LETTRE DÉTIENNE, COMTE DE BLOIS
Le comte Etienne à Adèle la comtesse , sa très-douce amie, son épouse, tout ce que son es/mt peut imaginer de meilleur et déplus parfait.
Je t'annonce que je suis arrivé heureusement à Rome, au milieu des plus grands honneurs et jouissant d'une très bonne santé. J'ai eu soin de l'écrire de Constantinople pour te donner quelques détails sur mon voyage; mais craignant qu'il ne soit arrivé quelque malheur au messager porteur de ma lettre, je t'écris une seconde fois. Grâce à Dieu, je suis arrivé à Gonstantinople, le cœur rempli de joie. L'empereur s'est empressé de me recevoir comme son fils, il m'a accablé de présents. Dans toute Tannée il n'y a ni duc,
m comte, ni personnage puissant à qui il accorde plus de confiance qu'à moi. Oui, ma bien-aimée, il me presse continuellement de lui envoyer un de nos enfants; il promet de faire pleuvoir les honneurs sur sa tète, tellement que notre fils n'aura rien à envier à personne. Je te le dis, en vérité, il n'y a pas aujourd'hui un pareil homme sous le ciel ( in veritate tibi dico, kodie talis vivens homo non est sub cœlo) ; car il a lui-même enrichi tous nos princes, comblé de présents tous nos chevaliers, et secouru tous les pauvres de Farinée. Non loin de Nicée est un château appelé Civitot; près de là se trouve un bras de mer que les vaisseaux de l'empereur couvrent nuit et jour, chargés de provisions destinées à nos pauvres, dont le nombre est infini. 11 nous semble que dans notre siècle il n'a point existé un prince aussi bon. Ton père, o ma bien-aimée, a donné beaucoup de choses et de grandes choses; mais à côté d'Alexis il ne fut presque rien. J'ai aimé à t'écrire [scribere diiexi) quelques mots sur l'empereur, afin que tu saches ce que c'est que cet homme. Dix jours après mon arrivée, quand je pris congé d'Alexis, je crus quitter un père; il m'ordonna lui-même de préparer les navires avec lesquels je devais traverser le bras de mer qui entoure Constanliuople. Quelques-uns disent que le passage de ce bras de mer est périlleux; cela n'est pas vrai, car ce canal n'offre pas plus de dangers que la Marne ou la Seine.
QUITTANCE DONNÉE A DAM1ETTE EN PUÊSENCE DE CARBONNEL DE LA ROCHE ET D'ARNAULD DE CARRIÈRE.
Que tous ceux qui ces lettres verront sachent que moi Gonzalve Noguès, capitaine, j'ai reçu de vous, Agapet Gaçolo, quarante livres tournois de bonne monnaie, lesquelles me sont prêtées par mandement du seigneur Alphonse, comte de Poitiers, et que je dois donner et payer au temps fixé et aux clauses convenues; et de ladite somme je me tiens aujourd'hui pour bien payé. Sont témoins Carhonnel de la Roche et Arnauld de Carrière.
Et moi Garcia, clerc, j'ai écrit cette charte et y ai apposé mon scel accoutumé en témoignage de ce qui précède. Donné à Damiette, le 2 novembre 1219.