BRUXELLES
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Il est incontestable que la noblesse, quoique dépouillée de ses anciens droits et prérogatives, a, dans la société, une importante et délicate mission à remplir en dehors des institutions politiques. Cette mission, toute civilisatrice, consiste à conserver et à transmettre d'âge en âge les traditions d'urbanité, de bon ton, de courtoisie dans les relations humaines, de bon goût dans les arts, d'élévation dans la pensée, de distinction dans les sentiments, qualités souvent peu compatibles avec les occupations vulgaires des classes bourgeoises, de beaucoup les plus nombreuses et qui, justement considérées dans leur sphère utile et nécessaire, s'exposeraient au ridicule du bourgeois-gentilhomme, si elles
étaient tentées d'en sortir. Ce n'est assurément pa3 à elles que s'applique le proverbe noblesse oblige, bien qu'il ne faille pas être % noble pour se conduire, penser et même récompenser noblement.
L'état civil des citoyens et les actes qui le constatent, assurent aux familles, à quelque rang et condition qu'elles appartiennent, les moyens d'établir la filiation de leurs membres à tous les degrés de parenté; c'est peut-être la plus large application qu'on puisse faire du principe d'égalité, l'une des bases des sociétés modernes. Mais un simple arbre généalogique ne saurait suffire aux familles des classes élevées qui devraient, en outre, avoir, chacune, leurs annales écrites ; ce serait, en même temps qu'un hommage rendu à la mémoire de ceux de leurs membres qui ont cessé d'exister, un grave sujet de méditation, parfois même un puissant moyen d'émulation, pour ceux qui les remplacent
successivement. Cet usage, s'il pouvait se généraliser, serait de nature à exercer une . heureuse influence sur la moralité et la prospérité publiques, chacun étant averti qu'après sa mort les survivants ne manqueront pas de le juger d'après ses mérites.
Les momies égyptiennes, conservées dans les familles, tendaient au même but. La réunion des annales de famille formerait les annales des nations, et celles-ci, à leur tour, deviendraient les annales du genre humain.
C'est dans cet esprit qu'a été conçu et exécuté cet essai qui, dans sa modeste simplicité , constitue le véritable livre d'or de la noblesse de tous les pays. En 1758, Horace Walpole publia : Catalogue of royal and noble authors, rareté bibliographique, probablement un de ces ouvrages que le noble lord ne faisait tirer qu'à un petit nombre d'exemplaires pour en faire présent à ses amis. Ne connaissant ce travail
que par son titre, nous n'avons pu lui comparer le nôtre qui, à défaut d'autre mérite, a du moins celui de la nouveauté, laissant, son devancier d'un siècle en arrière.
Rappelons, en terminant, qu'il y a à peine trois siècles que des nobles regardaient encore comme un honneur de ne pas savoir écrire ; il n'est pas rare de rencontrer dans des actes publics de cette époque, qui correspond au règne de François I er en France, des mentions comme celle-ci : « lequel n'a pas signé, attendu sa « qualité de gentilhomme. » Aussi l'histoire rapporte-t-elle que ce monarque, ami des lettres et les cultivant lui-même, rougit de l'ignorance de sa noblesse. Depuis, les temps ont bien changé : la noblesse a appris, à ses dépens, que c'est déroger, non-seulement de vivre dans l'oisiveté, mais môme de ne contribuer en rien que ce soit aux progrès de l'esprit humain. Autrefois le gentilhomme dérogeant tombait
dans la classe roturière; aujourd'hui que celle-ci est émancipée, il descend plus bas . encore, rappelant à l'esprit ce vers de la cinquième satire de Boileau :
Et d'un tronc fort illustre une branche pourrie.
Notre ouvrage, qui n est ni une apologie ni un pamphlet , se divise en trois parties, intitulées : la première, Revue pédagogique; la seconde, Salon d'exposition; la troisième, Sciences et lelles-lettres. Tandis que la première et la troisième parties ne contiennent que des personnages morts, nous avons dû nous départir de cette règle dans la seconde, les artistes étant, même de leur vivant, soumis au jugement et à l'appréciation du public; il n'y a guère que des artistes vivants qui composent les écoles modernes de peinture.
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