AU LECTEUR
un autre. Redevenue grande puissance coloniale, profitera-t-elle de l’enseignement du passé, évitera-t-elle les fautes commises autrefois et saurat-elle enfin non seulement se créer des possessions, mais les peupler, les rendre assez fortes pour se défendre seules?
Les fautes, elles sont bien connues : centralisation à outrance, administration méticuleuse et tracassière, défaut de liberté pour les colons, et par suite possessions languissantes, émigrants peu nombreux, commerce nul.
L'Angleterre a procédé autrement, et les progrès de ses colonies sont pour nos hommes d'État un exemple à méditer. Livrées à elles-mêmes, débarrassées d’un personnel administratif surabondant,cause de dépenses excessives et d’entraves continuelles, jouissant d'une liberté à laquelle nous ne pouvons nous accoutumer, elles ont pris un développement qui nous semble merveilleux et qui n’est que la conséquence logique du système dont elles bénéficient.
Arriverons-nous à adopter pour notre empire colonial un régime analogue?
De la réponse dépend l’avenir. Si nous ne parvenons pas à résoudre le problème, et la liberté seule le permettra, il est bien inutile de gaspiller des millions et de sacrifier des milliers d'hommes pour conquérir des territoires qui, à la première guerre maritime, dépourvus de défenseurs et de ressources, seront à la merci de l’ennemi.
E. Guénnx.
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Une famille de héros.
En 1641, un jeune homme, Charles Le Moyne, âgé de quinze ans, dont les parents étaient hôteliers en la paroisse Saint-Jacques, à Dieppe, quittait cette ville pour aller chercher aventure au Canada. A son arrivée à Québec, il s'engagea au service des missionnaires et alla passer quatre ans avec eux chez les Hurons, en compagnie d’un de ses oncles nommé Duchesne, En 1646, il était attaché comme soldat et interprète au poste de Montréal. Pendant son séjour au milieu des peuplades sauvages, il avait appris la langue iroquoise, et c'est par son intermédiaire qu’eurent lieu la plupart des négociations entre les cinq cantons et les commandants de Montréal, pour les traités de paix ou les échanges de prisonniers.
D'une bravoure extrême, il prit part à toutes les luttes contre les Iroquois et s’en fit tellement craindre et respecter que, surpris par eux dans un des coups de main journaliers qui menaçaient tous les colons, ils lui accordèrent la vie et l’adoptèrent solennellement. Ils le choisirent ensuite pour protecteur auprès du gouverneur du Canada.
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Informé de l’admirable résolution de Dollard, Le Moyne avait voulu se joindre à lui et aux seize braves qui allaient arrêter au prix de leur sang l'invasion de la colonie, mais il était alors occupé à ses semailles, et le départ précipité de la petite troupe ne lui permit pas de revenir à temps pour l'accompagner.
Le 28 mai 1654, il épousa Catherine Thierry, née à Saint-Denis-le-Petit, bourg du diocèse de Rouen, et adoptée par Antoine Primot qui était venu s'établir à Montréal en 1642.
De ce mariage naquirent treize enfants dont neuf fils qui héritèrent du courage et de l'esprit d'initiative | de leur père. Leur vie à tous fut consacrée au service | 1 de la patrie, et plusieurs trouvèrent une fin glorieuse sur les champs de bataille, comme le brillant et chevaleresque Sainte-Hélène, blessé mortellement pendant le siège de Québec; de Châteauguay, tué à la prise du fort Bourbon en 1694; et de Bienville, tombé, la poitrine trouée d’un coup de feu, dans l'attaque d'une maison où s'était réfugiée une bande d’Iroquois.
Vaillant soldat, colon laborieux, interprète habile et négociateur souvent heureux, Le Moyne vit ses longs services récompensés par l’intendant Talon qui lui accorda une importante concession de terres sur la rive droite du fleuve Saint-Laurent. Le roi, sur la proposition du gouverneur, lui fit en outre délivrer des lettres de noblesse avec la qualification de sieur de Longueil. C'était le nom d’un village de Normandie, voisin de Dieppe, lieu d’origine des parents de Le Moyne. De même le nom d'’Iberville, donné à l’un de ses enfants, était celui d’un fief de lachâtellenie d'Hotot-sur-Dieppe.
C'est l’histoire des fils de Charles Le Moyne que nous allons parcourir, et principalement celle de d’Iberville, dont la brillante carrière dans la marine française fait l’égal de nos plus célèbres officiers.
Rappelons d’abord les noms des neuf frères Le Moyne qui s'illustrèrent à l’envi l’un de l’autre, aussi bien sur terre que sur mer; on les distinguait ainsi : de Lon-
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