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POÉSIE SCIENTIFIQUE

La confusion est générale. Elle a gagné le domaine littéraire après l'action politique. A en croire les industriels, les économistes, les coloniaux, les commerçants, les agriculteurs, ils auraient les mêmes motifs de gémir et d'accuser l'anarchie universelle, destructrice des réserves morales du passé, de ses méthodes et de ses espoirs. On ne doit donc plus s'étonner de cette confusion des genres, cause première de notre décadence générale.

Encore ne faudrait-il point nous abuser sur les mots. Actuellement, il est impossible d'affirmer ce que présage la confusion dont on se plaint : décadence ou rénovation. Est-ce une société qui meurt, est-ce une société qui va naître?... Avonsnous des précurseurs ou bien voyons-nous les dernières lueurs de l'esprit français ?

La situation géographique de notre patrie, ses ressources intellectuelles, la force de nos atavismes, le bon sens indéfectible de la race permettent, néanmoins, les espérances les plus vastes. Il est difficile de prophétiser, il est plus consolant d'espérer. Constatons seulement — , puisqu'il est indéniable, — le malaise d'aujourd'hui.

L'anarchie littéraire a été préparée par ceux-là mêmes qui sont, depuis, revenus aux méthodes sévères d'un art classique. Par réaction contre les pastiches, contre la pâle littérature des auteurs officiels, la jeunesse symboliste brisa les barrières, voulut aérer le palais des Muses. Quinze ans plus tard, on assiste à ce spectacle curieux, d'anciens libertaires, — nous parlerons au sens littéraire, — redevenus les gardiens de la tradition, tandis que le public commence à admettre des innovations désormais caduques.

Comme toujours,rUniversité consacre les réformes, à l'heure même où elles sont généralement abandonnées. Mais ce n'est point dans les livres quelle inspire, que le lettré cherchera le tableau de la nou-

velle littérature dont le caractère le plus apparent est une sorte d'inquiétude, un état de crainte permanente, de regrets, une tendance à revenir en arrière. Dans le désarroi universel des énergies, on ignore le but poursuivi, on redoute l'émotion pour rechercher la sensation et, depuis qu'on ne cesse de nous répéter qu'il faut aller vers la Vie, qu'il faut vivre, la quantité des œuvres artificielles n'a cessé d'augmenter. La nuance a détrôné la couleur, l'écriture a détrôné le style, les thèses et les systèmes ont chassé la vie. Aucune époque ne fut aussi pauvre en romans et en comédie de mœurs. Dans la hâte de tout savoir et de tout comprendre, on aboutit à l'abâtardissement unanime des genres.

Et si même, — comme on le prétend à tort, — on ne lisait plus en France, il faudrait avouer que la faute en remonte aux écrivains.

M. RenéBoylesve déclare [Gil-Blas, aS août 190^) :

« La tendance la plus nette qui m apparaisse est celle qui aboutit à tout confondre ; la politique avec le sentiment ; la raison avec la passion ; les pouvoirs entre eux ; l'oppression avec la liberté, l'art avec la science ; la littérature avec la peinture, avec la musique, avec la morale, avec la philosophie, avec la sociologie, voire avec la carrière littéraire !

(f Après 1870, Flaubert attribuait notre décadence au même vice, déjà ; il appelait cette confusion « fausseté » et il en voyait la cause dans un reste de romantisme, à savoir :

<( La prédominance de l'inspiration sur la règle. » Je

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