LE TRANSPORT DES BOIS
compatriotes « un domaine qui leur appartînt en propre et qui fût comme le rempart, l’asile invulnérable de la nationalité franco-canadienne ». (Buies.)
L’élan donné par cet homme est devenu, grâce à ses efforts, puissant et irrésistible; il a été grandissant chaque jour et ne s’arrêtera plus. Labelle, dont la popularité était aussi considérable que méritée, a vu, avant de mourir, son œuvre en plein essor, et sa vie a été un magnifique exemple de ce que peuvent la foi dans une idée et la persévérance dans son application. La colonisation, ainsi qu’il le répétait sans cesse, est pour le Canada français l’œuvre par excellence, l’œuvre vitale, car seule elle peut lui assurer une prospérité solide et durable. Tous les Canadiens sont d’accord sur ce point. « C’est uniquement par l’expansion de notre race, dit judicieusement un de leurs écrivains les plus distingués, que nous arriverons à poser sur le sol de l'Amérique un pied ferme, et à l’y maintenir en dépit de tous les assauts. Il faut que le petit peuple franco-canadien s’accroisse et se fortifie sur son propre sol s’il veut faire une concurrence au moins égale, sinon victorieuse, aux races Scandinave, teutonne et anglo-saxonne qui débordent à flots pressés sur le continent américain. Il le faut, parce que ces races nous sont pour le moins antipathiques, sinon hostiles à des degrés divers, et parce que rien ne leur conviendrait si bien que notre disparition. Il faut coloniser, nous répandre comme une marée montante dans l’est de l'Amérique britannique, afin de contrebalancer l’Ouest colossal où se déverse déjà l’élément anglais de nos cantons ruraux et une grande partie de celui d’Ontario même. Toute considération doit s’incliner devant la question de race. On ne saurait croire les efforts constants et acharnés qui se font pour noyer les Canadiens français partout où ils essaient de pénétrer en dehors de la province de Québec. Les appels réitérés aux émigrants Scandinaves et teutons, la transplantation active de ces étrangers sur le sol du Dominion n’ont pas d’autre cause ni d’autre objet. De là cette avalanche des Européens septentrionaux, gens qui peuvent braver l’inclémence du climat et les rigueurs de la vie du Nord avec presque autant de succès que nous. De là ces colonies suédoises, norvégiennes et finlandaises qui ont été dirigées de plus en plus vers le Manitoba et le Nord-Ouest, et que l'on destine sans aucun doute à servir de barrière à l’élément canadien-français qui voudrait s’acheminer d’un côté vers la vallée de la Saskatchewan, de l’autre vers la baie d’Hudson, deux directions différentes auxquelles conduit seule la route de l’Outaouais supérieur. Notre pays est jeune; il manque de population et de capitaux. Nous ne sommes que cinq millions d’âmes disséminées sur un territoire presque aussi grand que l’Europe, mais nos richesses naturelles sont incalculables, illimitées; illimitée aussi notre confiance dans nos forces et dans nos destinées. Un sang nouveau semble avoir pénétré dans nos veines, depuis quinze ou vingt ans, au spectacle des énormes enjambées du progrès scientifique; un ferment d’audace et d’ambition nous ao-ite nous enflamme et nous pousse incessamment vers de nouvelles entreprises que nous n’aurions pas conçues autrefois, même dans nos rêves. Ce n’est pas en vain que nous respirons l’air puissant de la libre Amérique : avec nos voisins des Etats-Unis, nous sommes emportés dans le même torrent qui précipite hommes et choses vers des rivages toujours nouveaux, toujours plus reculés. L’action, 1 exécution rapide, telle est la condition actuelle de notre nature. Le développement du pays dans toutes ses parties, son accès rendu facile dans toutes les direc-
RÉVOLTE DES METIS. — SITUATION ACTUELLE
lions et sous toute les formes, voilà ce que nous voulons aujourd’hui et ce que les gouvernements sont tenus de vouloir avec nous, sous peine d’une déchéance prompte et irrévocable. » (Buies.)
Actuellement, les résultats acquis sont tels que personne ne met plus en douté le succès final, et que les Anglais eux-mêmes sont obligés de reconnaître les incessants progrès accomplis par les Franco-Canadiens, aussi bien dans la province de Québec que dans celle d'Ontario, dont ils occupent déjà le nord et l’ouest, éliminant peu a peu les colons anglais qui se retirent devant cette marée montante et préfèrent aller dans l’Ouest, au milieu des leurs, créer de nouvelles fermes. G est ainsi que le journal le Mail de Toronto, après le dernier recensement, écrivait non sans tristesse un article dont un passage mérite d’être cité ici :
« Les chill res que nous donnent les dénombrements de la race française sont vraiment extraordinaires. Le nombre des émigrants qui sortirent de la vieille b rance pour venir s’établir au Canada, sous l’ancien régime, n’a pas dépassé dix mille. L'émigration venant de France cessa effectivement en 1700. En 1763, malgré les guerres sauvages et toutes les misères de la vie de colon, dans ce temps-là, la population de la colonie comptait soixanlc-dix mille habitants, et aujourd'hui la race française, au Canada et aux Etats-Unis, s’élève à peu près à deux millions. Quel sera le résultat de cette expansion extraordinaire? Les établissements anglais créés dans Québec par les autorités impériales, dans. le but d’éliminer l’influence française, disparaissent les uns après les autres. L’habitant ne se contente pas d’envahir les Etats de la Nouvelle-Angleterre et de fonder des colonies dans le Nord-Ouest; il pousse vigoureusement les Anglo-Saxons hors d’Ontario. Il est probable que dans vingt-cinq ans les Français seront les maîtres dans toute la partie est d’Ontario, jusqu’à Kingston, sans compter tout le nord de la province. »
Le même renseignement nous est fourni, mais sur un autre ton, par un des écrivains les plus connus du Canada français, historien et littérateur de grand mérite, M. Benjamin Suite, qui, dans une lettre personnelle, écrivait récemment à l’auteur de ce livre : « Le type percheron-normand-poitevin au Canada, c’est tout un poème! Ces gens-là n’ont pas eu leurs pareils dans les découvertes et dans les guerres en pays sauvages; pas leurs pareils non plus comme cultivateurs et peuples industrieux, tirant tout d'eux-mêmes, jamais en peine, toujours se relevant d’un désastre, riant de tout, et doublant leur nombre tous les vingt-sept ans depuis 1681 ! Si vous voyiez comme nous envahissons, depuis trente ans, la province d’Ontario! Cela marche comme un air de musique. Nous prenons les terres, uniquement les terres, la vraie conquête normande. Quel avenir de ce côté! Et c’est de l’inattendu, car autrefois, dans ma jeunesse, on eût qualifié de fou celui qui se serait avisé de dire que nous aurions jamais cent familles dans Ontario. Vers 1855, M. Bameau osa prédire que nous pourrions bien avoir notre bonne part de la vallée de l’Outaouais; on le traita de visionnaire. Aujourd’hui, la vallée est toute française, sauf quelques épaves écossaises et irlandaises qui se transforment très rapidement en éléments français. A mon âge, cinquante-six ans, j’ai vu assez de miracles pour mourir content : ma race est sauvée. »
Sauvée et victorieuse; car non seulement les Canadiens français ont conservé dans le Parlement fédéral une large place, mais sir John Mac Donald, le chef du
parti conservateur, qui s’était presque constamment maintenu au pouvoir depuis la création du Dominion, étant mort et son parti ayant été battu aux dernières élections, c’est le chef de l’opposition libérale, M. Wilfrid Laurier, Canadien français, qui est devenu premier ministre et qui a la charge et la direction des affaires publiques de la Puissance. Deux des membres de son ministère sont également des Canadiens français. M. Wilfrid Laurier est un libre-échangiste, partisan de la réciprocité commerciale la plus étendue.
En ce qui concerne les relations du Canada avec la France, elles sont régies par un traité de commerce signé à Paris le 6 février 1893 et soumis à la Chambre des députés le 27 novembre 1894. Attaqué par des représentants de nos départements de l’Ouest qui craignaient de voir notamment les pommes à cidre du Canada venir faire une concurrence ruineuse aux produits de notre sol, il fut défendu par M. Jules Méline, président de la Commission des douanes, et M. Hanotaux, ministre des Affaires étrangères, dont la Chambre souligna le discours par de nombreux applaudissements. Après avoir réfuté les assertions des opposants et démontré que le projet de loi était aussi favorable à la France qu’au Canada, car ce dernier, en échange de notre tarif minimum sur vingt articles, nous concédait pour ses traités à venir tous les avantages commerciaux qu’il accorderait aux autres Etats, le ministre des Affaires étrangères, s’élevant au-dessus des questions de détail, achevait son discours par des considérations dont nous reproduisons les termes tels qu’ils figurent au compte rendu sténographique officiel de la séance : « La convention qui vous est soumise n’a été votée qu’après un assez grand retard par les Chambres canadiennes, et cela parce qu’elles- ne la jugeaient pas assez avantageuse pour les produits canadiens; niais le Canada avait un intérêt d'ordre général, sur lequel vous me permettrez d’attirer votre attention, à ouvrir des négociations avec le gouvernement de la République. C’est cette vue qui a amené finalement le Parlement canadien à ratifiée la convention qui lui était soumise. C’était la première fois, messieurs, que le Dominion traitait avec une puissance étrangère, en vertu d’un droit qui lui avait été récemment accordé.
« Or, le gouvernement du Canada a voulu user de ce droit pour la première fois avec la France. (Très bien ! très bien! ) Des plénipotentiaires ont été envoyés à Paris pour traiter avec nous dans les conditions respectivement satisfaisantes qui viennent d’être rappelées. Ces considérations ont eu sur leur décision une influence qui s’est retrouvée finalement dans le vote du Parlement, et vous me permettrez de lire, à ce sujet, un passage d’une lettre que j’ai reçue récemment de notre consul général à Montréal : « Les Canadiens de langue française, sous ce rapport, « ont témoigné d’une bonne volonté et d’un esprit de discipline dont nous ne pou- « vons qu’être touchés. Ils ont fait trêve à toutes les divisions de partis, aussi bien à « la Chambre des communes qu’au Sénat, pour donner, sans conditions, leuradhé- « sion au premier acte international que le Dominion ait pu conclure avec le pays « de leurs ancêtres ». (Vifs applaudissements.) - *
« Messieurs, il est impossible que ces mêmes sentiments ne trouvent pas leur écho dans le Parlement français. La convention est avantageuse pour les deux pays; elle tend à développer entre eux des relations -conformes à leurs intérêts et aux souvenirs du passé qui les unit. Je demande à la Chambre de la voter, comme elle a été votée par le Parlement canadien. (Applaudissements.) »
LE PALAIS DU PARLEMENT A OTTAWA Dessin de Deroy, d’après une photographie.
Approuvé à une grande majorité parla Chambre des députés, voté sans discussion par le Sénat, le traité a été promulgué au Journal officiel du 9 octobre 1895.
Un dernier mot : J’ai commencé l’histoire de la Nouvelle-France avec une dédicace de Faucher de Saint-Maurice, toute vibrante de touchante affection pour la terre de ses ancêtres; je la termine par un discours d’un autre Canadien français, Fréchette, qui respire à un égal degré la passion du vieux pays. C’est une allocution prononcée le 27 juin 1884, lors des noces d’or de la Société de Saint- Jean-Baptiste, la grande i association qui groupe tous les Canadiens français de l’Amérique du Nord.
« Messieurs, disait alors l’éloquent auteur de la Légende d’un peuple , c’est une tâche grave que celle de se lever un des premiers dans cette occasion solennelle, occasion peut-être unique dans l’histoire de notre pays. Mais je bénis ma bonne fortune et je remercie cordialement MM. les organisateurs de ce banquet de m’avoir imposé cette tâche puisqu’il s’agit de porter un toast à notre chère et glorieuse mère, la France! (Applaudissements.)
« Dans cette réunion où l’on célèbre les noces d’or d’une société qui fut fondée, il y a cinquante ans, pour perpétuer ici le nom, le souvenir et les traditions de la France, et qui a réussi à rendre ces trois grandes choses impérissables en Amérique, le premier toast de circonstance appartenait bien à la grande nation, et s'il ne m’appartenait pas autant de le proposer, je sais bien que personne ici, je sais bien que personne au monde ne saurait le faire avec un cœur plus filial, avec une émotion plus sincère! (Applaudissements.)
« J’ai rencontré plusieurs fois, en Europe et ailleurs, des gens qui s’étonnaient de ce que nous fussions, nous les Canadiens, restés si Français : Français par la langue, Français par les mœurs, Français par le tempérament, et surtout Français par le cœur. Il n'y a pourtant pas là matière à grande surprise. Si nous sommes restés Français, le miracle n’a rien que de tout à fait naturel. Existe-t-il un homme sur la face du globe qui ait eu le bonheur et l’hongaeur de naître Français, et qui n’ait pas été fier de conserver ce titre toute sa vie?
« Nous sommes restés Français parce que nous sommes fiers d’être Français. On ne renonce pas à ce nom-là. (Longs applaudissements.)
« Ah! si l’on nous montrait une patrie d’origine qui fût plus belle, plus noble, plus chevaleresque, plus glorieuse, peut-être.... Mais non! Cela ne ferait pas pour nous un iota de différence. Nous tenons à la France par toutes les fibres du cœur et elle serait la plus humble des nations que nous lui dirions encore : « Nous « sommes à toi, ô Sainte France! Généreuse protectrice ou mère oublieuse, nous « t’avons aimée, nous t’adorons encore et nous te chérirons toujours. Nos pères « sont morts pour toi, nous sommes tes enfants et nous voulons mourir tes « enfants! » (Applaudissements prolongés.)
« On ne déracine pas un sentiment comme celui-là, messieurs. Toute la diplomatie de l’Angleterre, intéressée à faire de nous un peuple anglais, toute l’habileté, je dirai même l’astuce de ses hommes d’Etat les plus roués, se sont heurtées sur lui. Ni les menaces, ni les persécutions, ni les échafauds, ni même les récompenses — Danaos et clona ferentes — n’ont pu l’ébranler. (Applaudissements.)
« Et les fils des soixante mille Français arrachés violemment à la France, il y a cent vingt-cinq ans, sont aujourd’hui deux millions de patriotes parlant le fran-
RÉVOLTE DES MÉTIS. — SITUATION ACTUELLE
çais, s’appelant des Français, et imposant le caractère distinctif de leur race depuis Boston jusqu’à San Francisco, depuis le golfe du Mexique, je dirai presque jusqu’au Pôle Nord. Si mon brave ami François Mercier, le grand voyageur du Nord-Ouest, était ici présent, il pourrait témoigner de ce dernier détail. Mais il est en ce moment sans doute occupé à tirer le canon en l’honneur de la Saint-Jean-Baptiste, sur les remparts du fort Saint-Michel, l’un des postes les plus avancés delà civilisation dans les régions hyperboréennes ! (Applaudissements prolongés.)
« Non, mille fois non, le sentiment français ne se détruit pas. Il est gravé en caractères indélébiles au plus intime de notre être, et ceux qui ont été les témoins de la solennelle démonstration d’hier ne doivent plus avoir de doute à cet égard, s’ils en ont jamais eu.
« Ce sentiment, chez nous, a subi toutes les phases de l’épreuve. Quand la France nous laissait seuls ou presque seuls, chargés de garder intact l’honneur de son nom, nos ancêtres lui donnèrent leur vie et sauvèrent par une victoire suprême sinon sa puissance, du moins l’honneur de son drapeau. Plus tard, elle nous oublia. Alors nous nous mîmes à l’œuvre, et, poignée d’enfants abandonnés réduits à nos seules ressources, nous avons fondé sur ce continent un peuple qui sera la France de l’avenir. (Longs applaudissements.) Quand, victorieuse et superbe, la France éblouissait le monde par l’éclat de ses triomphes, personne n’applaudissait avec plus d’enthousiasme que nous à sa puissance et à sa gloire; et quand vinrent les jours sombres, quand l’aiseau du malheur s’abattit sur son drapeau vaincu, il n’est pas un Français d’Europe qui ait plus vivement ressenti l’affront et plus sincèrement pleuré la défaite que les Français des bords du Saint-Laurent! (Applaudissements prolongés.)
« Oui, nous aimons la France ; nous l’aimions monarchique, nous l’aimons républicaine. Son drapeau est notre drapeau. Que ce soit le drapeau blanc ou le drapeau tricolore, il suffit qu’il soit le drapeau de la France pour avoir le plus sacré des titres à notre vénération. (Applaudissements.)
« De quel droit demanderions-nous compte à la France des institutions qu’elle se choisit? Est-ce que la grande et glorieuse nation n’aurait pas le privilège de se gouverner comme elle l’entend? C’est la France qui passe; est-elle monarchique? est-elle républicaine? Qu’est-ce que cela nous fait? C’est notre mère... à genoux! (Triple salve d’applaudissements.)
« Oh! il avait certainement tort cet homme d’Etat, que je n’ai pas à juger ici, et qui disait : « Nous sommes des Anglais qui parlons le français ». Nous, au contraire, nous sommes des Français qui parlons l'anglais... quand nous ne pouvons pas faire autrement. (Bires et applaudissements.)
« Je ne voudrais pas que mes paroles fussent interprétées comme défavorables à l’Angleterre.
« Nul plus que moi n’a d’admiration pour le grand peuple dont le drapeau a porté la civilisation dans les parages les plus reculés du globe ; nul plus que moi n’apprécie les libertés dont nous jouissons à l’ombre de la constitution britannique; je remercie surtout mes compatriotes anglais de ce que je puis si librement manifester ici mon attachement pour la France, sans éveiller aucune susceptibilité de races. Mais, sans cesser d’être loyaux sujets britanniques, nous resterons tou-
jours les enfants cloués de la France. Il serait impossible pour nous qu’il en fût autrement. Les deux grandes nations ont chacune une part de nous-mêmes, suivant l’expression de notre grand poète Crémazie :
« Albion noire foi, la France notre cœur! »
« Messieurs, à la France! (Acclamations et longs applaudissements.) »
Ainsi finit l’histoire de la Nouvelle-France.
De son ensemble il ressort jusqu’à d’évidence que la race française, trop calomniée à ce point de vue, est essentiellement apte à la colonisation.
Au Canada, quelques milliers de nos compatriotes ont, envers et contre tous, fait de tels progrès qu’ils constituent actuellement une nation jeune, vivace et forte, marchant à pas de géant vers l’avenir qu’elle aperçoit. Abandon du gouvernement français, incurie et pillages d’une administration prévaricatrice, oppression et tyrannie étrangères, rien n’y a fait. Aussi laisserons-nous dédaigneusement de côté les accusations formulées contre notre race et nous bornerons-nous à tirer dès à présent de cette première partie de l’œuvre que nous avons entreprise une conclusion qui s’impose.
L histoire, a dit un de nos maîtres, est un perpétuel recommencement et un éternel enseignement.
Nous assistons à un recommencement dont une nation peut être frère. La France a possédé un merveilleux empire colonial : le Canada et l’Inde. Elle l’a Perdu par la faute d un gouvernement que le peuple a voué aux gémonies. Depuis qu elle a repris en main ses destinées, elle en a reconquis un autre. Redevenue grande puissance coloniale, profitera-t-elle de l’enseignement du passé, éviterat-elle les fautes commises autrefois et saura-t-elle enfin non seulement se créer des possessions, mais les peupler, les rendre assez fortes pour se défendre seules?
Les fautes, elles sont bien connues : centralisation à outrance, administration méticuleuse et Lracassière, défaut de liberté pour les colons, et par suite possessions languissantes, émigrants peu nombreux, commerce nul.
L Angleterre a procédé autrement, et les progrès de ses colonies sont pour nos hommes d Etat un exemple à méditer. Livrées à elles-mêmes, débarrassées d'un
personnel administratif surabondant, cause de dépenses excessives et d’entraves continuelles, jouissant d’une liberté à laquelle nous ne pouvons nous accoutumer, elles ont pris un développement qui nous semble merveilleux et qui n’èst que la conséquence logique du système dont elles bénéficient.
Arriverons nous à adopter pour notre empire colonial un régime analogue?
De la réponse dépend l’avenir. Si nous ne parvenons pas à résoudre le problème, et la liberté seule le permettra, il est bien inutile de gaspiller des millions et de sacrifier des milliers d’hommes pour conquérir des territoires qui, à la première guerre maritime, dépourvus de défenseurs et de ressources, seront à la merci de l’ennemi.