‹ La nouvelle HéloïseChapitre 80 sur 214 · LV, — A JULIE · texte numérisé non relu

LV, — A JULIE

Oh ! mourons , ma douce amie ! mourons , la bien-aimée de mon cœur ! Que faire désormais d'une jeunesse insipide dont nous avons épuisé toutes les délices.' Explique-moi, si tu le peux, ce que j'ai senti dans cette nuit inconcevable ; donne-moi l'idée d'une vie ainsi passée, ou laisse-m'en quitter une qui n'a plus rien de ce que je viens d'éprouver avec toi. J'avais goûté le plaisir , et croyais concevoir le bonheur. Ah ! je n'avais senti qu'un vain songe , et n'i« maginais que le bonheur d'un enfant. Mes sens abusaient mon âme grossière; je ne cherchais qu'en eux le bien suprême , et j'ai trouvé que leurs plaisirs épuisés n'étaient que le commencement des miens. 0 chef-d'œuvre unique de la nature! divine Julie! possession délicieuse, à laquelle tous les transports du plus ardent amour suffisent à peine ! non , ce ne sont point ces transports que je regrette le plus : ah ! non , retire s'il le faut ces faveurs enivrantes pour lesquelles je donnerais mille vies ; mais rends-moi tout ce qui n'é-

Page 1