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42. Qui sont la négation de ces mêmes relations (p, 101). — Ainsi ïe Dieu-Nature de Spinoza renferme tous les modes possibles de l'étendue et du mouvement; mais, sous son attribut intégral de l'extension, il est indivisible et sans parties. Le cas est analogue en ce qui concerne l'éternité et la succession. Le dieu des théologiens scolastiques présenterait la même contradiction, tout autant qu'on lui attribuerait l'ubiquité dans un espace inilni réel. Quant à la durée,, ce dieu est ordinairement regardé comme ayant la connaissance des phénomènes en qualité de successifs, et toutefois les voyant comme simultanés et présents, parce que telle est la nature de sa vie. C'est pour cela que, selon ces mêmes théologiens. Dieu sait, de science de vision immédiate, quel acte un homme fera librement en des circonstances données, quoique, à l'égard du temps, il se puisse que cet homme ne le fasse pas. Des philosophes, tels que Nicolas de Cuss et Giordano Bruno, ont énoncé comme propositions générales l'identité du grand €t du petit portés l'un et l'autre cl l'infini, d'un côté par l'augmentation, de l'autre par la diminution. Pascal a parlé comme d'une possibilité que la nature des choses n'exclurait pas, d'un point qui se mouvrait partout à la fois avec une vitesse infinie. Ce point serait immobile. Les disciples de Kant ont manié cette méthode de la contradiction dans l'objet, contre laquelle Kant était loin de les avoir prémunis. Schopenhauer enfin a prononcé catégoriquement que la division et l'individuation des phénomènes dans l'espace et dans le temps sont une pure apparence, une illusion, et c'est la vraie conclusion dernière à tirer de toute doctrine qui annihile les relations eu prétendant porter la connaissance à l'absolu.
43. Pour se voir, et communiquer de cette manière (p. 102). — La théorie de la perception de Berkeley est un développement de la thèse d'après laquelle ces idées sensibles seraient des signes que Dieu donne aux esprits pour leurs communications et pour le service de leurs besoins. Ce point de vue peut se conserver dans la monadologie, en rapportant l'institution de ces signes à l'harmonie préétablie, et en définissant leur nature avant tout par les concepts dépendant de la catégorie de position, et de ses formes intuitives, plus ou moins liées à toutes nos sensations.
LA NOUVELLE MONADOLOGIE, i 1
LA NOUVELLE xMONA DOLOfHK
(>'c'st Li catégorie de position Cjue Leibniz, g('onièlro, avait essentiellement en vue, qu;iii(l il définissait lespace l'ordre des coexistants; et cet ordre, en ed'el, est le monde lui-même au point de vue de la géométrie, le monde considéré dans les rapports fondamentaux de son objectivité externe.
Kant, enfin, s'est placé au point de vue interne de la représentation en s'attachant, pour définir l'espace, à la forme sensible de l'intuition.
Ces trois différents aspects sont ceux de la question, et se concilient aisément. L'école empiriste s'est éloignée du premier, celui de Berkeley, à cause de son caractère théologique; du second, qui venait du cartésianisme en abandonnant la substantialité de l'étendue, parce qu'il récLimait des jugements a priori pour définir les relations géométriques; enfin du troisième, pour ne pas reconnaître à la possibilité de l'expérience une condition supérieure à l'expérience. On demande, dans cette école, aux impressions du toucher de faire naître l'idée de l'étendue, l'idée du parcours d'un milieu résistant par l'organe de la locomotion. On regarde à cet effet les sensations musculaires, dans l'acte du mouvement, comme étant par elles-mêmes des sensations de résistance au mouvement; comme si les idées d'un mouvement et d'une résistance à ce mouvement ne présupposaient pas l'idée d'une étendue à parcourir!
De plus, on ne tient compte, en celte idée de l'étendue, que de la coexistence à définir par rapport au temps. On néglige l'intuition : « Le temps est le père de l'espace » (H. Taine). L'étendue ne serait qu'une relation de coexistence, et « cette relation se définirait par l'union de deux rapports de séquence, telle que, tandis que les deux termes de l'un sont exactement semblables aux deux termes de l'autre en espèce et en degré, et exactement l'inverse dans leur ordre de succession, ils leur sont exactement semblables dans le sentiment qui accompagne leur succession. Elle consisterait en d'autres termes (cette relation), en deux changements dans la conscience, qui, absolument opposés sous les autres rapports, sont parfaitement semblables par l'absence d'effort. Et, naturellement, la relation de non-coexistence diffère en ceci, que, bien que 1 un des deux changements se présente sans aucun sentiment de tension, 1 autre ne le fait pas » (H. Spencer).
Imaginons que nous parcourions mentalement, tantôt en un sens et tantôt en l'autre, les termes de la suite :
leur succession, dans les deux cas, sera identique et exempte d'effort, mais nous ne leur appliquerons certainement l'idée de coexistence que si nous les imaginons situés dans l'étendue, tous îi la fois de quelque manière, comme sur ce papier, par exemple. Sans intuition mentale, il n'est pas de coexistence représentée. L'ordre numéral ne tient pas lieu de l'ordre spatial.
44. Bans la seule expérience le principe et le moyen de la liaison des phénomènes (p. 112). — Le mérite cmineut de Kant. touchant la
critique de la connaissance, dont il faut le nommer le fondateur, consiste dans la transformation profonde qu'il a fait subir à l'ancienne doctrine de l'innéité des idées, en démontrant que la perception des phénomènes a pour conditions des lois de l'esprit auxquelles elle doit ses formes, les concepts, que les sensations par elles-mêmes ne donnent pas. Mais Kant a malheureusement méconnu la force et la valeur des critiques négatives de l'école empiriste, en tant qu'opposées au réalisme substantialiste.
La table des catégories de Kant pèche essentiellement en ce qu'il ne l'a point regardée comme un système des relations d'ordre général, soumis par conséquent lui-même à l'idée générale de relation, qui s'applique à toutes ses parties. Kant a été si éloigné de cette vue, qu'il a classé la relation comme l'une de ses catégories, comprenant suivant lui les rapports de substance et accident, cause et effet, action et réaction. Encore même explique-t-il ailleurs que la substance doit se prendre au sens à' existence, et non de simple relation. Ensuite, de l'idée de qualité (qui est logiquement la même que celle du rapport de substance à accident) Kant fait une autre catégorie sous laquelle il range la réalité, la négation et la limitation, et cela parce qu'il a plu aux docteurs scolastiques d'appeler l'aflirmation et la négation des qualités du jugement.
Si Kant s'était guidé sur le principe de relativité, il aurait donné dans sa table un rang à part à la causalité, forme de relation originale, dont il a dû reprendre, à une autre place, des notions dépendantes, sous le titre de modalité, et il se serait gardé d'omettre la finalité; car, d'après sa propre doctrine, en cela fort remarquable, il ne pouvait pas regarder l'ordre des fins comme de moindre portée que l'ordre des causes dans la nature : il y rattachait tout ce qui concerne l'organisation et la vie, et la raison de l'univers.
45. Son pouvoir sur lui-même et sur le monde externe (p. 113). — Le système des catégories, rattachées d'une part à la loi universelle, abstraite, de l'autre à sa réalisation la plus individuelle, concrète, se résume dans le tableau suivant.