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La noblesse d'Armagnac en 1789

Par sa Déclaration du 17 Décembre 1787, Louis XVI avait annoncé les Etats Généraux dans un délai de cinq années ; mais l'impatience de la nation n'avait pas permis de s'y tenir, et cette Déclaration n'avait pas tardé à être suivie d'un arrêt du Conseil demandant aux autorités et aux corps savants des renseignements pour déterminer le meilleur mode à employer dans la convocation des Etats du royaume. Ceux-ci furent fixés par arrêt du 8 mai 1788 au 1er mai de l'année suivante.

A la suite de l'Assemblée des Notables, avait eu lieu, le 27 décembre, le Rapport du Ministre des finances proclamant le Résultat du Conseil a"Etat, par lequel il avait été décidé que le nombre total des députés aux États Généraux serait porté à mille (élevé peu après à douze cents), et que celui des députés du Tiers

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Étal sérail égal à celui des députés des deux autres Ordres.

Enfin, le 24 janvier 1789, parut la Lettre de convocation des Étal* et le Reniement du même jour poui son exécution. L'un et l'autre furent envoyés dans toute la France aux pfficiers municipaux des villes et des campagnes, avec ordre de les faire publier au prône et à Pissue de la messe paroissiale.

Aux termes de ee Règlement, le^ Evéques, Abbé-. Chapitres, Corps et Communautés ecclésiastiques, reniés, réguliers et séculiers des deux sexes, et généralement tous les Ecclésiastiques possédant bénéfice ou commanderie, reçurent assignation à l'effet de comparaître à l'Assemblée générale de leur Bailliage et Sénéchaussée au jour indiqué, qui avait été' fixé au plus tard le Jf> du mois de mars.

Tout Ecclésiastique possédant bénéfice et assigné en son propre- manoir avait dû se rendre en personne à l'Assemblée, même alors que l'assignation ne lui était pas parvenue, ou se faire représenter par un procureur fondé appartenant à l'Ordre du Clergé; mais, à défaut d'assignation régulière, il avait eu à justifier de litres.

Les Ecclésiastiques qui détenaient plusieurs bénéfices situés dans des Sénéchaussées ou Bailliages différents avaient du se faire représenter, à l'Assemblée de chaque Bailliage, par un procureur fondé ecclésiastique;

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mais ils n'avaient pu avoir qu'un seul suffrage dans la même Assemblée, quel qu'eût été le nombre de leurs bénéfices dans le ressort du Bailliage.

Les Ecclésiastiques ayant fiefs nobles non dépendants de bénéfices avaient voté avec le Clergé quan d ils s'étaient présentés en personne; mais, quand ils n'avaient pu venir, leur procureur fondé avait dû être pris dans l'Ordre de la Noblesse et voter avec celle-ci.

Les Baillis et Commandeurs de Malte avaient voté avec le Clergé.

Les Corps et Communautés ecclésiastiques, rentes, séculiers et réguliers des deux sexes, ainsi que les Chapitres et Communautés de filles, avaient voté par un seul député ou procureur fondé, pris dans l'Ordre ecclésiastique, séculier ou régulier. A cet effet, chaque Chapitre d'hommes avait tenu une Assemblée séparée en deux parties : la première, composée des Chanoines, avait choisi un représentant à l'Assemblée électorale, à raison d'un député par dix Chanoines présents et audessous; la seconde, formée de tous les Ecclésiastiques attachés par quelque fonction au service du Chapitre, avait choisi un représentant à raison de vingt Ecclésiastiques présents et au-dessous; deux au-dessus de vingt jusqu'à quarante, et ainsi de suite.

Les Séminaires, Collèges et Hôpitaux, étant des établissements publics à la conservation desquels tous les

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Ordres avaient un égal intérêt, n'avaient pas été admis à s,> faire représenter.

Les Curés des paroisses, bourgs et communautés de campagne éloignés de plus de deux lieues de l'Assemblée, avaient dû se faire représenter, à moins qu'ils n'eussent vicaires en état de les remplacer dans leur ministère.

Dans chaque ville, tous les Ecclésiastiques ne possédant pas de bénéfice s'étaient réunis chez le Curé de la paroisse sur laquelle ils se trouvaient habitués ou domiciliés, et ils avaient choisi des représentants en raison d'un député par vingt Ecclésiastiques présents, deux jusqu'à quarante, et ainsi de suite, non compris le Curé, qui avait eu le droit de venir à l'Assemblée générale à raison de son bénéfice.

Enfin, tous les Ecclésiastiques engagés dans les ordres et non résidants dans les villes s'étaient rendus en personne à l'Assemblée des trois Etats du Bailliage, sans avoir le droit de se faire représenter par procureur.

Tous les Nobles possédant fiefs avaient reçu assignation au principal manoir de leur fief, les Pairs de France au chef-lieu de leur pairie, et avaient dû se rendre en personne à l'Assemblée, même alors que l'assignation ne leur était pas parvenue, ou se faire représenter par un procureur pris dans l'Ordre de la

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Noblesse. À défaut d'assignation ils avaient eu à justifier de leurs titres.

Les femmes possédant divisément, les filles et les veuves ainsi que les mineurs jouissant de la noblesse et aussi possédant fiefs, s'étaient fait représenter par procureurs pris dans l'Ordre de la Noblesse.

Tous les Nobles non possédant fiefs ayant la noblesse acquise et transmissible, âgés de vingt-cinq ans, nés Français ou naturalisés, domiciliés dans le ressort du Bailliage, s'étaient, en vertu des publications et affiches des lettres de convocation, rendus en personne à l'Assemblée, à laquelle ils n'avaient pu se faire représenter par procureur.

Tous Nobles possédant des fiefs situés dans plusieurs Bailliages ou Sénéchaussées avaient eu le droit de se faire représenter dans chacun de ces Bailliages par un procureur fondé pris dans leur Ordre, mais ils n'avaient eu qu'un seul suffrage par Assemblée, quel que fût le nombre des fiefs possédés par eux dans le ressort.

Par une exception bien singulière, surtout quand on la compare à ce que nous allons voir ci-dessous pour le Tiers État, la Noblesse de la capitale avait été convoquée séparément des autres Bourgeois de Paris. Divisée en vingt départements, au lieu d'avoir le droit d'élire directement ses députés, elle avait été invitée a nommer des représentants ou électeurs qui procéderaient à la rédaction des cahiers de doléances et à la

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nomination des députés. « Le mécontentement des « Nobles de Paris, ajoute l'auteur qui rappelle celte « circonstance, avait été unanime; une moitié s'était « complètement abstenue de voter, l'autre avait protesté « vivement et déclaré qu'elle ne se soumettait que « pour ne pas retarder la réunion des Etats Géné- « raux. »

Les Novices de l'Ordre de Malte, sans bénéfices, avaient voté avec la Noblesse.

Les procureurs fondés, tant du Clergé que de la Noblesse, n'avaient eu que leur vote personnel dans la rédaction des Mémoires ou cahiers des remontrances; mais, pour l'élection des députés, ils avaient eu, outre leur suffrage personnel, deux voix, mais non davantage, quel que fut le nombre de leurs commettants.

Huitaine au plus tard après la notification et publication des lettres de convocation, tous les habitants composant le Tiers Etat des villes, ainsi que ceux des bourgs, paroisses et communautés de campagne, nés Français ou naturalisés, âgés de vingt-cinq ans, ayant un rôle séparé d'imposition, s'étaient assemblés pour rédiger le cahier des plaintes et doléances, et nommer leurs députés chargés de porter ce cahier à l'Assemblée du Bailliage.

La Bourgeoisie de la ville de Paris, mieux traitée par la royauté que la Noblesse de la capitale, avait eu seule le privilège d'élire directement et d'envoyer ses

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députés particuliers aux États Généraux; mais nul n'avait pu faire partie de l'Assemblée électorale de la capitale s'il n'était inscrit au rôle des impositions pour une somme de six livres.

Les Corporations s'étaient assemblées, sur la convocation de leurs syndics, qui eux-mêmes avaient été avertis par les officiers municipaux. Celles des arts et métiers avaient eu un représentant à l'Assemblée du Bailliage à raison de cent électeurs et au-dessous présents, deux au-dessus de cent, trois au-dessus de deux cents, et ainsi de suite. Les Corporations d'arts libéraux, celles des négociants, armateurs, et généralement tous les autres citoyens réunis pour l'exercice des mêmes fonctions et formant des assemblées ou des corps autorisés, avaient nommé deux représentants à raison de cent membres présents et au-dessous, quatre audessus de cent, six au-dessus de deux cents, et ainsi de suite.

Les Servants de l'Ordre de Malte avaient voté avec le Tiers État.

Les habitants étrangers à toute corporation ou corps constitué s'étaient réunis en Assemblée, à l'Hôtel de Ville, et avaient eu des représentants dans la proportion de deux députés pour cent individus et au-dessous présents, quatre au-dessus de cent, six au-dessus de deux cents, et toujours en augmentant ainsi dans la même porportion.

Ces représentants ou députés, ainsi choisis, s'étaien

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ensuite réunis à l'Hôtel de Ville sous la présidence des officiers municipaux, pour y rédiger le cahier des plaintes et doléances de la ville et nommer des députés chargés de porter ces cahiers à l'Assemblée générale, aux lieu et jour qui leur avaient été indiqués.

Les officiers municipaux n'appartenant pas euxmêmes à l'Ordre du Tiers n'avaient eu voix délibérative ni pour la rédaction des cahiers, ni pour l'élection des députés; mais ils avaient pu, néanmoins, être élus députés du Tiers Etat par l'Assemblée dont ils avaient eu la présidence. 11 en était de même des juges et autres officiers publics.

Dans les campagnes chaque paroisse ou communauté avait envoyé deux députés à l'Assemblée, en raison de deux cents feux et au-dessous, compris au rôle des impositions, trois députés au-dessus de deux cents feux, quatre au-dessus de trois cents feux, et ainsi de suite.

Les cahiers étant rédigés, les députés ou représentants du Tiers Etat des villes et des campagnes s'étaient réunis, en la ville chef-lieu du Bailliage ou Sénéchaussée, sous la présidence du Bailli ou de son Lieutenant Général, les cahiers de doléance avaient été rassemblés et réduits en un seul cahier, et le quart des représentants envoyés avaient été choisis pour procéder en Assemblée générale, au nom de tous les électeurs, à l'élection des députés aux États Généraux y

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Il y avait ou, dans cotte réduction des représentants ou députés au quart, quelques exceptions ; mais elle avait toujours eu lieu quand les représentants dos Communautés avaient excédé le nombre de deux cents. Dans le cas contraire, les représentants avaient été tenus de se réduire à ce dernier nombre, avant de pro céder à l'élection des députés.

L'Assemblée, composée comme il vient d'être expliqué, c'est-à-dire de tous les Ecclésiastiques ayant béné fices, présents en personne, ou de leurs fondés de pouvoir, des représentants et députés des Chapitres, Ordres, Communautés, réguliers des deux sexes; des Baillis et Commandeurs de Malte; de tous les Nobles possédant fiefs, en personne, ou de leurs fondés de pouvoir; des Novices; des représentants des veuves, filles et mineurs ayant fiefs ; de tous les Nobles âgés de vingt-cinq ans ayant la noblesse acquise et transmissible et comparaissant en personne; des Chevaliers de justice de l'Ordre de Malte, et enfin de tous les représentants des villes et communautés et corporations réduits au quart de leur nombre primitif, l'Assemblée s'était réunie au lieu précédemment indiqué, pour les séances générales des trois Ordres, par le Sénéchal d'épée et Gouverneur de la province, auquel appartenaient la présidence des trois Ordres réunis et la présidence particulière de l'Assemblée de la Noblesse.

Aux termes du Règlement du 24 janvier, le Clergé

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nvnit eu la droite, la Noblesse la gauche ; le Tiers Etat

était placé eu face du bureau.

Le même Règlement avait décidé que l'Assemblée particulière du Clergé serait présidée par le membre auquel l'ordre de la hiérarchie déférerait la présidence; c'était désigner YÉvêque ou Y Archevêque du diocèse; que l'Assemblée de la Noblesse serait présidée par le Bailli ou Sénéchal, et, en son absence, par le président qu'elle aurait élu, élection qui devait avoir lieu sous la présidence du doyen d'âge de l'Assemblée; enfin, que l'Assemblée du Tiers Etat serait présidée par le Lieutenant du Bailliage ou de la Sénéchaussée, ou, à son défaut, par celui qui devait le remplacer. Le Clergé et la Noblesse avaient eu à nommer leurs secrétaires; le Greffier du Bailliage était le secrétaire du Tiers.

Les élections successives nécessaires pour former les Assemblées graduelles avaient eu lieu à haute voix, les députés aux États Généraux devant seuls être élus par la voie du scrutin.

Tel fut l'ordre observé dans toute la France aux Assemblées primaires ou électorales de mars 1789, desquelles sortirent les députés aux Etats Généraux dont l'ouverture se fit à Versailles, le 5 mai 1789.

Les députés des trois Ordres s'étaient rendus de toutes parts porteurs des cahiers contenant les doléances, plaintes, avis et remontrances de leurs commettants. Les cahiers, dont la rédaction définitive

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avait été arrêtée par des Commissaires nommés par chaque Ordre, exprimaient, dans un langage encore respectueux, mais sincère et souvent hardi, les besoins et les vœux de la nation ; et, quoique les plaintes et les demandes des trois Ordres ne fussent pas absolument identiques, elles s'étaient réunies dans un besoin commun de liberté individuelle, de libre discussion et d'économie dans les finances.

Les cahiers de la Noblesse, qui occupait une position intermédiaire entre le Clergé et le Tiers Etat, et qui n'avait ni les idées absolues du premier Ordre dans les questions morales et religieuses, ni les désirs ardents du second poussant la France vers une rénovation sociale autant que politique, exprimaient peut" être dans une mesure plus sage et plus vraie les besoins du moment. Ces cahiers présentent en général une physionomie qui leur est propre, qui n'a pas été assez remarquée, et qui prouve que la Noblesse, avant 1789, était moins séparée alors du reste de la nation qu'elle ne l'a été dans les temps qui succédèrent à ces jours d'enthousiasme.

La publication générale et complète des cahiers renfermant les vœux des trois Ordres, et plus spécialement ceux de la Noblesse de chaque province, serait, sans nul doute, un des monuments les plus instructifs de notre histoire; mais, en attendant que cette entreprise vraiment nationale puisse se faire, chacun peut apporter sa pierre à l'édifice. Les cahiers et remon-

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trances de la Noblesse de l'Armagnac, réunie dans les deux Sénéchaussées de Lectoure et d'Auch, les 16, c20 mars et jours suivants 1789, nous ont semblé (lianes d'être remis sous les yeux du public. Presque l(»iilcs les questions qui s'agitent depuis près d'un siècle, c( dont plusieurs n'ont été résolues qu'après bien des années de luttes & d'efforts, sont franchement abordées par ces remontrances, et, si dans quelques-unes la Noblesse semble du côté de la résistance, comme par exemple dans la question du vote par Ordre et non par tète, peut-on dire qu'elle se soit trompée en redoutant un mode de délibération qui devait immanquablement amener une révolution que personne n'osait entrevoir, même ceux qui l'auraient désirée de leurs vœux les plus secrets? Il y a aussi un intérêt particulier dans la comparaison de ces cahiers appartenant à la Noblesse d'une même province, Noblesse qui, quoique fractionnée en plusieurs collèges, n'en était pas moins unanime dans ses vœux et dans ses aspirations vers l'avenir providentiel de la France.

L'Armagnac, situé entre le Béarn, le Bigorre, le pays de Comminges, le Languedoc, le Condomois et la Guienne, était un pays important, autrefois indépendant de la Couronne. Il comprenait dans ses subdivisions le Haut-Armagnac, capitale Auch, archevêché célèbre par sa cathédrale, aujourd'hui chef-lieu du département du Gers; la vicomte, depuis élection de

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Lomagne, capitale Lectoure, autrefois évéché et ville de guerre importante, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement, et dans la même circonscription Vic-de-Lomagne, Miradoux et Beaumont-de-Lomagne ; le comté d'Astarac (dit aussi d'Estrac), capitale Mirande, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement; l'Eauzan, capitale Eauze, ancienne métropole de la Novempopulanie, et dont l'Abbé, prieur de Saint-Luper, était seigneur, et fut quelquefois vicaire général de l'Abbé de Cluny par toute la Guienne; le comté de Fezensac, capitale Vic-de-Fezensac, ancienne résidence des Comtes auxquels, dit-on, trois cents gentilshommes rendaient hommage; la vicomte de Fezensaguet, capitale Mauvesin; la vicomte de Bruilhois, capitale la Plume, siège d'un Bailliage; la vicomte d'Auvilars ; le comté de Gaure, réuni à la Couronne sous Henri IV, capitale Fleurance, fondée en 1280, avec justice royale relevant d'abord du Parlement de Toulouse, et plus tard du Présidial d'Auch, recette générale de toute la vicomte de Lomagne, et gouvernement militaire existant dès le règne de Charles VIII, supprimé sous Louis XIII et rétabli sous Louis XV en 1766; le comté de Verdun ou Verdunois, dit aussi le Pays ou Jugerie de Rivière-Verdun, ressortissant en appel à la Sénéchaussée de Toulouse, capitale Verdun, avec siège d'élection à Grenade; le comté de l'Isle, capitale Isle-Jourdain, ainsi nommé de l'un de ses seigneurs resté célèbre : le Comte de Provence, depuis Louis XVIII, en avait pris le nom

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à l'étranger; le Bas-Armagnac, capitale Nogaro, et, non loin, la baromnV et comté d'Estang, ancien fief dégénérant de la Couronne, détaché par Charles V au profit dé Jean Ier, Comte d'Armagnac, et passé, depuis, à diverses familles qui en ont successivement relevé le nom; le marquisat ou Comté de Pardiac, capitale Montlezun, appartenant à la famille de ce nom; le Cavardan, capitale Gareson, faisant aujourd'hui partie du département de la Haute-Garonne, et qui était célèbre par sa dévotion à Notre-Dame.

Les anciens Comtes d'Armagnac, issus des Rois de la première race, battaient monnaie, et s'intitulaient par la Grâce de Dieu. Ils finirent en la personne de Charles II, Comte d'Armagnac, jeté en prison par Louis XI, et mort la dernière année du règne de Charles YII1, 1497. La branche des Ducs de Nemours s1 ('teignit avec Louis, vice-Roi de Naples, tué à Cérig noie en 1505; celle des Vicomtes de Fezensaguet avait fini en la personne de Jean II, mort sans enfant en 1405, après qu'on lui eut fait perdre la vue par un bassin ardent qu'on lui mit devant les yeux.

On comptait en Armagnac plus de huit cents fiefs sujets au ban et à l'arrière-ban. Les seigneurs les plus illustres étaient les Barons de Montault, de Mon- 'esquiou, de Pardaillan et de l'isle, et les quatre vice-Barons qui siégeaient après eux. Les premiers étaient dits les Pairs du comte. Ils étaient conseillersnés, et avaient séance et voix dans les États et dans la

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Cour du Sénéchal d'Armagnac, depuis transformée en Sénéchaussée. Ils étaient chanoines de la cathédrale d'Auch; le Comte en était le premier, et il était seigneur de la ville conjointement avec l'Archevêque. Lors de l'entrée solennelle de l'Archevêque, le Baron de Monlault l'attendait à la porte de la ville, en casaque blanche, sans manteau, tête nue, une jambe nue; en cet état, il prenait les rênes de la mule du Prélat, et le conduisait à la porte de l'église. Là il donnait la mule à un gentilhomme qui la menait dans l'écurie du Baron. Celui-ci, après avoir conduit le Prélat parla main à la chaire pontificale, l'avoir ensuite introduit dans son palais et l'avoir servi à table, toujours dans le même costume, avait le droit d'emporter chez lui toute la vaisselle d'or et d'argent qui avait servi au repas. Le Comté d'Armagnac, qui avait été confisqué et réuni à la Couronne par lettres patentes de 1481, fut donné à la maison d'Albret. Mais il ne fut consolidé dans ses mains que par le mariage de Marguerite de Valois, sœur du Roi François Ier, veuve de Charles, Duc d'Alençon et petit-fils de Marie d'Armagnac, avec Henri d'Albret, Roi de Navarre. Jeanne d'Albret porta le comté d'Armagnac à Antoine, Duc de Vendôme, dont le fils, le Roi Henri IV, le réunit encore à la Couronne. Louis XIV l'en détacha de nouveau, et en fit don, le 20 novembre 1645, ta Henri de Lorraine, Comte d'Harcourt, mort en 1666, laissant Louis de Lorraine , Comte d' Armagnac , grand Ecuyer de

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France, mort on 1718. Celui-ci laissa, entre autres enfants, Charlotte de Lorraine, dite Mademoiselle d'Armagnac, qui mourut sans avoir été mariée, en 1757. Avec elle le grand nom d'Armagnac disparut de l'histoire; le frère aîné de Charlotte de Lorraine se faisait appeler le Comte de Brionne, et le fils de celui-ci le Prince de Lamhesc.

En l'année 1473, un siège de Sénéchal avait été établi par Louis XI en la ville d'Auch, pour les pays et comtés d'Armagnac et de Fezensac; mais, quelque temps après, la maladie contagieuse avait obligé les officiers de ce Sénéchal à se retirer, par provision, en la ville de Lectoure, où ils continuèrent de demeurer. En 1527, sur la requête des habitants, une ordonnance avait décidé le rétablissement du siège dans la ville d'Auch; mais il ne fut donné aucune suite à cette ordonnance. Après la révolte de Lectoure, le siège fut rétabli en 1615 à Auch. Le traité de Loudun le rendit à Lectoure avec création de la Sénéchaussée et Présidial, par édit ultérieur de 1 6*28. Enfin, l'édit du 50 juillet 1659, vérifié et enregistré au Parlement de Toulouse, créa une nouvelle Sénéchaussée à Auch; « ville située, dit l'édit, au milieu du pays de Fezensaguet, Pardiac, Gaure et Astarac, et habitée par quantité de personnes lettrées qui, faute d'emploi, sont entraînées à vivre dans l'oisiveté. » Cet état de choses subsista jusqu'à la Révo-

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lotion, et eut pour conséquence de faire donner à l'Armagnac un second Collège électoral en 1789.

Lors des États Généraux de 1014, l'Armagnac n'avait été représenté que par la Sénéchaussée dite d'Armagnac, séant à Lectoure. Mais, en 1 789, la Sénéchaussée d'Auch ayant réclamé auprès du Roi la faveur d'envoyer une députation particulière aux États Généraux, cette Sénéchaussée fut comprise, à la suite de celle d'Armagnac, dans l'état supplémentaire annexé au Règlement du 27 avril de cette année.

Le Marquis d'Angosse, en sa qualité de Grand Sénéchal et de Gouverneur du pays d'Armagnac, eut la double présidence de l'Assemblée des trois Ordres de la Sénéchaussée d'Armagnac, qui s'ouvrit en la ville de Lectoure, le 1 6 du mois de mars 1789, et de l'Assemblée des trois Ordres de la Sénéchaussée d'Auch, qui s'ouvrit dans cette ville, le 20 du même mois : le Grand Sénéchal l'avait ainsi réglé par son ordonnance. Il avait eu à lutter, pour cette indication, avec son Lieutenant Général et Juge-Mage de la Sénéchaussée d'Auch, le sieur Seissan de Marignan, lequel, soit par rivalité de ville et de justice, soit aussi pour que les honneurs de la présidence lui incombassent naturellement, en l'absence du Sénéchal Gouverneur empêché, avait, sans en référer au Marquis d'Angosse, rendu une ordonnance de convocation de l'Assemblée d'Auch pour le 16 de mars, le jour même fixé pour celle de Lectoure. Mais le Di-

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recteur Général des finances, chargé plus spécialement, avec le Ministre de la maison du Roi, de tout ce qui regardait les États Généraux, fut consulté sur cet incident, et se prononça pour l'ordonnance du Grand Sénéchal. 11 existe plusieurs lettres autographes (w29 février) du Marquis d'Angosse relatives a ce sujet, pleines de sagesse et de modération, et qui durent entraîner la décision du Ministre.

Des difficultés analogues eurent lieu en diverses loealités, et l'on voit, par la correspondance de M. de Boncheporne, Intendant d'Auch, qu'elles ne manquèrent ni à Auch, ni à Lcctoure, ni à Pau. Des députés furent même envoyés de cette dernière ville pour réclamer contre le Règlement du Roi. L'Evèque de bescar fut envoyé par le Clergé, le comte de Gramonl par la Noblesse, M. de Laussat et le Maire d'Oleron par le Tiers Etat. Quelques demandes furent écoutées, mais, pour le plus grand nombre, on passa outre et l'on maintint la règle promulguée.

Le Comté de Gaure, qui avait voté en 1614 avec la Sénéchaussée de Lectoure, espéra un instant, en 1789, avoir un Collège séparé et une députation particulière. Mais les Communautés de Fleuranee et de Pauilhac persévérèrent seules dans cette prétention. « Les députés de ces deux Communautés ne se présentèrent pas à F Assemblée de la Sénéchaussée d'Auch, » dit le procès verbal, comme les y appelaient leurs lettres de convocation. Les autres Communautés du Comté et les

INTRODUCTION. XIX

membres du Clergé et ceux de la Noblesse s'empressèrent d'y obtempérer.

Le Pays et Jugerie de Rivière- Verdun, Gaure, Baronnie de Léonae et de Marestaing, quoique enclavé dans l'Armagnac, eut, en 1789, comme en 1614, un Collège séparé : et ce fut la Noblesse de ce pays qui, réunie sous la présidence du Marquis de Chalvet, commis par le Roi aux fonctions de Sénécbal d'Epée, choisit, pour la représenter à l'Assemblée constituante, M. de Cazalès.

Nous avons été assez heureux pour réunir, tant en originaux qu'en expéditions ou en copies, toutes les pièces qui se rattachent aux Assemblées des trois Ordres de la Sénéchaussée d'Armagnac qui se tinrent en la ville de Lectoure, les 16 mars et jours suivants; nous publions dans leur intégralité les pièces concernant l'Ordre de la Noblesse. Nous donnons aussi les procès-verbaux des Assemblées de l'Ordre du Clergé et de l'Ordre du Tiers Etat de la même Sénéchaussée, en tout ce qui leur est commun avec le second Ordre.

Nous avons été moins favorisé pour la seconde partie de notre travail, comprenant l'Assemblée des trois Ordres de la Sénéchaussée d'Auch, réunie les 20 mars et jours suivants, en l'église des Cordeliers de cette dernière ville.

Malgré tous nos efforts, nous n'avons pu trouver aux Archives de l'Empire qu'un extrait du procès-

\\ I \ TliODUCTION.

verbal de cette première séance, dans laquelle avaient comparu tous les membres des trois Ordres de la Sénéchaussée d'Auch. Cet extrait, qui fut envoyé, dans le temps, aux Archives nationales, ne fait nullement connaître les noms des membres présents. Les recherches nouvelles que nous avons provoquées aux Archives du département du Gers et de la ville d'Auch, dans lesquelles devait se trouver l'original de ce procès-verbal, n'ont pas été plus heureuses. Cet original n'existe plus aux Archives d'Auch, et il est à craindre, malgré les espérances exprimées par le premier administrateur du département du Gers, dans la réponse qu'il a bien voulu nous faire, que personne ne soit plus heureux que nous1.

On ne saurait trop regretter, pour la Noblesse de l'Armagnac, la disparition de ce document historique, que rien ne [paraît devoir remplacer aujourd'hui.

1 Monsieur le Vicomte, Vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, le 4 décembre courant, pour me demander quelques renseignements relatifs aux procès-verbaux des Assemblées des trois Ordres de la Sénéchaussée d'Armagnac (lisez d'Auch) en 1789. Ce document, qui m'a déjà été réclamé plusieurs fois, n'a pu être découvert ni dans les Archives du département, ni dans celles de la commune d'Auch.

La disparition inexplicable d'une pièce de cette importance me fait espérer qu'en poursuivant les recherches déjà commencées il sera possible d'arriver à la trouver soit chez des particuliers, soit dans des résidus d'imprimés.

J'ai invité M. l'archiviste à continuer ses investigations, et, dans le cas o'i elles aboutiraient, je m'empresserais de vous en informer.

Veuillez agréer, etc. Le Préfet du Gers,

Vicomte de (lAivin r .

Auch, 27 décembre 1801.

INTRODUCTION. XXI

En effet, par une circonstance singulière et dont rien ne petit maintenant donner l'explication, tandis que tous les membres de l'Ordre de la Noblesse de la Sénéchaussée d'Armagnac signèrent les remontrances arrêtées dans la ville de Lectoure, le Président, les six Commissaires et les deux Secrétaires de la Noblesse de la Sénéchaussée d'Auch signèrent seuls les remontrances de cette Sénéchaussée. Nous n'avons pu, on le comprend, combler une telle lacune; et, malgré nos efforts, sur une liste de plus de trois cent cinquante noms, soixante à peine appartiennent à la Sénéchaussée d'Auch ; tous les autres noms sont extraits des procèsverbaux de la Sénéchaussée d'Armagnac. Du reste, nous n'avons pas cru devoir les distinguer dans notre table générale, puisqu'ils appartiennent tous à la même province, et qu'il sera toujours facile de les retrouver dans les pièces peu nombreuses que nous publions.

Nous avons, autant qu'il était en nous, cherché à suppléer à cette lacune, en donnant les noms des membres de la Noblesse d'Auch qui parurent dans une Assemblée postérieure à celles de mars et d'avril, et aussi les noms de ceux qui firent partie de l'Assemblée des Notables qui s'était tenue à Auch au mois de novembre 1787.

Quelques gentilshommes de l'Armagnac, engagés dans le saint ministère et jouissant de bénéfices dans les diocèses d'Auch et de Lectoure, durent, aux

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termes du Règlement du 24 janvier 1789, voter avec le Clergé. Nous avons réuni leurs noms à la liste générale de la Noblesse, au milieu de laquelle leur qualité même empêche de les confondre avec les gentilshommes qui votèrent dans leur Ordre. Quelques noms de la Noblesse de l'Armagnac figurent aussi dans les procès-verbaux de la Sénéchaussée de Toulouse, et se retrouveront naturellement à leur ordre.

Enfin il existait un pays limitrophe de l'Armagnac, relevant de la province ecclésiastique de Bordeaux, et faisant partie de la Guicnne, le Condomois, mais dans lequel plusieurs familles de l'Armagnac possédaient des fiefs importants, et votèrent ainsi avec la Noblesse de la Sénéchaussée de Condom. La liste de cette Sénéchaussée nous a donc paru, comme celle de la Jugerie de Rivière-Verdun, utile à foire connaître pour suppléer, dans une certaine mesure, à celles qui nous font défaut. Cependant nous n'avons pas cru devoir en reproduire les noms dans la table, celle-ci ne devant s'appliquer qu'à la Noblesse d'Armagnac proprement dite.

Pour les uns comme pour les autres nous avons eu de grandes difficultés à vaincre touchant l'orthographe des noms souvent défigurée, et que les listes consultées donnaient quelquefois d'une manière différente. Il nous a fallu choisir entre ces versions diverses; nous nous sommes aidé dans ce but de tous

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les documents nobiliaires et historiques qu'il nous a été donné de réunir. Mais toujours nous avons respecté les textes, et avons rétabli seulement entre parenthèses ce qui nous a paru être la véritable orthographe, toutes les fois que la chose nous a été possible. Nous demandons que l'on nous pardonne les erreurs involontaires dans lesquelles nous avons pu tomber.

La table alphabétique et raisonnée qui termine notre travail comprend tous les membres de la Noblesse des Sénéchaussées d'Armagnac et d'Auch présents ou représentés aux Assemblées réunies à Lectoure et à Auch du 16 de mars au 17 d'octobre 1789. L'Assemblée tenue le 17 d'octobre dans la ville d'Auch fut la dernière, et la Noblesse de l'Armagnac se fondit alors, comme toute la Noblesse de France, dans le reste de la nation, dont elle avait soutenu les espérances et les vœux, et dont elle doit maintenant, en jetant un dernier regard vers un passé qui ne peut revenir, partager avec dévouement la gloire ou les malheurs.

Aux noms des gentilshommes rappelés dans cette publication, nous avons joint quelques notes sur leurs familles et leurs armoiries. C'est un dernier hommage rendu à la Noblesse; car, pour tant de familles nobles aujourd'hui éteintes, ou qui, peutêtre, selon la pensée de M. de Chateaubriand, « ont « disparu en descendant peu à peu à la charrue, a ou ont été absorbées dans les classes ouvrières

XXIV INTRODUCTION

« sans qu'on sache ce qu'elles sont devenues, » c'est le seul souvenir qui survivra à leur ancienne erifr

tence.

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