‹ La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603Chapitre 15 sur 73 · LE MARQUIS DE LA ROCHE · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE LA ROCHE

1598. — Troïlus du Mesgouez et ses lettres patentes de 1577 et 1578.— Phases de sa vie, depuis 1550 à 1589. — Son incarcération par le doc de Mercœur. — Agissements de ce dernier en Bretagne durant 1» Ligue. — Sa rébellion. — Sa soumission au roi en 1598. — Sa mort.

" Enfin en 1598 la France, après cinquante ans de troubles domestiques, ayant recouvré sa première tranquillité, par la valeur, l'activité et la clémence de Henry le Grand, et se trouvant en état de tout entreprendre «ous le plus habile de ses rois, le goût des colonies revint aux Français, et le Marquis de la Roche, gentilhomme breton, obtint de Sa Majesté la même commission, et le» mêmes pouvoirs, qu'avait eus M. de Roberval sous Fran cois I et que Henry III lui avait déjà accordés à lu»

même, mais dont il ne s'était pas trouvé en situation de faire usage l ".

Voilà comment le jésuite Charlevoix 2 ouvre ce nouveau chapitre de l'histoire de la colonisation du Canada. L'idée de peupler un pays, devenu attaché à la couronne de France par droit de découvertes, devait sourire à Henri IV que l'on considère, malgré ses faiblesses pour ses anciens coreligionnaires, comme le restaurateur de notre ancienne mère-patrie. Sa perspicacité et son génie avaient sans doute attiré son attention sur ce qui se passait en Amérique, où les Espagnols agissaient comme s'ils eussent été les seuls maîtres du nouveau monde- Ils l'étaient de fait, et leurs flottes puissantes chassaient impitoyablement les vaisseaux étrangers des îles où ils tentaient la fortune. De là des batailles et des actions de cruautés révoltantes. L'espace ne manquait pas cependant pour suffire à toutes les ambitions sur ce continent immense, beaucoup plus vaste que l'Europe. Mais les Espagnols, y ayant trouvé une abondance de richesses presque indescriptible, voulaient rester seuls à les exploiter. Assoiffés d'or, ils s'étaient jetés sur l'Amérique comme sur une proie, écartant, par tous les moyens, les

1 Charlevoix, Histoire de la Nouvelle-France, livre III.

2 Ce .religieux, né à Saint-Quentin en 1682, vint terminer ses études à Québec. Il navigua sur le fleuve Saint- Laurent et sur les lacs, visita le pays des Illinois et Saint-Domingue, et publia, à son retour en France, plusieurs ouvrages intéressants, entre aiitres : Histoire et description du Japon, 1715 ; Histoire générale de la Nouvelle- France, 1744 ; Histoire du Paraguay, 1756, et une Histoire de l'Ile de Saint-Domingue, qu'il a composée sur les mémoires manuscrits de son confrère le Père Lepers. — Le Père Charlevoix mourut en 1761.

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obstacles qui auraient pu les arrêter dans leurs conquêtes de richesses. L'Indien ne devint bientôt plus à leurs yeux qu'un ennemi qu'il fallait soumettre, sinon détruire. Il répugne de voir une nation civilisée oublier ainsi les premières notions de la justice et du droit des gens à l'égard de barbares paisibles chez; eux, pour l'amour de quelques lingots d'or. Ce n'est pas de cette façon peu honorable qu'un peuple acquiert de l'ascendant et du prestige.

Henri IV reprit donc la politique d'encourager les explorations dans la Nouvelle-France, interrompue depuis près de soixante ans par les guerres civiles qui marquèrent les règnes de ses prédécesseurs, Henri II, François II, Charles IX et Henri III. Ce fut sous ce dernier que l'on vit éclore la célèbre guerre dite de la Ligue dont le but ostensible était de sauver la religion catholique contre les empiétements des calvinistes. Afin de neutraliser ses efforts, Henri III s'en déclara le chef, mais il ne réussit pas à ramener à lui les catholiques. Les États de Blois, sous l'influence des Ligueurs, le forcèrent à recommencer les hostilités. La guerre devint de plus en plus acharnée, surtout, en 1584, après la mort du duc d'Alençon, frère du roi, alors que Henri de Navarre fut devenu l'héritier présomptif de la Couronne. Henri III eut recours à lui pour assiéger Paris qui lui avait fermé ses portes, et il était sur le point de s'en emparer, lorsqu'il fut assassiné par Jacques Cœur, le 1er août 1589 \

1 Henri III était né en 1551, et avait succédé à Charles IX. Arec loi s'éteignit la maison des Valois.

Au commencement de l'année 1598, Henri IV étui paisible possesseur du trône de France; la paix était virtuellement conclue et les chefs des Ligueurs étaieni venus tour à tour prêter le serment d'allégeance. Le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, le plus irréconciliable de tous, cédant aux instances de sa femme et de son entourage, avait fait des ouvertures de paix équivalant à une complète soumission, lorsque Troïlus du Mesgouez, marquis de la Roche, qui, depuis quinze ans, n'avait connu que les malheurs et les infortunes de tous genres, pour avoir voulu rester fidèle à la cause royaliste en résistant au puissant duc de Mercœur, s'adressa au roi pour obtenir la revivification des commissions que Henri III lui avait accordées, en 1577 et en 1578. Bien qu'elles n'eussent pas été révoquées dans l'intervalle — du moins rien ne l'indique — le marquis de la Roche ne pouvait pas s'en prévaloir sans l'autorisation du nouveau roi, qui d'ailleurs se prêta spontanément à sa demande» lui accordant beaucoup plus qu'il n'avait reçu de Henri III.

Donc, en 1577, Troïlus du Mesgouez, gouverneur de Morlaix depuis neuf ans, après avoir été attaché à 1* cour depuis 1550, avait reçu une commission qui liii permettait de lever, fréter et équiper tel nombre de gênai navires et vaisseaux qu'il désirerait pour aller aux terres neuves et autres terres adjacentes, avec pouvoir de descendre à terre, de s'y appatrier, d'y prendre des terrains* d'y construire des forts, enfin de se rendre maître de toute partie des terres neuves qui n'appartenaient pas

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alors aux amis, alliés et confédérés de la couronne française '.

Il faut croire que le marquis n'eut pas le temps de se préparer à partir cette année même, ou qu'il ne se trouva pas satisfait de ces lettres royales, car dès le trois de janvier de l'année suivante, il réussissait à obtenir une seconde commission, beaucoup plus ample. Elle l'établissait " gouverneur, lieutenant général et vice-roi es Terres neuves et païs occupés par gens barbares qu'il prendra et conquestra sur les dits barbares, lui donnant plein pouvoir et puissance et auctorité de faire là construire et édifier telles forteresses et lieux de retraite qu'il verra estre nécessaire pour la conservation de notre obéissance es dites terres et pays tout ce qu'il verra appartenir au bien de nostre service et aux commodités de nostre Royaume 2

Quand Troïlus du Mesgouez recevait cette marque d'estime et de confiance de la part de Henri III, il était gouverneur de Morlaix depuis dix ans. Catherine de Médicis avait usé de son ascendant sur Charles IX pour faire ériger en gouvernement, dès l'année 1568, la capitainerie de la ville bretonne. Comme on le sait, l'amitié de la reine n'était pas à dédaigner. D'humble page qu'il était à la cour, Troïlus était arrivé graduellement par sa protection au grade de chevalier, de conseiller au conseil privé et de capitaine de cinquante hommes d'armes des

1 Michelant et Ramé, Documents inédits, p. 5-8. — Titres de Bobiea, Morice, Pr. III, 1489. Vo'r Appendice Pièce F.

1 IHdtm, p. 8-10.— Titre» de Robien. Morice, Pr. III, 1441. Toir Appendice, Pièco G.

ordonnances du roi. En 1576, une nouvelle faveur royale tomba sur sa tête. Il obtint pour lui-même l'érection de la terre de Coëtarmoal en marquisat, sous le nom de la Roche- Helgomarc'h, autre terre située dans la paroisse de Saint-Thoix. Sa femme, riche héritière de la maison du Juch, en Cornouailles l, avait ajouté à son blason la baronnie de Laz et le comté de Gournoi.

Aux premiers mouvements de la Ligue, en 1586, il abandonnait volontairement le gouvernement de Morlaix pour celui de Fougères. On le voit à Blois à la fin de l'année 1588, auprès de la reine-mère mourante. A peine avait-il rendu les derniers devoirs à celle qui avait toujours été sa protectrice, qu'il apprit que le duc de Mercœur, alors gouverneur de Bretagne, et en pleine révolte contre le roi, s'était rendu maître de Rennes, et qu'il se dirigeait sur Fougères. Le marquis courut en poste à la défense du siège de son gouvernement ; mais un jour qu'il traversait la ville de Sablé 2, il fut aperçu et reconnu par les soldats de Mercœur, qui s'en étant saisi, le livrèrent à leur chef. De la Roche fut enfermé dans le château de Nantes, d'où il ne devait être élargi que longtemps après.

Ce fut en cette même année (1588) que le roi Henri III accorda aux héritiers et successeurs de Jacques Cartier le privilège d'exploiter les mines du cap de Conjugon

1 Petit pays de France qui faisait alors partie delà Basse-Bretagne. On donnait aussi le nom de Cornouailles à la ville même de Quimper- Corentiu et à l'évêcLé dont elle était le siège.

2 Au confluent de la Sarthe et de l'Erve. Ville jadis très forte, piise par les Normands en 869. Elle se rendit à Henri IV en 1589 et fut érigée en marquisat en 1602.

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et de faire le trafic des pelleteries au Canada, privilège dont il a été amplement question. Ce fait prouve que la commission accordée au marquis de la Roche en 1578 était ou tombée en désuétude, ou reléguée dans l'oubli. Du reste les protestations qu'on a vu s'élever contre Chaton et Noël de la part des Malouins, n'auraient pas manqué de se faire jour, si le noble marquis eut tenté de se servir de son vieux privilège.

Le gouverneur de Fougères resta enfermé dans les prisons de Nantes, jusqu'après la trêve consentie par les ligueurs et les royaux, en 1596, c'est-à-dire pendant près de huit ans l. Les Etats royalistes de Rennes tentèrent, en 1590, de le faire élargir. Malgré l'échange de prisonniers qu'ils offrirent à l'inexorable duc, celui-ci refusa et retint soigneusement son captif, comme un otage de plus grand prix que ceux dont on lui faisait l'offre.

Pour mieux comprendre cette époque de troubles pendant laquelle le marquis de la Roche eut l'occasion de souffrir pour la cause de son roi, il importe de bien connaître quels furent les agissements de la Ligue en Bretagne. Ce petit bout d'histoire servira à prouver combien il était difficile, pour ne pas dire impossible, au marquis de laisser son gouvernement de Morlaix d'abord, et celui de Fougères ensuite, c'est-à-dire depuis 1576 à 1588, pour se rendre aux terres neuves. Troïlus du Mesgouez était trop intimement inféodé à la couronne

1 Depuis le commencement de l'année 1589 jusqu'à la fin de 1596 ainsi que l'attestent les mémoires contemporains de Jean du Matz, sieur de Terchaut et de Montmartin, gouverneur pour le roi des ville et château de Vitré.— D. Morrice, t. II, hist. col. p. 277 et suiv.

pour abandonner, même temporairement, le théâtre des hostilités. Pour lui c'était une question d'honneur de rester ferme à son poste, afin de battre en brèche la puissance du duc de Mercœur, le plus ardent et le plus dangereux peut-être des tenants de la Ligue. Qu'était donc ce petit potentat qui pouvait ainsi emprisonner impunément les amis du roi ?

Philippe-Emmanuel de Lorraine naquit à Nonmény, 1 le 9 septembre 1558. Le 12 juillet 1575, il épousait Marie de Luxembourg-Martigues, cinq mois après avoir été fait duc de Mercœur. (15 février). Il avait d'abord pris du service dans les armées royales, sous le duc de Brou âge et de Fère, en Picardie 2. Mercœur se déclara dès le principe partisan de la Ligue, œuvre des princes de sa maison, et il l'avait jurée en 1576. Le titre de gouverneur de Bretagne lui fut décerné en 1582, au détriment du duc de Montpensier, qui avait été pourvu de ce gouvernement depuis la mort de M. de Martigues, et surtout du prince de Dombes, son petit-fils auquel la survivance en avait été promise.

Depuis que le duc de Mercœur, beau-frère de Henri III, avait donné son adhésion à la Ligue, la ville de Nantes lui servait de quartier général. La duchesse, son épouse, alla s'y fixer le 19 ou le 20 mai 1582, mais le duc n'y fit son entrée triomphale que le premier jour de septembre de l'année suivante. Ce choix était habile en même temps qu'avantageux pour servir à ses fins d'ambition. Nantes était une ville forte ; elle offrait

1 Nomény, d'après Bouillet.

2 Pierre Biré, AU. gén. p. 246.

an port convenable, facilement accessible du côté de la mer. Rennes n'apportait pas autant de sécurité.

Mercœur avait comparu, le trente novembre précédent (1582), devant les Etats assemblés à Vannes, pour y faire lire et enregistrer ses provisions du gouvernement de Bretagne. A partir de ce moment, il se donna beaucoup de mal pour parvenir à son but, qui était, à ce que nous pouvons voir, de s'emparer de la couronne ducale de Bretagne. La mort en 1584 du duc d'Alençon, frère du roi, sembla augmenter ses chances de succès, en lui faisant entrevoir, dans un avenir assez rapproché, tous les embarras que susciterait la future succession de Henri III, prince d'une santé débile, sans enfants, et sans espoir d'en avoir jamais. Henri IV était bien l'héritier légitime du trône, mais il pouvait en être autrement quant à la province de Bretagne, parce qu'il ne descendait que par les femmes de la branche royale des Valois, et nullement d'Anne de Bretagne ni de Jeanne la Boiteuse. Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur, héritière directe et par aînesse de cette dernière, pouvait renouveler par le sort des armes un procès qui n'avait été décidé que par la force des armes.

Voilà qui explique pourquoi Mercœur se réfugia à Nantes pour s'y fortifier contre des attaques probables. Il se contint d'abord dans une certaine tranquillité, mais l'assassinat du duc de Guise, aux Etats de Blois, en 1588, lui offrit le prétexte de manifester ouvertement son mauvais vouloir contre le roi. Cependant les événements qui eurent lieu à Nantes, au commencement de 1589, furent tellement graves, que le Parlement de Rennes, par arrêt du 15 avril, déclara Mercœur rebelle

à la royauté. Cet arrêt fut approuvé par Henri III, qui, le 7 juin suivant, nomma le prince de Dombes, gouver-. neur général de la Bretagne 1.

L'horizon commençait à s'assombrir pour le rebelle de Nantes. Pendant qu'il était occupé à surveiller les mouvements des huguenots dans le Poitou, il apprit sa déchéance. Alors il se hâta d'envoyer des troupes pour défendre sa ville où cependant la duchesse, sa femme, était à peu près reine et maîtresse. Toutefois elle ne pouvait compter sur le concours de tous, car le maire Harouis et quelques-uns des notables du corps municipal voulurent s'opposer à l'entrée des soldats du duc dans les murs de leur ville. Informée de cette intervention, Marie de Luxembourg fit appel à un certain nombre de citoyens Nantais dont elle avait eu la précaution, en diplomate habile qu'elle était, de se faire un parti puissant. Grâce au secours qu'elle obtint d'eux en cette circonstance, elle put faire arrêter le maire et ses amis, et les logea au Château comme contraires à ses desseins.

Mercœur rentra bientôt chez lui, et il consacra les trois années qui suivirent (1590-93) à se fortifier avec plus de soin encore. Il fit ajouter deux bastions et deux courtines au Château, portant les doubles croix de Lorraine. Ce fut dans ces jours de prospérité, mais qui en réalité cachaient de terribles appréhensions, qu'il fit cette réponse à quelqu'un qui lui demandait s'il songeait à se faire duc de Bretagne : " Je ne sais si c'est un songe, répondit-il, mais je sais qu'il y a plus de dix ans que j'y songe."

1 Cf. Levot, Biographie Bretonne.

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L'arrestation du marquis de la Roche avait eu lieu quelque temps avant ces derniers événements, qui furent suivis de meurtres, de trahisons et de massacres, dont Philippe de Lorraine fut l'auteur et la Bretagne, le théâtre 1.

L'abjuration de Henri IV, en 1593, vint achever de gâter la cause du duc, toujours retranché dans Nantes. Le roi voulait sa soumission, mais il la voulait par des mesures conciliatrices, et non à main armée. Dès les premiers mois de l'année 1594, la reine Louise, sceur de Mercœur, et veuve de Henri III, s'était rendue à Ancenis, ouvrir des conférences de paix. Elle réussit par son influence sur son frère à le ramener à de meilleurs sentiments, mais la nature reprenant bientôt son empire, le duc se porta à de nouveaux excès. Les trêves se renouvelèrent ainsi jusqu'en 1598, sans apporter aucun changement à la situation. Cependant Mayenne, Nemours, Joyeuse et tous les autres chefs de la Ligue avaient fini, de guerre lasse, par jurer fidélité au roi légitime. Seul Mercœur résistait toujours, mais avec d'autant moins de chances de succès, que l'isolement se faisait de plus en plus autour de lui.

Enfin Henri IV, fatigué de cette rébellion qui tenait la Bretagne dans une position équivoque, résolut de se rendre en personne au cœur même du pays où son sujet rebelle faisait la loi. Il arriva à Angers au milieu d'octobre 1596. Marie de Luxembourg courut à sa rencontre, et entra en négociations avec lui, au sujet des affaires de son mari. Après quelques pourparlers, le roi

1 Art de vérifier les dates.

accepta les conditions qui lui parurent raisonnables, et une trêve fut signée, le dix-huit du même mois. Ce fut probablement après cet armistice, qui devait durer jusqu'au 15 janvier suivant, que le duc de Mercœur ouvrit les portes des prisons de Nantes au marquis de la Roche, moyennant une rançon de 4,000 écus.

La soumission définitive et complète du rebelle à son roi ne fut plus qu'une question de temps. Voyant que son cas prenait une mauvaise tournure, et que le roi ne lui accorderait jamais le duché de Bretagne qu'il convoitait depuis si longtemps, et plutôt que de s'exposer à des représailles sanglantes, il fit proposer à Henri IV le mariage de sa fille avec César Vendôme, fils légitimé de Gabrielle d'Estrées. Cet arrangement était la condition de la paix. Le roi l'agréa, et l'édit de pacification fut vérifié au parlement de Paris, le 26 mars 1598, puis enregistré à celui de Rennes quelques jours plus tard.

Nous avons lieu de croire que le duc et la duchesse ne retournèrent plus à Nantes. Quelque temps après Mercœur choisissait un noble e*il en Autriche, et le samedi, 23 mars de la même année, Marie de Luxembourg arrivait à Rennes " en assez pauvre et simple train, eu esgard au temps passé, et logea en l'hostellerie de l'Escu de France, chez Robert de la Prinse, dit Robin,

près Saint-Germain Elle s'en retourna le jour au

Petit Sacre, 28 may audit an 1598 l.

Mercœur mourut à Nuremberg, le 19 février 1602, 1 Journal de Pichart.

après avoir donné des preuves d'une grande bravoure dans des guerres entre l'Autriche et la Turquie 1.

La Ligue était écrasée, la Bretagne soumise, et le marquis de la Roche, sorti des cachots, va reparaître, non pas découragé, mais rempli d'une ardeur toute nouvelle pour mettre enfin à exécution le projet qu'il nourrissait depuis vingt ans d'aller tenter fortune du côté de l'Amérique.

La première mention que l'on voit de son nom est à la date du 12 novembre 1596, dans un acte notarié passé à Honfleur devant maîtres Boudart et Valsemey. C'est une procuration générale et spéciale à Guillaume Ravend, sieur de Crussy, lui donnant plein pouvoir de faire verser entre ses mains par la maréchalle de Matignon la somme de 5,500 écus soleil, avec les intérêts qui lui étaient dus pour rentes retirées par la dite dame en vertu d'un transport des fermiers du domaine de Carentan.

Le 4 mars de l'année suivante, Troïlus du Mesgouez s'adressait de nouveau à ses notaires, à Honfleur, pour dresser l'acte d'affrètement du navire de Thomas Chef-

1 Lahaye rapporte au sujet de ce personnage quelques particularités intéressantes à connaître : " Homère l'accompagnait toujours dans ses voyages ; Eonsard était son poète, Guichardin son historieu, Sénèque son philosophe, Plutarque son politique, Clavius son mathématicien. Sa bihliothèque était composée de 15,000 volumes, toutes les œuvres d'un auteur prises pour un seul volume, et 18,000 livres en toutes facultés, dont les sieurs de Fumée et de Saint-Rémi avait la garde."

Saint François de Sales fit son panégyrique lors du service qui fut célébré en Bon honneur, avec une pompe royale, le 27 avril 1602.

dhostel l, de la paroisse de Vatte ville 2, pilo.3 renommé, et dont la famille entière appartenait à la m irine. Voici les conditions du marché conclu entre eux :

1° Le bâtiment devra être prêt à partir à une date que le document du tabellion n'indique pa>.

2° Chef dhostel ira d'abord à Brouage fnire sa provision de sel, et puis cinglera vers les parafes de l'île de Sable pour la pêche.

3° L'équipage sera composé de 33 matelots.

4° Le commandement d'une compagnie d'hommes de guerre sera confié au capitaine Kerdement, au lieutenant de Kéroual, et à l'enseigne de Mond reville, gentilhomme normand.

5° Chefdhostel fournira les vivres de l'équipage et des soldats, plus la moitié des gages des compagnons.

6° Il louera son navire en bon état et bien ammunitionné.

7° Il suivra la route indiquée, et à son retour il devra toucher à Honfleur. Si le marquis est absent de cette ville, Chefdhostel devra donner avis de son arrivée

1 Ce nom a été écrit de bien des manières : Chsdotel (Champlain et Charlevoix', Chidotel (Le Père Leclercq), Chefd'hostel (Lescarbot) Chefdhostel et Cheldi st<l dans les lîe^istres d'audience du Parlement de Rouen. Il en est de ce nom comme de beaucoup d'autres de ce temps qu'il est toujours facile, sinon correct, de moderniser en les simplifiant. On le prononçait Cbédotel.

2 Canton de Caudebec, (Seine-Inférieure) est situé dans la presqu'île que recouvre en partie la forêt de Brotonne, sur la rive gauche de la Seine. Au XVIe siècle, toute la population de ce village appartenait à la marine marchande, au long cours et au cabotage . (Bréard, p. 61-62).

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au gouverneur M. de Lestang et à Martin Le Lou, lieutenant de la romaine à Honneur, son représentant.

8° Les profits de la pêche seront partagés par tiers.

9° Une première somme de 350 écns est remise à Chefdhostel * pour achat de biscuits et avances aux matelots.

Il ressort du document qui renferme ces conventions, que le marquis n'eut pas, en 1597, l'intention de coloniser l'île de Sable, et que cet affrètement de navire avait pour but unique de faire la pêche dans les eaux du golfe Saint-Laurent, ou, si l'on veut s'en tenir au texte, dans les parages de l'île de Sable. Son absence de Honfleur n'est que problématique. Pour parer à toute éventualité, il se choisit un représentant qu'il charge, en son absence, de surveiller ses intérêts dans le partage des profits. Ce voyage eut- il lieu ? Rien ne l'indique, mais, en tous cas, il n'avait d'autre fin que la pêche de la morue, car le marquis n'apparaît pas dans l'acte de tabellionnage en qualité de " lieutenant général du roi au pays de Canada, isle de Sable, Labrador, Hochelaga, Saguenay et autres pays adjacents," comme on le voit plus tard figurer dans un acte postérieur aux lettres patentes qui lui échurent de par la volonté royale.

1 Les Chefdhostel, famille de marins. On trouve Jean Chefdhostel, capitaine du navire la Pie, en 1526 ; Pierre Chefdhostel, pilote, en 1683 ; Thomas Chefdhostel, en 1597 ; Guillaume Chefdhostel, capitaine de navire, en 1601 ; Nicolas, l'aîné, en 1606 et ses fils ; Pierre, demeurant à Vatteville, en 1614 ; Abraham, sieur de Gouberville, demeurant à Quillebeuf, en 1624. — Bréard, Documents.

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