LE CAPITAINE , EUGÉNIE
EUGÉNIE, accourant.
Ah! monsieur, qu'il m'est doux De me voir rappelée , et d'être près do vous I
LE CAPITAINE
Et pourquoi donc ?
EUGÉNIE
, Pourquoi ? mais c'est que je vous aime.
Pardonnez-moi) je suis d'une franchise extrême.
LE CAPITAINE
Et mon fils , l'aime- tu?
6o L\ NIÈCE SUPPOSÉE.
EUGÉNIE
Monsieur, certainement.
LE CAPîTAINE.
Et tu m'en fais Taveu, là, tout naïvement? ^
EUGÉNIE
Pourquoi pas ?
LE CAPITAINE, à part.
Sa franchise annonce Finnocence.
(Haut.)
Mais est-il vrai , voyons , un peu de confiance , Qu'il vient de te quitter ? que vous étiez ici Tête à tête à l'instant?.. •• Je crois qu'elle a rougi. . Réponds.
EUGÉNIE
Mais oui , monsieur, tout h l'heure il me quitte.
LE CAPITAINE, à part.
André me disait vrai. (Haut.) Tu parais interdite.
EUGÉNIE
Mon dieu , si je le suis , je ne sais pas pourquoi. Je n'ai fait aucun mal.
LE CAPITAINE, à part.
Oh ! je le sais bien moi.
Voilà l'effet d'un cœur qui commence à se prendre.
(Haut.)
Et que te disait-il ?
EUGÉNIE
Il me faisait entendre Des mots pleins d'amitié ; me disait qu'il voulait Me témoigner toujours le plus tendre intérêt , Que j'avais très-bien fait de venir chez ma tante.
COMÉDIE. 6i
Qu'en ces lieux je vivrais et tranquille et contente.
LE CAPITAINE, à part.
C'est cela , dans mon temps je leur parlais ainsi.
Il faut la protéger; qu'elle parte d'ici.
Mais je vais l'affliger. Voyons pourtant, courage.
(Haut.)
Mademoiselle, il faut...
EUGÉNIE, rinterrompant.
Ah ! mon dieu , quel langage î Mademoiselle!.... Eh mais» d'où vient ce changement ^ Monsieur, vous m'appeliez ce matin : mon#ofant. Et je Taimais bien mieux.
LE CAPITAINE , ^art.
Comme elle m'^intéresse !
(Haut.)
Eh bien, soit : vous saurez qu'une raison me presse....
EUGÉNIE
Oh!... vous ! quel vilain mot! Monsieur, pardotnnez-moi ; Mais pourquoi donc changer ? tantôt vous disiez : toi. Ce mot est bien plus doux , n'est-il pas vrai ?
LE CAPITAINE , impatiente.
Que diable!
Allons donc. Mon enfant , tu me parais aimable ; Mais ton dessein est-il de rester en ce lieu?
EUGÉNIE
Toujours. A mon pays n'ai-jepas dit adieu?
Où pourrai-je jamais me trouver plus heureuse Que dans votre maison? j'y suis toute joyeuse; On m'y reçoit si bien; tout m'y porte au plaisir : Sans cesse y demeurer, voilà mon seul désir*
e% LA NIËGË SUPPOSÉE
LE CAPITAINE, à pan.
(Haut.)
Quel embarras t Enfin , il faut qu'on se marie. Dans ton village on doit te trouver fort jolie. Pour t'établir je peux te faire' quelque bien. Tu n'y regrettes pas quelque jeune amant?
EUGÉNIE
Rien.
Je n'avais plus d'amis , j'avais perdu' mon père; En ces lieux je pourrai tout retrouver, j'espère; Et puisque vous voulez me donner un mari , Il faut décidàmient que je le trouve ici.
Près de vous, s'il vous plaît » que tout mon temps se passe. Jamais de vous servir on ne me verra lasse.
Si vous m'aimez un peu , que mon sort, sera doux ! Ahl vous verrez combien je prendrai soin de vous!
LE CAPITAINE, s'essuyaDt les yenx.
C'est trop fort; il faudrait avoir un coaur de roche Pour lui dire : va-t-en.
(Margueritte parait sur la porte de la chaumière.)
EUGÉNIE
Ma tante , qui s'approche , Vous dira comme moi....
Margueritte? tant mieux.
Je vais avec la vieille être plus courageux.
(A Eugënic.)
Avance, Margueritte. Et toi, rentre, ma chère.
EUGÉNIE
Sitôt ? Qu'avez-vous donc ? vous prenez l'air sévère.
^ LE CAPITAINE
Ehl non, rassure-toi; mais va-t-en promptement.
EUGÉNIE, en s'en allant.
Que s'est-il donc passé? Je tremble en le quittant.