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— « Non!disaient ces vaincus; nous sommes des Français ; Et nul n’a le pouvoir de nous vendre à l'enchère! »
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La foudre un jour sur eux descendit de la chaire : L'Eglise, pour forcer ses enfants au devoir, A regret avait dû frapper sans s'émouvoir.
Il n’en resta que cinq.
Geux-là furent’semblables, Dans leur folie altière, aux rocs inébranlables : Ils laissèrent gronder la foudre sur leurs fronts ; Et malgré les frayeurs, et malgré les affronts, Sublimes égarés, dans leur sainte ignorance, Ne voulurent servir d’autre Dieu que ja France !
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La vieillesse arriva : la mort vint à son tour. à | ES Etsans prêtre, sans croix, dans un champ, au détour D'une route fangeuse où la brute se vautre,
Chaque rebelle alla dormir l’un après l’autre.
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Il n’en restait plus qu’un, un vieillard tout cassé, Une ombre ! Plus d’un quart de siècle avait passé Depuis que sur son front pesait l’âpre anathème. Penché sur son bâton branlant, la lèvre blême,
Sur la route déserte on le voyait souvent,
A la brune, rôder dans la pluie et le vent,
Comme un spectre. Parfois détournant les paupières Pour ne pas voir l'enfant qui lui jetait des pierres, Il s'enfoncait tout seul dans les ombres du soir.
Et plus d’un affirmait avoir cru l’entrevoir
— Les femmes du canton s'en signaient interdites — Agenouillé la nuit sur les tombes maudites.
Un jour on l'y trouva roide et gelé.
Sa main
Avait laissé tomber sur le bord du chemin
Un vieux fusil rouillé, son arme de naguère,
Son ami des grands jours, son compagnon de guerre, Son dernier camarade et son suprème espoir.
On creusa de nouveau dans le sol dur et noir; Et l'on mit côte à côte, en la fosse nouvelle, Le vieux mousquet francais avec le vieux rebelle !
Le peuple a conservé ce sombre souvenir.
Et lorsque du couchant l'or commence à brunir, Au village de Saint-Michel de Bellechasse,
Le passant attardé par la pêche ou la chasse, Craignant de voir surgir quelque fantôme blanc, Du fatal carrefour se détourne en tremblant.
Donc ces cinq paysans n’eurent pour sépulture Qu'un tertre où l’animal vient chercher sa pâture! Ils le méritaient, soit ! Mais on dira partout
Qu'ils furent bel et bien cinq héros après tout!
Je respecte l'arrêt qui les frappa, sans doute ; Mais lorsque le hasard me met sur cette route, Sans demander à Dieu si j'ai tort en cela,
Je découvre mon front devant ces tombes-là !
HR J'ai commencé l’histoire de la Nouvelle-France avec | une dédicace de Faucher de Saint-Maurice, toute
vibrante de touchante affection pour la terre de ses ancètres; je la termine par un discours d’un autre Canadien français, Fréchette, qui respire à un égal degré la passion du vieux pays. C'est une allocution prononcée le 27 juin 1884, lors des noces d’or de la Société de Saint-Jean-Baptiste, la grande association qui groupe tous les Canadiens français de l’Amérique du Nord.
Messieurs, disait alors l’éloquent auteur de la Légende d’un peuple, c'est une tâche grave que celle de se lever un des premiers dans cette occasion solennelle, occasion peut-
être unique dans l’histoire de notre pays. Mais je bénis
Al * ma bonne fortune et je remercie cordialement MM. les
1] organisateurs de ce banquet de m'avoir imposé cette tâche
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puisqu'il s’agit de porter un toast à notre chère et glorieuse mère, la France. (Applaudissements.)
Dans cette réunion où l'on célèbre les noces d'or d'une société qui fut fondée, il y a cinquante ans, pour perpétuer ici le nom, le souvenir et les traditions de la France, et qui a réussi à rendre ces trois grandes choses impérissables en Amérique, le premier toast de circonstance appartenait bien à la grande nation, et s'il ne m’appartenait pas autant de le proposer, je sais bien que personne ici, je sais bien que personne au monde ne saurait le faire avec un cœur plus filial, avec une émotion plus sincère ! (Applaudissements.)
J'ai rencontré plusieurs fois, en Europe et ailleurs, des gens qui s'étonnaient de ce que nous fussions, nous les Canadiens, restés si Francais, — Français par la langue, Français par les mœurs, Français par le tempérament, et surtout Français'par le cœur. Il n’y a pourtant pas là matière à grande surprise. Si nous sommes restés Francais, le miracle n’a rien que de tout à fait naturel, Existe-t-il ua homme sur la face du globe qui ait eu le bonheur et l'uonneur de naître Français, et qui n'ait pas élé fier de conserver ce titre toute sa vie?
Nous sommes restés Français parce que nous sommes fiers d’être Français. On ne renonce pas à ce nom-là. (Longs applaudissements.)
Ah ! si l’on nous montrait une patrie d'origine qui fût plus belle, plus noble, plus chevaleresque, plus glorieuse, peut-être... Mais non! Cela ne ferait pas pour nous uniota de différence. Nous tenons à la France par toutes les fibres du cœur, et elle serait la plus humble des nations que nous lui dirions encore : « Nous sommes à toi, à sainte France ! Généreuse protectrice ou mère oublieuse,nous l'avons aimée, nous t'adorons encore et nous te chérirons toujours. Nos pères sont morts pour loi, nous sommes tes enfants et nous voulons mourir tes enfants ! » (Applaudissements prolongés.)
On ne déracine pas un sentiment comme celui-là, messieurs. Toute la diplomatie de l'Angleterre, intéressée à faire de nous un peuple anglais, toute l’habileté, je dirai même l'astuce de ses hommes d'Etat les plus roués, se sont heurtés sur lui. Ni les menaces, ni les persécutions, ni les échafauds, ni même les récompenses — Danaos et dona ferentes — n’ont pu l'ébranler. (Applaudissements.)
Et les fils des soixante mille Français arrachés violem-
ment à la France, il y a cent vingt-cinq ans, sont aujourd'hui deux millions de patriotes parlant le francais, s'appelant des Français, et imposant le caractère distinctif de leur race depuis Boston jusqu'à San Francisco, depuis le golfe du Mexique, je dirai presque jusqu'au Pôle Nord, Si mon brave ami François Mercier, le grand voyageur du Nord-Ouest, était ici présent, il pourrait témoigner de ce dernier détail. Maisilest en ce moment sans doute occupé à tirer le canon en l'honneur de la Saint-Jean-Baptiste, sur les remparts du fort Saint-Michel, l'un des postes les plus avancés de la civilisation dans les régions hyperboréennes ! (Applaudissements prolongés.)
Non, mille fois non, le sentiment francais ne se détruit pas. IL est gravé en caractères indélébiles au plus intime de notre être, et ceux qui ont été les témoins de la solennelle démonstration d'hier ne doivent plus avoir de doute à cet égard, s'ils en ont jamais eu.
Ce sentiment, chez nous, a subi toutes les phases de l'épreuve. Quand la France nous laissait seuls ou presque seuls, chargés de garder intact l'honneur de son nom, nos ancêtres lui donnèrent leur vie, et sauvèrent par une victoire suprème sinon sa puissance, du moins l'honneur de son drapeau. Plus tard, elle nous oublia. Alors nous nous mimes à l’œuvre, et, poignée d'enfants abandonnés, réduits à nos seules ressources, nous avons fondé sur ce continent un peuple qui sera la France de l'avenir. (Longs applaudissements.) Quand, victorieuse et superbe, la France éblouissait le monde par l'éclat de ses triomphes, personne n'applaudissait avec plus d'enthousiasme que nous à sa puissance et à sa gloire ; et quand vinrent les jours sombres, quand l'oiseau du malheur s’abattit sur son drapeau vaincu, il n'est pas un Francais d'Europe qui ait plus vivement ressenti l’affront et plus sincèrement pleuré la défaite que les Français des bords du Saint-Laurent ! (Applaudissements prolongés.)
Oui, nous aimons la France ; nous l’aimions monarchique, nous l’aimons républicaine. Son drapeau est notre drapeau. Que ce soit le drapeau blanc ou le drapeau tricolore, il suffit qu'il soit le drapeau de la France pour avoir le plus sacré des titres à notre vénération. (Applaudissements.)
De quel droit demanderions-nous compte à la France des institutions qu'elle se choisit ? Est-ce que la grande et glo-
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rieuse nation n'aurait pas le privilège de se gouverner comme elle l'entend? C'est la France qui passe : est-elle monarchique? est-elle républicaine? Qu'est-ce que cela nous fait? C’est notre mère... à genoux! (Triple salve d'applaudissements.)
Oh! il avait certainement tort cet homme d'État, que je n'ai pas à juger ici, et qui disait : « Nous sommes des Anglais qui parlons le français. » Nous, au contraire, nous sommes des Français qui parlons l'anglais... quand nous ne pouvons pas faire autrement. (Rires et applaudissements.)
Je ne voudrais pas que mes paroles fussent interprétées comme défavorables à l'Angleterre.
Nul plus que moi n’a d'admiration pour le grand peuple dont le drapeau a porté la civilisation dans les parages les plus reculés du globe ; nul plus que moi n'apprécie les libertés dont nous jouissons à l'ombre de la constitution britannique ; je remercie surtout mes compatriotes anglais de ce que je puis si librement manifester ici mon attachement pour la France, sans éveiller aucune susceptibilité de races. Mais sans cesser d’être loyaux sujets britanniques, nous resterons toujours les enfants dévoués de la France. Il serait impossible pour nous qu'il en fût autrement. Les deux grandes nations ont chacune une part de nous-mèmes, suivant l'expression de notre grand poète Grémazie :
« Albion notre foi, la France notre cœur ! »
Messieurs, à la France ! (Acclamations et longs applaudissements.)
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PNR