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Cette foule de rois, ces consuls, ce sénat,
Qui tous de mon amant empruntaient leur éclat : Cette pourpre, cet or, que rehaussait sa gloire ;
Et ces lauriers encore témoins de sa victoire :
Tous ces yeux qu'on voyait venir de toutes parts Confondre sur lui sew leurs avides regards ;
Ce port majestueux, cette douce présence. ….
Ciel! avec quel respect et quelle complaisance Tous les cœurs en secret l’aussuraient de leur foi! Parle: peut-on le voir sans penser, comme moi Qu'en quelque obscurité que le sort l’eût fait naître, Le monde en le voyant eût reconnu son maître? Mis, Phénice, où m'emporte un souvenir charmant ?
Ou encore sur des objets chers au cœur, par ex. emple, li chanson des deux Epées, dans la Fille de Roland, de Bornier.
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La France dans ce siècle eut deux grandes épées Deux glaives, l’un royal et l’autre féodal Dont les lames d’un flot divin furent trempées L'une à pour nom Joyeuse — et l'autre Durandal Roland eut Durandal — Charlemagne a Joyeuse Sœurs jumelles de gloire! héroïnes d'acier En qui vivait du fer l’âme mystérieuse, Que pour son œuvre Dieu voulut s'associer.
Toutes les deux dans la mêlée
Entraient, jetant leur rude éclair, —
Et les bannières étoilées
Les suivaient en flottant dans l'air.
Quand elles faisaient leur ouvrage
L'étranger frémissait de rage
Sarrasins, Saxons — ou Danois,
Tourbe hurlante ct carnassière.
Tombaient dans la ronge possière
De ces formidables tournois—
Durandal a conquis l'Espagne
Joyeuse à dompté le Lombard
Chacune à sa noble compagne
Pouvait dire: Voici ma part—
Toutes les deux ont par le monde
Suivi, chassé le crime im: a1onde
Vaincu les païens en tout lieu—
Après mille et mille batailles
‘La chanson des épées.’’
Aucune d'elles n'a d’entailles
‘“‘Andromaque.’’
Pas plus que le glaive de Dieu— ; Hélas! la méme fin ne leur est pas donnée È Joyvuse est fière et libre après tant de combats, ! Et quand Roland périt dans la sombre journée, FE. Durandal, des païens fut captive, là-bas...... ‘à Mais la France, attendant quelque chance nouvelle, Aime du même amour Joyeuse et Durandal.
" Ou encore sur des souvenirs qui exaspèrent :Ex- 14 , ‘ s emples, dans Andromuque, scène VIII de l'acte III, ‘4 nt? la noble épouse d'Hector rappelle à Céphise les ; souvenirs qui lui donnent l'horreur de Pyrrhus, c'est ÉE IF EX- une émouvante vision. f le de j LE]
Dois-je les oublier, s’il ne s'en souvient plus? Dois-je oublier Hector privé de funérailles.
Et traîné sans honneur autour de nos muruilles? Dois-je oublier son père à mes pieds renversé, Ensanglantant l’autel qu'il tenait embrassé?
Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éteruelle. Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,
Antrant à la lueur de nos palais brülants,
Sur tous mes frères morts se faisant un passage, Et, de sang tout couvert, échauffant le carnage ; Songe aux cris des vainqueurs, songe au cris des mourants Dans la flamme étouffés, sous le fer expirant ; Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue : Voilà comme Pyrrhus vient s'offrir à ma vue; Voilà par quels exploits il sut se couronner ; Enfin, voilà l'époux que tu veux me donner.
Non, je ne serai point complice de s°s crimes:
N. B. — Si l’effusion lyrique est vite arrêtée, ces explosions du cœur prennent le nom d'éclairs lyriques. Ces éclairs abondent dans Racine et Corneille.
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Exemples d’éelairs lyriques :
Chimène au roi:
Sire, mon père est mort, mes yeux ont vu son sang Couler à gros bouillons de son généreux flanc ; Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles ; Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles
Le vieil Horace apprenant que son jeune fils, par sa victoire difficile, à sauvé Rome :
O mon fils 6 ma joie! 6 l'honneur de nos jours!
O d'un Etat penchant l'inespéré secours !
Vertu digne de Rome, et sang digne d'Horace !
Appui de ton pays, et gloire de ta race !
Quand pourrai je étouffer dans tes embrassements
L'erreur dont j'ai formé de si faux sentiments?
Quand pourra mon amour baigner avec tendresse
Ton front victorieux de larmes d'’allégresse ?
N. B. — Quand l'épanchement se fait à deux, par jets brefs de paroles enflammées, c’est alors la merveille des duos lyriques.
Exemples : Le vieil Horace et Valère, scène II de l'acte IV, de la tragédie de Corneille, Horace :
Valère, — Envoyé par le roi Pour cousoler un père.
Et pour lui témoigner...
Le vieil Horace. — N'en Prenez aucun soin:
C'est un soulagement dont je n'ai pas besoin Et j'aime mieux voir morts que couverts d’infamie Ceux que vient de m'ôter une main ennemie.
Tous deux pour leur Pays sont morts en g. .s d'honneur : Il me suffit.
VALERE Mais l'autre est un rare bonheur ; De tous les trois chez vous il doit tenir la place,
LE VIEIL HORACE Que n'a-t-on vu périr en lui le nom d'Horace! VALERE Seul vous le maltraitez après ce qu'il a fait. LE VIEIL HORACE C'est à moi seul aussi de punir son forfait.
VALERE Quel forfait trouvez-vous en sa bonne conduite? LE VIEIL HORACE Quel éclat de vertu trouvez-vous en sa fuite?
VALERE La fuite est glorieuse en cette occasion.
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Vous redoublez ma honte et ma confusion :
Certes, l'exemple est rare et digne de mémoire, De trouver dans la fuite un chemin à la gloire.
VALERE Quelle confusion, et quelle honte à vous D'avoir produit un fils qui nous conserve tous, Qui fait triompher Rome, et lui gagne un empire? À quels plus grands honneurs faut-il qu’un père aspire ? LE VIEIL HORACE Quels honneurs, quel triomphe, et quel empire enfin, Lorsqu'Albe sous ses lois range notre destin? VALERE Que parlez-vous ici d’Albe et de sa victoire? Ignorez-vous encor la moitié de l’histoire?
LE VIEIL HORACE Je sais que par sa fuite il a trahi l'Etat.
VALERE Oui, s’il eût en fuyant terminé le combat ; Mais on a bientôt vu qu'il ne fuyait qu’en homme Qui savait ménager l'avantage de Rome.