A LA CITÉ DE CARCASSONNE
De la tour de Justice à la tour du Tréaaut, Le soir apaise enfin l'horizon solitaire ; D'implacables destins ont désolé ces terres, Mais leur fière beauté garde encor des vassaux.
Seul le soleil, tentant quelque suprême assaut, Ensanglante à présent la Lice et Saint-Nazaire ; Où les cerviers du Nord tous en vain s'écrasèrent, Des femmes lentement rêvent près des berceaux...
Douce monte une nuit orientale et chaude... Montfort, ton œuvre est morte et sa cendre est à l'Au.le, Les midis à leur tour ont chassé tes effrois...
Et, — la lune courbée en profil de tartane, — Tout le ciel étoile tend un blason d'orfrois Qui figure l'orgueil de la Terre occitane !
Ce fragment du Poème à la Seruante de Pierre Hortala.
— Or j'ai fait desceller pour toi la tombe ancienne Où dorment les aïeux, où ma place m'attend. Et descendre moi-même au fond, pieusement, Ton cercueil de bols blanc sur les bières de chêne,
Et j'ai pleuré
Puis, un jour, par hasard j'ai connu ton histoire,
Pastoure qui chantais dans les seigles d'été,
J'ai compris ton amour maternel, ta bonté.
L'énigme de tes yeux qui hantait ma mémoire,
Servante dont les doigts noueux étaient câlins...
Je me sens aujourd'hui, sacrilège, ô servante.
Dors, l'orgueil d'un poème est indigne de toi...
0 pays, le printemps va fleurir tes sous-bois :
Les tourdelles déjà grapi lient dans le lierre;
Plateaux et vous, blés noir, qu'un aïeul cultiva
Terre dont j'ai compris la pauvreté hautaine
C'est peut-être, en mon cœur, elle, qui réveilla
L'atavisme endormi de ma race lointaine,
L'orgueil des champs, l'orgueil des fruits, l'orgueil du sol
Et dans le dernier fils des aïeux cévenols !...
Et nous rappellerons les strophes du mélancolique évocateur des Landes de Gascogne, Marc Varenne dont les trop rares vers publiés apportaient dans la nostalgique évocation du sol natal une note personnelle.
Et nous regrettons de ne pouvoir, étant donné le plan de cet ouvrage, signaler les poètes occitans ou bretons. Nous en connaissons comme Joseph d'Arbaud, Jafïrennou, Prosper Estieu, Antoine Perbosc, Charloun Rieu qui sont parmi les plus grands (i).
(i) Cf. les articles de M. 3 nies YérSin (^Eclair de Montpellier) (1900-1906).