‹ La normalienne en belles-lettres [microforme]Chapitre 32 sur 78 · partie de la composition qui, à son avis, offre de l'intérèt · texte numérisé non relu

partie de la composition qui, à son avis, offre de l'intérèt

137.—Les sortes de billets. Tout comme les couplets, les billets se rédigent sur trois tons, le littéruire, le badin ou le lyrique. Et pour donner à ces courts passages de la lettre un charme esthétique de littérature, de badinage ou de lyrisme, la normalirnne y devra semer des mots magiques; elle fera donc travailler, ici, l'imagination d'expression et pour la mettre en branle, elle se posera la question : due vois-je ? que vois-je ? puis, parmi les réponses, -Île choisira quelques phrases frappantes sur le fuit, sur le paysage, ou sur l’idée générale ; telle est ki direction à suivre par une normalienne encore Peu entraînée pour la 2omposition des billets.

Exemples de billets ramassés dans la correspondince de Mine de Sévigné.

Billet de narration. Un incident du passage du Khin, en 1672.

"Le chevalier de Nantouillet était tombé de cheval ; il va au fond de l’eau, il revient, il retourne, il revient encore, tufin il trouve la queue d’un cheval, s’y attache ; ce cheval le mène à bord ; il monte sur le cheval, se trouve à la mêlée ;

recoit deux Coups dans son chapeau et revient gaillard.”’ Billet de description :

‘Je suis venue ici (à Livry) achever les beaux jours et

dire adieu aux feuilles ; elles sont encore toutes aux arbres ; elles n'ont fait que changer de couleur : au lieu d’être vertes,

elles sont aurore et de tant de sorte: d'aurore que cela compose un brocard d'or riche et magnifique que nous voulons trouver plus beau que du vert.”

Billet d'idée générale: sur la rapidité du temps :

“Ce qui me fâche, c'est qu’en ne faisant rien, les jours se passent et l'on eillit et l’on meurt. La vie est trop courte ; à peine av ous passer la jeunesse que nous nous trouvons dans la .lesse, je voudrais qu'on eût cent ans

d’assurés !”?

Billet badin :

tr (HE “Le prince d'Harcourt et La Feuillade eurent querelle PR avant-hier chez Jeannin. — Je vrus dis que si. — Je vous me lé dis que non. — Taisez-vous, La ” ‘Ilade. — Je n’en ferai

pin rien, — Là-dessus, le prince lui ) ane assiette à la tête:

l'autre lui jette un couteau ; ni l’un ni l’autre ne portent ; on Eh se met entre eux deux ; on les fait embrasser ; le soir, ils se F5; parlent au Louvre comme si de rien n’était.”

Billet lyrique :

“Enfin, ma bonne, j'arrive présentement dans le vieux château de mes pères. Voici où ils ont triomphé. Je trouve

nier mes belles prairies, ma petite rivière, mes magnifiques bo: ni à et mon beau moulin et cependant au sortir de Grignan, an : RS vous avoir quittée, je me meurs de tristesse. Je pleurer: | présentement de tout mon cœur si je m'en voulais croire.”

0 $ 2— Qualités essentielles de la lettre: une naturelle + : élégance et l’urbanité.

N +18 138.—Le naturel. Ja lettre exige un style natu- 4: à rel; ni le ton négligé ou illettré, ni le ton précieux ‘FR ne lui conviennent.

. Le style négligé, illettré, est une laideur dans correspondance. La raison? La conversation de bonne société suppose un choix d'idées et de mots. En effet, une personne cultivée ne dit pas tout ce qui lui vient en tête, même dans les entretiens les plus primesautiers ; mais pendant un moment, elle se recueille pour choisir ou ses pensées, ou ses exprés-

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sions; — à plus forte raison doit-elle rechercher cette élégance dans la causerie par écrit qu'est la lettre. — Ainsi faisait Mme de Sévigné. Comme

son courrier ne partait qu’une fois par semaine, elle uvait pris le temps de ruminer ce qu'elle écrivait à a fille, Mme de Grignan, quand elle prenait la plume et ‘‘la laissait courir la bride sur le cou”.

139.—Le style précieux ne convient pas à la lettre. La préciosité, c'est la recherche maladroite de l'originalité. Ta précieuse fait profession de bel esprit; cet esprit vaniteux et pédant, en cherchant le fin du fin dans les sujets de sa causerie, tombe dans les excès suivants : excessive firsse de pensée, cest une ingéniosité; — excessive lélicatesse de sentiment, c'est une sensiblerie, un. sentimentalité — excessive élégance d'expression, c'est une rirtuosité.

N. B. — Pour mieux comprendre la préciosité, la normalienne fera bien de lire la comédie de Molière, LS Précieuses ridicules et la correspondance de Voiture, ce familier applaudi de l'Hôtel de Rambouilet, qui poussait jusqu'au génie son habileté dans le cenre précieux.

140.—Le style d'une naturelle élégance: Le nature? Cette qualité du style épistolaire — c’est le on sens et la sincérité dans les pensées, pas d’excentricités ; — c'est le:bon sens et la sincérité dans les sentiments, pas d’extravagances ; — c’est le bon sens et la sincérité dans le langage, pas d’emphase, pas de phrases prétentieuses, cette fine fleur de l’esprit mondain.

141.—L'élégance. L'élégance est une qualité de sixle qui éclate particulièrement dans ces occasions où l'écrivain parle de choses ordinaires et quotidiennes. Lélégance choisit et élimine : elle choisit k bonne place aux mots de valeur et inspire par là

même les heureux tours de phrase ; elle élimine avec un goût délicat — quant aux choses, la pensée triviale, le sentiment grossier, l’image dégoûtante ; — et quant aux mots qui impressionnent fâcheusement soit comme signes, soit comme sons, elle les élimine, ou s’il faut user du mot mal venu, l'élégance inspire de l’envelopper d’une épithète à belle sonorit: ou à beau reflet soit pittoresque, soit psychologique. La décence, enfin, dans les choses et dans les expressions est la marque principale de l'élégance.

142.—-Le tact ou l'urbanité. T,’homme, étant n° sociable, cherche à prendre contact avec ses semblables ; douc le tact lui devient nécessaire dans ses relations de bonne compagnie.

Cet usage du monde, cette urbanité, ce tact? — C'est le savoir-vivre grâce auquel le commerce de l’homme avec le prochain est sans amertume, sans aspérités, au contraire, abondant en douceurs, en àménités ; — c'est cette décence d'âme exquise, qui fait éviter les banalités, les platitudes, les âneries, les gaffes, les grivoiseries, les grossières jovialités : — c'est cet instinctif pressentiment des suites désirables ou ficheuses que pourrait avoir telle démarche, ou telle parole — c'est cet instinctif discerncment de ce qu'il faut dire ou taire, omettre ou àüccomplir pour faire partager ses opinions, faire agréer ses reproches, pour provoquer d’utiles concours; — c'est ce don de bon sens et de bon cœur, nécrssaire à l’homme pour étre homme de société et sur- E tout homme d'intimité.

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