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PREFACE III

est aujourd'hui des plus rares. Il s'ouvre par une longue préface où l'éditeur, après avoir savamment disserté sur les sphinx, les hippogriffes, les acéphales, les androgynes et les hermaphrodites, compare Doua Catalina aux femmes illustres de tous les temps, èi Sapho, à Aspasie, à Portia, à Sainte Thérèse et èi Madame de Staël. Le portrait de l'héroïne gravé d'après une peinture du maître Sévillan Pacbeco semble peu propre à justifier, du moins physiquement , cette comparaison. Doua Catalina, aire la golille, le hausse-col de fer et le pourpoint de buffle aux aiguillettes mal nouées, est, à vrai dire, peu avenante, d'aspect viril, militaire et rébarbatif. Nous avons un autre portrait d'elle, d'après le vif, ci la plume. Dans sa dix-septième lettre de Rome, datée du îijuil-

let 1626, le voyageur Pietro délia Voile, le Pèlerin, comme on le nomme, écrivait à son ami Mario Schipano : — Le j de juin

vint pour la premier? fois cbe\ moi l' Alfierc Caterina d' I vienne, arrivée la

vrille même d'Espagne. C'est une demoiselle d'environ trente-cinq éi quarante ans... Sa renommée m'était parvenue jusque dans l'Inde Orientale. Ce fut mon ami le P. Rodrigo de Stin Migtti 1 , son compatriote, qui me l'amena. Je la fis depuis connaître à plusieurs Daines et à des Cavaliers dont l'entretien lui agréait davantage. Le Signer Francesco Crescentio, bon peintre, l'a portraicturée. Grande et forte de taille, d'apparence plutôt masculine, elle n'a pas plus de gorge qu'une fillette. Elle me dit avoir fait je ne sais quel remède pour se la faire passer.

Ce fut , je crois, un emplâtre fourni par un Italien. L'effet en fut douloureux, mais fort à souhait. De visage, elle n'est point trop laide, mais asse^ fatiguée et déjà sur l'âge. Ses cheveux noirs sont courts, comme il sied à un homme, et mêlés en crinière, à la mode du jour. L'air est plutôt d'un eunuque que d'une femme. Elle s'habille en homme, à l'espagnole, porte l'épêe bravement, comme la vie, avec la tête un peu basse et enfoncée dans des épaules trop hautes. Bref, elle a la mine plus d'un soldat que d'un mignon de Cour. Seule, sa niaiu pourrait faire douter de son sexe, car elle est pleine et charnue, bien que robuste et forte, et le geste en a parfois encore je ne sais quoi de féminin.

Telle fut la Nonne Alfere^, doua Catalina de Erauso. Ecouter l'histoire de sa vie

qu'elle va vous narrer elle-même. C'est une confession hardie, peut-être sincère, qu'elle commença d'écrire ou de dicter le iS septembre de l'an 162 /, alors qu'elle rentrait en Espagne sur le galion le Saint-Joseph. Ce fut sans doute pour occuper le désœuvrement de ces longues journées de traversée qu'allongent les calmes étouffants de la mer des Tropiques. Peut-être sentit-elle l'impérieux besoin de décharger sa conscience, son cœur trop lourd*. Dans l' inaction forcée, prisonnière lasse de feuler les planches d'un pont de navire, elle se plut èi raine par la pensée les aventures d'autrefois, les courses à cheval éi travers les .Indes, en quête d'El Dorado, les querelles, les combats, les fuites, la fortune hasardeuse, la vie errante et libre. Elle l'a fait dans une langue nette,

P Ri: FA CE VTI

concise et mâle. Elle ne parle d'elle-même au féminin que très rarement, dans les cas désespérés, aux minutes de suprême détresse, alors qu'elle sent la Mort et qu'elle a peur de l'Enfer. Ce récit naïf et brutal reflète rapidement son àme et sa vie. Elles furent d'un homme d'action.

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