉNIE, DERMONT

EtJGÉNIE^ seule un instant.

Il me parait calmé; mais moi je suis chagrine : Dermont me kisse seule ^ et puis cette cousine....

DERMON'ï, arrivant.

Enfin je te retrouve et je puis t*embrasser.

EUGÉNIE, avec humeur.

C'est bon; je vous prierai » Monsieur, de me laisser; Pour un autre que moi gardez cette tendresse.

DERMONT

Gomment donc?

EUGÉNIE

Demeurez près de Laure sans cesse; Dites-lui que sa vue est pour vous le bonheur ; Pressez tout doucement sa main sur votre cœur ; Retournez embrasser cette charmante amie , Et près d'elle oubliez votre pauvre Eugénie.

DERMONT. '

Quel singulier discours i quand j'accours dans tes bras...

EUGÉNIE

Âhl vous imaginiez qu'on ne vous voyait pas.

DERMONT y vite tout le couplet.

Ne nous disputons point» ma chère, je t'en prie; Nous n'avons pas le temps. Tu sais que pour la vie Mon cœur est tout à toi. Si j'ai paru content , Après cet entretien qui m'embarrassait tant^ C'est que Laure avçc nous sera d'intelligence , Qu'elle ne sent pour moi que de l'indifTérence;

Que Tun pour l'autre , enfin , nous allons aujourd'hui ,

Être près de mon père un mutuel appui ,

Que de nous tourmenter il était inutile ,

Qu'elle veut épouser , non pas moi , mais Sainville.

Là, de paraître heureux ai- je eu tort maintenant?

EUGÉNIE

Eh mais , voilà parler. Ah ! c'est bien différent I Riie ne t'aime pas? en ce cas-là je l'aime.

DERMONT. -

Ah ! de quel embarras je sors à l'instant même ! Mon père vient encor de me parler du tien, « Ce pauvre Darmincourt I m'aime-t-il toujoiys bien ? » Il doit être bien vieux; repasse-t-il en France? » Que je voudrais revoir cet ami de l'enfance! » J'ai rompu brusquement la conversation.

EUGÉNIE

Il fallait profiter de cette occasion Pour lui faire l'aveu de notre mariage.

Puisqu'il aima mon père , il m'aimera , je gage.

DERMONT

Avant tout , Laure et moi voulons le disposer A ce pénible aveu.

EUGÉNIE

Moi je pourrais l'oser Sans le moindre détour. Oh ! je saurais m'y prendre : Un air doux , caressant , un petit mot bien tendre , Et je réussirais , je crois , bien mieux que vous.

DERMONT

Ah ! ne t'expose pas à son premier courroux.

Un fils se marier sans Taveu de son père ! Quelle témérité ! dirait-il. Sa colère T'accablerait , d'abord. Adieii je les rejoins.

56 LA NIÈGB SUPPOSÉE.

EUGÉNIE, ]e snivant près delà ceulisse.

Quoi I. t'en aller sitôt ? Encor deux mots au moins.

DERMOTST.

Je ne puis m'arrêter, il faut de la prudence.

Nous allons réunir toute notre éloquence.

Laure est près de mon père. Adieu ; compte sur moi :

Et je te quitte encor pour m'occuper de toi.

(André paraît derrière un arbre et les époute.)

EUGÉNIE

Ce soir te rererrai-je ?

DERMONT

# Oui , du moins je l'espère.

EUGÉNIE

Je me promènerai là , devant la chaumière.

DERMONT

Sur le déclin du jour.

EUGÉNIE

Adieu donc , mon ami.

DERMONT, Tembrassant.

Adieu tout ce que j'aime.

(Il sott , et Eugénie rentre dans la chaumière. }

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