PRÉFACE
fants , qui , pans leurs imaginations romanesques , prennent pour de la philosophie les honnêtes délires de leur cerveau.
Pourquoi craindrais je de dire ce que je pense ? Ce recueil, avec son gothique ton, convient mieux aux femmes que les livres de piiilosophie : il peut même être utile à celles qui , dans une vie déréglée, ont conservé quelque amour pour l'honnêteté. Quant aux filles, c'est autre chose. Jamais fille chaste n'a lu de romans , et j'ai mis à celuici un titre assez décidé pour qu'en l'ouvrant on sût à quoi s'en tenir. Celle qui, malgré ce titre, en osera lire une seule page, est une fille perdue: mais qu'elle n'impute point sa perte à ce livre; le mal était fait d'avance. Puisqu'elle a commencé, qu'elle ac'aève de lire: elle n'a plus rien à risquer.
Qu'un homme austère, en parcourant ce recueil, se rebute aux premières parties , jette le livre avec colère, et s'indigne contre l'éditeur, je ne me plaindrai point de son injustice ; à sa place, j'en aurais pu faire autant. Que si, après l'avoir lu tout entier , quelqu'un m'o- , sait blâmer de l'avoir publié, qu'il le dise , s'il veut, à toute la terre ; mais qu'il ne vienne pas me le dire : je sens que je ne pourrais de ma vie estimer cet horame-là.
Allez, bonnes gens avec qui j'aimai tant à vivre, et qui m'avez si souvent consolé des outrages des méchants , allez au loin chercher vos semblables ; fuyez les villes, ce n'est pas là que vous les trouverez. Allez dans d'humbles retraites amuser quelque couple d'époux fidèles, dont l'union se resserre aux charmes de la vôtre; quelque homme simple et sensible qui sache aimer votre état ; quelque solitaire ennuyé du monde, qui, blâmaat vos erreurs et vos fautes, se dise pourtant avec attendrissement : Ah! voilà les âmes qu'il fallait à la mienne!