‹ La Nonne AlferezChapitre 5 sur 32 · LA NON N 1. ALI EK I · texte numérisé non relu

LA NON N 1. ALI EK I

pris garde, fermai la boutique, saisis un couteau et, courant chez un barbier, le fis passer à la meule et affiler en scie. Je me mis une épée qui fut la première que je ceignis, et voyant Rêves qui se promenait avec un autre devant l'église, j'allai à lui par derrière et lui criai : — Holà ! seigneur Reyesl II se retourne, disant : — Qu'estce qu'on me veut ? — Celle-ci est la figure qui se coupe! fis-je, le balafrant avec le couteau d'une estafilade à dix coutures. Il porta les mains à sa plaie, son ami tira l'épée et me vint sus. J'en lis de même. Nous ferraillâmes et je lui entrai ma pointe par le coté gauche. Il tomba. Je courus à l'église. Tôt après, le corregidordon Mendo de Quinonez, de l'habit d'Alcantara, y entra, me traîna dehors, me mena à la prison (ce fut ma première) et me fit ferrer et mettre aux ceps.

J'avisai mon maître Juan de Urquiza qui était a Truxillo, à trente lieues de

P.lS

Safia. Il accourut, parla au Corregidor et fit d'autres bonnes diligences, moyennant quoi il obtint l'allégement de ma prison. La cause suivit son cours. Je fus, après trois mois de plaids et procédures du Seigneur Evêque, restitué à l'église d'où j'avais été extrait. Sur ces entrefaites, mon maître me dit que pour sortir de ce conflit, éviter le bannissement et m'ôter du sursaut d'être tué, il avait imaginé une chose bienséante qui était de me marier à doiïa Beatriz de Cardenas dont la nièce était femme de ce même Reyes auquel j'avais coupé la figure ; ce qui arrangerait tout. Il faut savoir que cette dona Beatriz de Cardenas était la mignonne de mon maître qui, par ce moyen, s'assurait de nous, de moi pour son service et d'elle pour son plaisir. Ils étaient, ce semble, tous deux d'accord, car après avoir été restitué à l'église, je sortais de nuit et allais chez ladite dame qui me caressait fort. Prétextant

la peur de la Justice, elle me suppliait de ne pas rentrer nuitamment à l'église et de rester près d'elle. Une nuit, elle m'enferma, me déclara que malgré que le diantre en eût, il mé fallait dormir avec elle et me serra de si près que je dus jouer des mains pour m'esquiver.

Je me hâtai de dire à mon maître qu'il ne pouvait être question d'un pareil mariage, que pour rien au monde je ne le ferais. Il s'y entêta et me promit des monts d'or, me représentant la beauté et qualités de la dame, l'heureuse issue de cette fâcheuse affaire et maintes autres convenances. Néanmoins, je demeurai ferme.

Ce que voyant, mon maître me proposa de passer à Truxillo, avec les mêmes commodités et emploi. J'acceptai.

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