PREMIÈRE PARTIE
E di se slcsso a se freggio assal chiaro '.
Celui qui feint d'envisager la mort sans effroi ment. Tout homme craint de mourir, c'est la grande loi des êtres sensibles, sans laquelle toute espèce mortelle serait bientôt détruite. Celte crainte est un simple mouvement de la nature, non-seulement indifférent , mais bon en lui même et conforme à l'ordre : tout ce qui la rend honteuse et blâmable , c'est qu'elle peut nous empêcher de bien faire et de remplir nos devoirs. Si la lâcheté n'était jamais un obstacle à la vertu , elle cesserait d'être un vice. Quiconque est plus attaché à sa vie qu'à son devoir ne saurait être solidement vertueux, j'en conviens. Mais expliquez-moi, vous qui vous piquez de raison , quelle espèce de mérite on peut trouver à braver la mort pour commettre un crime.
Quand il serait vrai qu'on se fait mépriser en refusant de se battre, quel mépris est le plus à craindre, celui des autres en faisant bien , ou le sien propre en faisant mal? Croyez-moi , celui qui s'estime véritablement lui-même est peu sensible à l'injuste mépris d'autrui , et ne craint que d'en être digne ; car le bon et l'honnête ne dépendent point du jugement des hommes , mais de la nature des choses; et quand toute la terre approuverait l'action que vous allez faire, elle n'en serait pas moins honteuse. Mais il est faux qu'à s'en abstenir par vertu l'on se fasse mépriser. L'homme droit , dont toute la vie est sans tache et qui ne donna jamais aucun signe de lâcheté, refusera de souiller sa main d'un homicide, e', n'en sera que plus honoré. Toujours prêt à servir la patrie, à protéger le faible , à remplir les devoirs les plus dangereux , et à défendre, en toute rencontre juste et honnête, ce qui lui est cher , au prix de son sang , il met dans ses démarches cette inébranlajjle fermeté qu'on n'a point sans le vrai courage. Dans la sécurité de sa conscience , il marche la tête levée, il ne fuit ni ne cherche son ennemi ; on voit aisément qu'il craint moins de mourir que de mal faire, et qu'il redoute le crime et non le péril. Si les vils préjugés s'élèvent un instant contre lui, tous les jours de son honorable vie sont autant de témoins qui les récusent ; et , dans une conduite si bien liée , on juge d'une action sur toutes les autres.
Mais savez-vous ce qui rend cette modération si pénible à un
' Mais la véritable valeur n'a pas besoin du témoignage d'aulrui , et tire sa gloire d'elle-même.
homme ordinaire ? C'est la difficulté Je la soutenir dignement; c'est la nécessite de ne commettre ensuite aucune action blâmable. Car si la crainte de mal faire ne le retient pas dans ce dernier cas, pourquoi l'aurait-elle retenu dans l'autre, où l'on peut supposer un motif plus naturel ? On voit bien alors que ce refus ne vient pas de vertu, mais de lâcheté ; et l'on se moque avec raison d'un scrupule qui ne vient que dans le péril. N'avez-vous point remarqué que les hommes si ombrageux et si prorapts à provoquer les autres sont, pour la plupart, de très-malhonnotes gens qui, de peur qu'on n'ose leur montrer ouvertement le méj)ris qu'on a pour eux, s'efforcent découvrir de quelques affaires d'honneur l'infamie de leur vie entière ? Est-ce à vous d'imiter de tels hommes? Mettons encore à part les militaires de profession, qui vendent leur sang à prix d'argent; qui , voulant conserver leur place, calculent par leur intérêt ce qu'ils doivent à leur honneur, et savent à un ecu près ce que vaut leur vie. Mon ami , laissez battie tous ées gens-là. Rien n'est moins honorable que cet honneur dont ils font si grand bruit; ce n'est qu'une mode insensée , une fausse imitation de vertu, qui se pare des plus grands crimes. L'honneur d'un homme comme vous n'est point au pouvoir d'un autre; il est en lui-même, et non dans l'opinion du peuple ; il ne se défend ni par i'épée ni par le bouclier, mais par une vie intègre et irréprochable ; et ce combat vaut bien l'autre en fait de courage.
C'est par ces principes que vous devez concilier les éloges que j'ai donnés dans tous les temps à la véritable valeur, avec le mépris que j'eus toujours pour les faux braves. J'aime les gens de cœur, et ne puis souffrir les lâches; je romprais avec un amant poltron que la crainte ferait fuir le danger, et je pense , comme toutes les femmes , que le feu du courage anime celui de l'amour. Mais je veux que la valeur se montre dans les occasions légitimes, et qu'on ne se hâte pas d'en faire hors de propos une vainc parade , comme si l'on avait peur de ne la pas retrouver au besoin. Tel fait un effort et se présente une fois, pour avoir droit de se cacher le reste de sa vie. Le vrai courage a plus de constance 1 1 moins d'empressement; il est toujours ce qu'il doit élre; il ne faut ni l'exciter ni le retenir; l'homme de bien le porte partout avec lui , au combat contre l'ennemi , dans un cercle en faveur des absents et de la vérité , dans son lit contre les attaques de la douleur