‹ La nouvelle HéloïseChapitre 66 sur 214 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

qu'il roviciuliait demain malin savoir ma dernière resolution. Je lui ai dit de n'en pas prendre la peine, et qu'il la savait déjà. Que Dieu le conduise ! il sera reçu demain comme aujourd'hui. Je pourrais bien aussi recourir à la bourse des pauvres ; mais oh est si méprisé qu'il vaut mieux pâtir ; et puis Claude Anet a trop de cœur pour vouloir d'une fille assistée.

Excusez la liberté que je prends , ma bonne demoiselle ; je n'ai trouvé que vous seule à qui j'ose avouer ma peine , et j'ai le cœur si serré, qu'il faut finir cette lettre. Votre bien humble et affectionnée servante à vous servir. , Fa^cuon" Regard.

J'ai manqué de mémoire et toi de confiance , ma chère enfant : nous avons eu grand tort toutes deux , mais le mien est impardonnable. Je tâcherai du moins de le réparer. Babi , qui te porte cette lettre, est chargée de pourvoir au plus pressa. Elle retournera demain matin pour t'aider à congédier ce monsieur , s'il revient ; et l'après-dinée nous irons te voir , ma cousine et moi ; car je sais que tu ne peux pas quitter ton pauvre père, et je veux connaître par moi-même l'état de ton petit ménage.

Quant à Claude Anet , n'en sois point en peine : mon père est absent ; mais , en attendant son retour , on fera ce qu'on pourra ; et tu peux compter que je n'oublierai ni toi ni ce brave garçon. Adieu, mon enfant : que le bon Dieu te console ! Tu as bien fait de n'avoir pas recours à la bourse publique; c'est ce qu'il ne faut jamais faire tant qu'il reste quelque chose dans celle des bonnes gens.

Je reçois votre lettre, et je pars à l'instant : ce sera toute ma réponse. Ah! cruelle, que mon cœur en est loin de cette odieuse vertu que vous me supposez et que je déteste ! Mais vous ordonnez , il faut obéir. Dussé-je en mourir cent fois , il faut être estimé de Julie.

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