La notion philosophique de la Trinité chez Saint Augustin
« Lorsque le Christianisme hérita du monde, a écrit Lacordaire, soit qu’il regardât sa lignée directe, qui passait par Abraham, David, Salomon et les Prophètes, soit qu'il regardât sa lignée indirecte, qui passait par Homère, Socrate, Platon, Cicéron, ül retrouvait des deux côtés la culture et la tradition de la Philosophie.
La Bible sacrée lui donnait les Livres Sapientiaux ; la Bible profane lui donnait les livres des grands Sages, que je viens de nommer. Comment eût-1l rompu avec cette double succession, et dédaigné une si noble part du patrimoine dont il était l'unique et divin héritier ? Il ne le fit pas. Dès ses premiers apôtres, dès saint Paul, on voit poindre dans l'exposition de la Foi les hautes vues de la raison, une double corde frémit sous leurs doigts, et
Ù l'âme humaine, en répétant la voix de Dieu, Père du Christ, élève
aussi la voix de la raison, fille du Verbe.
Bientôt les Pères succèdent aux Apôtres ; l'apologie s'ouvre en face des persécutions, et des philosophes convertis au Christranisme sont les premiers qui le défendent avec les vieilles armes qu’ils ont apportées des écoles grecques. La sagesse humaine et la Sagesse divine font alliance ; un nouveau style se crée du mélange d'Homère et de David, de Salomon, et de Platon, de Virgile et d'Isaïe. C’est l'Océan qui retrouve tous ses fleuves et qui s’en nourrit.
La raison et la Foi triomphent ensemble ; Constantin reparaît sur le trône, et saint Augustin s’assied dans cette chaire où les siècles l'écoutent encore, incertains de savoir ce qui retentit le plus dans
ses oracles, le génie du philosophe ou la conviction du chrétien.
Jeune homme pénétré de l’Académie, vieillard rempli du Christ, il n'a qu'un âge pourtant, qu'une âme, qu’une éloquence, et il demeure éternellement au sommet de la doctrine, avec ce caractère