DE PROTORSON AU MONT-SAINT-MICHEL
10 kil. — Route de voilures.
22 kil. d'Avranches à Pontorson (R. 114).
La route descend la rive dr.
du Couesnon. A dr. se montrent les V. de Moidrey (320 h.), des Pas (346 h.; église moderne avec un dôme moscovite) et de Beauroir (456 h.), dont l'église, rebâtie au xviii* s., est placée sur une hauteur (très-belle vue).
Quwd on a atteint l'extrémité du canal du Couesnon, qui n'a été creusé que sur une longueur de 4 kil., on s'engage sur les sables qui séparent le Mont- Saint-Michfcl du continent. Ces sables deviennent parfois mouvants et dangereux dans les endroits mêmes où ils offraient la veille une sécurité parfaite.
A moins que la voie n'ait déjà été frayée par des voitures, il est plus prudent de prendre un guide (on en trouve à l'entrée de la grève), surtout quand le temps menace de devenir brumeux. La traversée des sables ou de la grève (2 kil.) demande environ 30 minutes. La mer est rarement à craindre, car le flot n'atteint plus le Mont-Saint-Michel qu'aux époques des grandes marées.
10 kil. de Pontorson, 32 kil.
d'Avranches. Le Mont-Saint-Mi- Phel (hôl. : Saint-Michel, chez
[roote ilî]
Poirier; — du Lion-d'or ^ chez Leplat), est un v. groupé en amphithéâtre à la base et sur les pentes d'une montagne granitique de forme ronde et de 900 met. de circuit, haute de50 met., qui s'élève dans la baie formée par la réunion des côtes de la Normandie et de la Bretagne, au milieu d'une vaste plaine de sables mouvants que les flots recouvrent complètement pendant les fortes marées. Aussi y aborde-t-on tantôt en bateau à vapeur et tantôt en voiture, ou à pied sec, lorsque la mer est basse. Des rochers escarpés se dressent au N. et à l'O. de cette montagne; à TE. et au S. s'étagent des maisons qu'entoure une ceinture de remparts percée d'une seule ouverture. Le sommet est occupé par l'église et les débris de l'abbaye.
Le Mont-Saint-Michel n'était dans l'origine qu'un rocher escarpé, nommé Mons Tumba^ sur lequel saint Aubert, évêque d'Avranches, fonda au viii* s. un couvent de Bénédictins. L'archange Saint-Michel lui avait, dit-on, désigné ce lieu à plusieurs reprises. Au x's.,Rollon, devenu chrétien, puis ses successeurs Guillaume Longue épée et Richard !•', enrichirent et agrandirent cette abbaye .
qui devint dès lors un lieu célèbre de pèlerinage. Les moines rassemblaient des manuscrits, écrivaient des chroniques et cultivaient la médecine. Au XII' s., Robert de Torigny, abbé du monastère, trans-
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crivit et composa plus de 140 vol. ; il ajouta de nouvelles fortifications aux anciennes et fit atteindre à l'abbaye son plus haut degré de splendeur. — En 1203, Philippe Auguste assiégea le Mont-Saint-Michel et incendia le couvent, mais, plus tard, il le releva et fit construire une forteresse sur le rocher de Tombelaine. — Vers l'an 1615, les moines bénédictins furent remplacés par des moines de la congrégation de Saint-Maur.
Les bâtiments de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, après avoir longtemps servi, depuis la Révolution , de prison centrale (MM. Barbés, Blanqui, Martin- Bernard et Raspail y ont été enfermés), ont été évacués et mis à la disposition de l'évéque de Coutances,qui y a établi des religieux et des sœurs dirigeant un orphelinat et des ateliers de verriers, de sculpteurs, de peintres sur verre, etc.
Lavflle. qui, avant la suppression de la maison centrale de détention, comptait 1 ,056 h., est presque déserte aujourd'hui ; il .y reste à peine 150 h. L'enoeinta militaire, qui la défend et qui plonge dans la grève ou la mer, date en grande partie du xv° s.
C'est une épaisse muraille couronnée de mâchicoulis et protégée par des tours qui sont (en allant du S. au N.) : la tour du Roi, flanquée d'une tourelle, dite tour du Guet ; la tour de l'Arcade ou de ['Escadre ; la tour de la Liberté (dans un jardin au-
LE MOWT-SAINT-MICHEL
dessous, beau laurier, haut de plus de 10 met.); la tour Basse, par où s'évada le détenu républicain Colombat; la tour de la Reine; la tour Boucle, ainsi nommée, dit-on, parce qu'à sa base étaient fixés des anneaux de fer destinés à servir d'amarre aux navires; la tour Marilland, qui se dresse fièrement sur des pointes de rochers, et contre laquelle se ruèrent en vain (xvs.) 20,000 Anglais, enfin la tour Claudine qui communique avec la Merveille, vaste muraille de plus de 75 met. de longueur, sur 33 met.
de hauteur, flanquée de 20 contre-forts, percée de baies variées, et construite au commencement du XII* s. A son angle oriental se dresse la tourelle la plus élégante de Tabbaye, celle des Corbins ou du Réfectoire; le sommet date de 1391.
Si l'on continue à faire le lourdes fortifications on trouve la fontaine dite Saint- Aubert, qui, d'après la tradition, jaillit sous le bâton de l'évoque de ce nom.
Plus loin, à l'angle occidental de la Merveille, une magniflque arcature extérieure indique le chartrier (fin du xiv* s.). Au tournant de la montagne s'élève la pittoresque chapelle Saint- Aubert. La face occidentale du Mont-Saint-Michel est d'une beauté sauvage et désolée ; un mur sombre et nu, la partie la plus ancienne des constructions (x' s.), porte la plateforme et revôt la partie souterraine et peut-être la plus originale du Mont-Saint-Miciiel.
LE MONT SÂIIST-MIGHËL,
Derrière ce mur étaient les oubliettes; une tourelle ronde qui flanque l'angle droit en était, dit-on, l'orifice. Au-dessous des souterrains qui portent l'extrémité de la nef, et des restes de l'hôtellerie (1164) et de l'infirmerie (1186) , au bord de la grève, s'élève la tour Gabrielle ou tour du Moulin, la plus grosse de la place, offrant des canonnières et un énorme pilier autour duquel s'enroule un escalier.
La plate - forme, suspendue oomme un balcon sur trois arcades ogivales du xni's., était appelée, àcause de la vue, Beauregard et Mirande ; on la nomme aujourd'hui le Saut-Gaultier , parce qu'un aliéné de ce liom sauta, dit-on, trois fois de cette hauteur effrayante et ne se tua qu'à sa troisième chute. Le plan incliné qui se voit au-dessous s'appelle les Poulina; c'est là que glissait un berceau chargé des provisions de la maison centrale.
Le bâtiment suivant, signalé par sa tourelle-escalier, naguère la demeure du directeur de la prison centrale, était la maison de l'abbé. Lescachotsinférieurs, dont le plus terrible était la Trappe, lui avait valu le nom de Grand-Exil, et l'édifice suivant s'appelait le Petit-Exil. Les deux Exils, bâtis en 1548, incendiés par la foudre en 1350, furent reconstruits en 1420. Au pied de l'abbatiale était une chapelle aujourd'hui détruite.
Les constructions qui suivent,
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la Bailliverie et la Perrine, datent de 1393.
Après avoir ainsi fait le tour du rocher, entrons dans la Ville. On y pénètre par un seul passage, que défendaient trois portes. Celle qui est connue «ous le nom de Bavolle s'ouvre dans la cour du Lion (dans le mur à g. est encastré un lion).
A l'extrémité de cette cour, une deuxième porte (les Michetettes, pièces de canon enlevées aux Anglais pendant le siège de 1429) donne accès dans une nouvelle cour appelée Boulevard et conduisant à la troisième porte, celle de la Ville, flanquée de deux tours et d'une tourelle intérieure dite tour du Guet. Cette porte (xv s.) est flanquée à dr. de la tour du Roi.
L'unique rue de la ville qui se déroule sur le flanc de la montagne, aboutit à l'abbaye par un escalier. Elle est bordée de maisons à portes cintrées, anciennes hôtelleries où logeaient les pèlerins. Vers le milieu, on aperçoit à g. le cimetière et l'église paroissiale (xv* s.) qui renferme : un beau Christ en bois; un joli cul-de-lampe; une statue tumulaire d'un moine ; un groupe curieux mais fort laid (Saint-Michel et Lucifer) ; des piérides tombales.
Au haut du village, un portail roman et trois grands cintres, dans un jardin, sont tout ce qui reste du logis qu'avait fait construire du Guesclin (1366).
La rue se termine à uiia
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haute muraille. Deux portes donnent accès dans une petite cour où se tenaient autrefois les marchands de coquilles, de chapelets, etc.
L'abbaye-ohfttaau, qui occupe tout le sommet du Mont, servait d'hahitation à des moines et à des soldats ; du milieu s'élance l'église abbatiale.
A l'E. s'ouvre la porte de l'ancien donjon de 1395, flanquée de deux tours , entre lesquelles un escalier monte à une porte bardée de fer s'ouvrant dans le vestibule ou poste des gardes.
Des trois portes qui se présentent, celle de face a été pratiquée dans l'ancienne cheminée, el conduit à la loge du gardien-portier; celle du milieu mène au grand escalier du Saut-Gaultier; celle de droite aboutit au poste des gardiens ou au-dessous, à la première zone de la Merveille, autrefois les écuries, aujourd'hui, dans le langage administratif, la Montgomerie première et la Montgomerie Hs.
La Menreillese divise en trois zones de constructions superposées. Au premier plan sont de vastes cryptes du xr s. partagées en deux grands compartiments. La première est une vaste salle divisée en trois nefs (autrefois cave et cellier). Le compartiment qui suit, divisé en deux nefs longues de 53 met., était une salle où se distribuaient les aumônes.
En quittant ces cryptes appelées les Mmtgomeries de-
LE MONT-SÂlNt-MtCUEL. ^
puis une attaque infructueuse du fameux calviniste Montgomery, on arrive à la seconde zone de la Merveille. La salle qui se trouve sur le cellier est l'ancien chapitre des moines du Mont, qui cédèrent, en 146^, cette admirable salle aux chevaliers de Saint-Michel, qui y tinrent leurs conférences. La salle des chevaliers, le plus vaste et le plus superbe vaisseau gothique du monde, est divisée en quatre nefs par trois rangs de colonnes. On y voit les trophées héraldiques de tous les chevaliers de l'ordre du roi, depuis sa création par Louis XI, en 1469, jusqu'à l'institution de celui du Saint-Esprit par Henri 111.
La salle des chevaliers est du XII' s. Les chen^inées sont postérieures. L'appartement qui suit est le réfectoire des moines (xii* s.), auprès duquel, sur un plan plusélevé,estune jolie salle dite Conciergerie, très-mutilée.
Le dortoir, qui se superpose au réfectoire doit dater de la fin du XIV' s.
Dans la troisième zone, audessus de la* salle des chevaliers', se trouve le cloître ache^ vé en 1228. Ce bijou d'architecture, orné de 220 colonnctles, est long de 25 met. et large de 14. Les fenêtres regardent la mer au couchant, à plus de 100 met. au-dessus du niveau des flots (vaste et belle vue). Le cloître est de plainpied avec l'église et les dortoirs.
L'éf lise, surmontée de toutes parts de clochetons inachevés
ou découronnés par un incendie, en 1594, est dominée par une tour carrée, du xvii» s., qui a remplacé une flèche aiguë que terminait jadis la statue dorée de saint Michel.
On monte à la plate-forme de la tour par un escalier renfermé dans une tourelle et par une sorte de pont extérieur, appelé l'Escalier de dentelle. On y découvre une belle vue.
L'intérieur de l'église a été, il y a plusieurs années, restaurée par les détenus, sans direction et sans goût. La nef, les bras de la croix, le sanctuaire et les chapelles absidales sont du style roman secondaire. Le portail, refait à la fin du xvni' s., dans le style grec, fait regretter celui qu'il remplace. Une porte latérale (xiu« s.) offre un beau tympan ogival décoré d'un magnifique bas-relief, VApparition de saint Michel à saint Aubert. La nef, réduite à quatre travées, fut commencée vers l'an 1020. Le chœur, du style ogival flamboyant, estla partie la plus moderne et la plus belle de l'édifice; ses murs sont décorés de fresques de la Renaissance.
Les stalles modernes ont été sculptées par un détenu avec une rare perfection. Au-dessous dutranssept N. s'ouvre la grande citerne qui contient 1 ,200 tonneaux d'eau. Le portail latéral s'ouvre sur la terrasse du Saut- Gaullier.
Une porte de la Benaissance fait communiquer l'église avec
la crypte du souterrain des
d'âVRAI«GHES â FOUGERES. [ROUTE 115]
Gros-Piliers, creusé dans la
roche en 1421. On y remarque 19 colonnes épaisses de 4 met. , qui soutiennent l'abside de l'église supérieure et cinq chapelles s'enfonçant dans les profondeurs des pourtours.
Sous les bâtiments de l'abbaye, et en particulier sous l'ancienne maison abbatiale, s'étendent plusieurs étages de souterrains dont plusieurs servaient de cachots sous les noms de : Grand-Exil, de Petit- Exil, de Cachot du Diable, de Promenoir, etc.
Au N. du Mont-Saint-Michel (3 kil.) se dresse, au milieu des sables, niot granitique de TombeUine (140 met. d'alt.). On y voit quelques vestiges d'habitations et d'une forteresse démolie en 1669.
lyAVRANCHES A FOUGÈRES.
40 kil. — Route de voitures.
A 1,500 met. on atteint l'extrémité d'une colline haute de 100 met., la Nafftée, formant une espèce d'hémicycle qui domine le ValSaint-Pair, v. de 1,147 hab., situé à 2 kil. à dr.
sur un petit plateau resserré entre l'embouchure de la Sée et celle de la Sélune (église avec une tour carrée, remaniée au xvii' s.; chœur et transsepls du XIV"; reste de vitrail du xv s.; modillons de l'ancienne corniche (1636) ; peintures (xvni* s.) des autels latéraux ; baptistère en marbre noir).
[roOTE 114] SAINT-JAMES. — FOUGERES.
 environ "2 kil. de Saint- Pair, sur le bord de la grève, se trouve le petit v. de Bottillé ; le portail roman de la chapelle, aigourd'hui disparue, a été transporté dans le jardin public d'Avranches.
Au W . du Val-Saint-Pair (1 ,oOO met. env.), s'élève un joli manoir appelé VErmitage et longtemps habité par un horticulteur distingué, Louis-René le Berryais.
De la colline sur laquelle passe la route de Fougères et de Saint-Malo, on découvre une vue admirable. — 2 kil. plus bas, à g., se trouve la belle propriété nommée Vile Manière.
La route franchit la Sélunesur la rive g. de laquelle se trouve
7 kil. Pontaubost, v. de 379 h.
(dans l'église réparée au siècle dernier, dalles tumulaires).
A g. se détache une route conduisant à Val-Mortain par (5 kil.) Ducey, b. de 1,875 hab., à 1 kil. en deçà duquel se trouve sur la dr. Poilley (1666 hab.; église avec un bas-relief (la Passion); débris de V abbaye de Montmorel, xii" s.). — Ducey est situé sur la rive dr. de la Sélune. Le château , bâti en 1624, dans le style de la Renaissance, par Gabriel 11, fils de Montgomery, est très-mutilé. (Dans un caveau, tombeau de Gabriel IL)
A dr. se détache la route d'Avranches à Saint-Malo (H. 114).
La roule se rapproche de la rivière de Beuvron, dont elle remonte la rive g. jusqu'à
19 kil. Saint-James , b. de 3,270 h., bâti à l'extrémité d'un promontoire qui domine de trois côtés une vallée profonde arrosée par le Beuvron. La nef de l'église est romane et en partie pavée de pierres tombales, dont aucune n'est antérieure au xvu' s.; le transsept est du style gothique. L'intérieur contient une madone gothique et des restes de vitraux. — De l'ancien château fort il ne reste qu'un fragment de mur. — De l'église Saint-Martin de Belle il subsiste un joli portail encadré dans le mur du cimetière. A 2 kil. se trouve la chapelle de l'ancienne abbaye de Saint-Benoit. Au delà du Beuvron s'élève le château de la Palluelle (xvi« et xvu» s.).
A 3 kil. de Saint-James, la route passe de la Manche dans nile-et-Vilaine.
23 kil. Ferré,w. de 1,619 h.
40 ki l. Fougères. V. pour la description de Fougères et celle de la route depuis son entrée dans le départ. d'Ille-et-Vilaine, de la Bretagne, par Ad. Joanne.
Paris, Hachette et C'%