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formelle avait été faite à tous les piloves et marins habitant la Normandie, la Bretagne, la Picardie, la Guyenne, la Biscaye, les pays Boulonnais, Calais et toutes les villes maritimes, d'aller plus loin qu'à Gaspé, sous peine de confiscation et d'emprisonnement,
L'assemblée en effet eut lieu à Rouen, vers la fin de janvier, mais il n'appert pas que les Malouins s’y firent représenter. Au lieu de perdre leur temps et leur argent dans des procès qui pouvaient porter préjudice à leurs intérêts, ils avaient préféré attendre le résultat des négociations d’un des leurs qu'ils avaient envoyé à la cour dans le but de soutenir leur cause. Ce délégué était Messire Guillaume le Gouverneur !, chanoïne-doyen du chapitre de l'évêché de Saint-Malo ?, un des membres les plus éminents du clergé breton. Entre autres missions, il était chargé de régler la question du monopole commercial au Canada.
Après avoir pris l'opinion de son conseil d'Etat, Henri accordait, le treizième jours de mars, à Gilles Eberard, mieux connu sous le nom de capitaine Coulombier, de Saint-Malo, la permission de fréter, pour cette année-là (1603) seulement, un navire pour se rendre, soit séparément, soit conjointement avec François Gravé, sieur du Pont et le sieur Prévert, “au traficq et descouverture des terres de Canada et païs adjaczans,” à la charge de contribuer pour un tiers dans les dépenses $.
1 Le vénérable et discret Messire Guillaume le Gouverneur, dsyen et chanoine de l’église de S. Malo, devint évêque de cette ville. Ce fut un prélat de grande distinction. Cel évêque mourut le 25 juin 1630.
2 Voir Note 14.
3 Documents inédits, p. 24 et 25.
Cette décision du roi avait été déterminée par les représentations du vénérable chanoine de Saint-Malo qui, le 7 avril suivant, voyait sa ligne de conduite approuvée
et ratifiée par la communauté, “ particulièrement pour le faict de Canada.”
Le privilège du trafic au Canada finit par échoir au commandeur Aymar de Chastes, qui, sans doute, pour accommoder les Malouins et les Rouennaiïs, fit une association avec des armateurs des deux villes. Prévert fut envoyé à Gaspé, Gravé à Tadoussac, tous deux avec la mission de faire la traite avec les sauvages. Champlain vint aussi au Canada en même temps qu'eux, mais lui était chargé de s'occuper des découvertes et des explorations.
Quant à Chauvin, il était mort peu de jours après l'assemblée de Rouen. Il est difficile de préciser la date de son décès. Henry Harrisse dit que ce fut avant le 15 mai 1603, car le Prévôt de Paris rendit, ce même jour, une ordonnance contre certains individus accusés de s’être appropriés unesomme d'argent provenant de la succession de Chauvin. D'autre part, il est constaté. que le 20 janvier précédent, il donnait une procuration générale et spéciale à sa sœur Madeleine, veuve de Jean Plastrier 1, Cet acte est de bien peu antérieur à son décès, que l’on pourrait fixer avec assez de vraisemblance au mois de février. En tous cas, il mourut entre le 20 janvier et le 15 mai 1608.
1 1603, 20 janvier.—‘* Pierre de Chauvin, sieur de Tonnetuit, demeurant à Honfleur, pour procuration générale et spéciale à Madeleine
Chauvin, sa sœur.” (Bréard, Reg. de tabell. p. 91).
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Un inventaire des “ lettres et écritures du sieur de Tonnetuit ” fut fait les 17 et 26 mai 1608 .
Le 8 juillet 1604 et les jours suivants, on procédait à la vente de ses navires ct de ses meubles, en présence de deux conseillers au parlement de Rouen *
Pierre de Chauvin avait épousé, en premières noces, Jeanne de Mallemouche, de laquelle il eut un fils, vers
l’année 1588. François de Chauvin porta, comme son
père, le titre d’écuyer eb de sieur de Tontuit, Il fit alliance avec Anne Desson, fille de Jean Desson, sieur de Torpt, et il mourut en 1661 ou 1662, sans laisser d'enfants ©,
Pierre de Chatvin avait épousé, après la mort de sa première femme, Marie de Brinon, veuve de Jean Fréard, lieutenant-général en la vicomté d’Auge. Cette dernière se maria trois fois et, en dernier lieu, avec Pierre Sausay, sieur de Sienne, eu 1606
Comme nous l'avons dit déjà, la famille Chauvin était très répandue en Normandie. Il y avait aussi les Chauvin, sieur de la Pierre. L'un deux est assez intimement lié à l’histoire primitive de la Nouvelle France. C’est sous les ordres d’un autre Pierre de Chauvin, sieur de la Pierre, que Chaærnplain laissa son établissement à Québec, à son retour en France, au mois de septembre 1609. Le mois de février 1603 est la date la plus ancienne à laquelle on rencontre le nom de ce capitaine, qui, originaire de Dieppe, paraît s'être fixé à Honfleur
1 Bréard, note, p. 71-72. 2 Ibid. 8 Voir Note 15. 4 Bréard, Documents, etc, p. 72.
après la mort de son parent, le sieur de Tontuit, avec lequel il ne doit pas être confondu.
Le Canada ne doit guère de reconnaissance à Pierre de Chauvin, qui ne fit rien de plus pour la colonisation française en ce pays que les autres négociants ou armateurs de son temps. Son établissement de Tadoussac ne fut qu'un simulacre de colonie. Chauvin désirait avant tout faire de l’argent, en monopolisant, pour lui et ses associés, les profits d’un trafic d'ordinaire très lucratif.
Quels motifs d’ailleurs auraient pu induire le spéculateur normand à coloniser la Nouvelle-France ? Appartenant au calvinisme, il ne se souciait pas plus qu’il ne fallait d'implanter sur notre sol une croyance qui n’était pas la sienne. Car les rois n’accordaient de charte qu’à la condition expresse que les Sauvages seraient évangélisés suivant les dogmes de la foi catholique. Pour certains fanatiques, cette clause pouvait être un obstacle à leurs visées de sectaires. Chauvin n'appartenait peut-être point à cette catégorie, car, alors comme aujourd’hui, beaucoup de protestants se prosternaient plutôt devant le veau d'or que devant le Dieu du Ciel. La conduite de Chauvin est toujours moins à blâmer que celle des marchands huguenots, qui, plus tard, ruinèrent la colonie française par un zèle religieux poussé au-delà des bornes que la cour leur avait tracées. La manie qu'ils eurent de jeter sur les rivages du Saint- Laurent, des colons de toute croyance, semble avoir débuté sous Chauvin. Champlain le laisse entendre, quand il dit : “Ce qui fut à blâmer en cette entreprise, est d'avoir donné une commission à un homme de contraire religion, pour pulluler la foi catholique, apostolique et
romaine, que les hérétiques ont tant en horreur et abomination 1”
Malgré son abjuration, qui aurait dû en faire un homme dévoué à la cause catholique, Henri IV ne put jemais se résoudre à briser complètement avec ses anciens coreligionnaires. Il avait pour eux des faiblesses. Souvent il les favorisait, sous le ridicule prétexte d’être juste et impartial envers tous ses sujets indistinctement. C’est dans sa politique vis-à-vis le Canada qu'il donna de fortes preuves de son manque de fermeté religieuse, Aussi le catholicisme n’y eut-il guère droit de cité, au début, les huguenots ayant partout la prépondérance. L’avancement matériel des premièresfondations ressentit le contre-coup des querelles qui s’ensuivirent. Le privilège, accordé à Pierre de Chauvin, fut le premier pas dans cette voie néfaste. Plus tard, un autre calviniste, Pierre du Guast, sera à son tour l’objet des munificences royales. Quand, après les particuliers, les compagnies mercantiles prendront charge des affaires du Canada, Louis XIÏI, suivant la politique désastreuse de son prédécesseur, ouvrira lui aussi les premières places aux oficiers huguenots. Aussi que d’animosités et de dissensions religieuses en Acadie, à Tadoussac et à Québec ? Que d’ennuis causés aux missionnaires récollets et jésuites ? Par bonheur ces religieux possédaient à côté d'eux, pour les encourager et les soutenir dans leur œuvre de pacification, un homme capable de faire face aux ennemis du catholicisme, et de sauvegarder à la fois les intérêts de sa religion et ceux de sa patrie adoptive : cet homme s'appelait Champlain.
1 Champlain, édit, canad. 1632, p. 44.
CARTOGRAPHIE :