ARISTOTE : LE LIBRE ARBITRE
rant agit en esclave de ses passions. Platon avait enseigné celte même doctrine de la vertu-science, et son hypothèse de la création et des transmigrations des âmes montrait les âmes coupables penchant au mal par leur nature (VU). Aristote formula la théorie du libre arbitre en logique et en psychologie; il nia que la nature elle-même fût un règne de parfait déterminisme.
En logique, Aristote montra que le principe de contradiction est inapplicable à l'opposition des futurs contingents mutuellementcontradictoires. La formule disjonctive : A sera, ou A ne sera pas, est Fausse, parce qu'il se peut que A soit actuellement indéterminé quant à l'être ou au non ôtre. Il n'y a rien de contradictoire à penser qu'îV n'est m vrai acttiellement que A sera, ni vrai actuellement que A ne sera pas, mais que l'événement seul déclarera ce qui n'a pu être prévu. En psychologie, Aristote formula le syllogisme de faelion, en constatant la possibilité que l'agent, bien informé de la conclusion d'un juste raisonnement touchant ce qui se doit faire, se porte néanmoins à l'action en sens contraire de ce jugement, parce que d'autres pensées et d'autres désirs surviennent qui sollicitent et peuvent détourner sa volonté. La reconnaissance de l'accident dans la nature se rapporte à un indéterminisme d'une autre espèce, où n'entrent ni jugement, ni liberté; c'est une spontanéité pure à l'origine de certains mouvements où nulle loi n'est saisissabIe(IX}.
Les doctrines de Platon et d'Aristote, malgré la grande dissimilitude de leurs parties principales et de leurs applications, se rencontrent et s'unissent en une singulière harmonie des contraires, quand on considère leurs plus hauts sommets, et qu'on ne s'attache qu'à la métaphysique, en écartant toute théologie. Le Bien, qui, pour Platon, est situé à l'origine est, sous un autre nom, considéré comme lafmpar Aristole; et cependant,
il est à l'origine aussi pour celui-ci, en ce sens qu'il est et a 6lé élernellement la cause finale nécessaire. D'une autre part, la puissance indéterminée, matière chaotique, organisée, selon Platon, par l'action des principes supérieurs, est pour l'arîstotélisme une puissance indéterminée aussi, mais dont les produits sont l'œuvre de la nature elle-même, mue vers le bien qui est sa fin. L'une des doctrines est donc le retournement de l'autre, mais, des deux côtés, le monde est suspendu entre deux principes abstraits qui, en tant que commencement ou fin, ne servent qu'à définir la direction de l'un à l'autre, dans le mouvement éternel. Le monde est ce mouvement lui-même, les êtres qui sont les produits de ses puissances n'ont eu dans le passé et n'ont dans l'avenir aucun terme fixe et définitif de leur destinée comme individus. La vie est pour l'individu l'intervalle d'une naissance et d'une mort, à travers mille maux. Si son âme est immortelle, comme dans le système platonicien, elle a une suite indéfinie de vies à parcourir et ne peut envisager son repos, la fin de leurs vicissitudes, que dans la fin de sa propre existence, dans le non être.
Tel est l'arrêt que portent sur la vie ces grandes doctrines. Au contraire, le bien que la conscience humaine envisage dans l'aspiration au bonheur, exige une lin pour la vie individuelle, et deux limites dans l'ordre du monde, pour que toutes les fins soient garanties : l'une, à l'origine, rapportée à Dieu ; c'est l'établissement des créatures en des modes d'existence et de relations conformes à la justice et à la bonté ; l'autre, au terme dernier, à l'issue des désordres que l'usage empirique des fonctions de la vie a introduites dans l'application de ses lois, le retour du monde troublé à ses conditions primordiales, et la réalisation de la pensée divine. La seule conception du monde qui se puisse dire pleinement intcl-
ligible, et conforme à la fois au sentiment humain d'une fm de bonheur et aux lois de l'expérience possible, est celle qui le pose comme un tout, formé d'une synthèse de phénomènes entre deux limites définies.
Ce serait la tâche la plus haute et l'œuvre la plus profondément rationnelle de la philosophie, de composer une théorie du monde qui donnât satisfaction au sentiment du bien en se soumettant à cette condition de l'entendement. De grandes religions qui ont régné ou régnent encore dans le monde n'ont pu manquer de comprendre ainsi la suprême question de la connaissance, mais elles ont mêlé à leurs solutions, en partie, des superstitions ou des puérilités, en partie des abstractions et dos fictions d'origine philosophique. Platon s'inspirait du môme esprit, quond il essayait de combler par des mythes et par des hypothèses qui pussent paraître vraisemblables les lacunes de la métaphysique des Idées au point de vue religieux. Mais la philosophie dogmatique en général a eu d'autres visées, elle a poursuivi, au lieu du Bien, et môme alors que c'était sous le nom du Bien, l'absolu et l'inconnaissable. Les penseurs ont qualifié de bon ou de parfait le monde au fond dualiste et contradictoire en soi de leurs systèmes, et, par suile, le monde de l'expérience, dont ils ne pouvaient pas épargner la responsabilité à cet absolu pris pour son principe. De là l'optimisme, qui entraîne la négation explicite ou implicite du mal universel, c'est-àdire d'un fait qui n'a pas moins d'extension que notre expérience. Les plus illustres philosophes, depuis Aristote, depuis les stoïciens et les néoplatoniciens, jusqu'à saint Augustin, saint Thomas et Spinoza, et jusqu'à Hegel et Spencer, se sont ainsi déclarés satisfaits, dans leur idéal du bien, par le plan de l'univers tel que chacun d'eux l'a conçu. Mais, chez tous, on trouve toujours sacrifiées à la vérité prétendue d'un dogme, ou lajustice.
PLATON ET AR18T0TE u bonheur, double idéal dont la consle saurait pourtantse détacher, et dont philosophie l'affirmation et la concilias réaliste est le principe générateur de ! au sentiment dans leurs doctrines, t son empire, qui est à leur insu celui , mais égarée hors des voies naturelles, ;, philosophes ou th(5ologicns, voués au ion pure ou à la poursuite d'un dieu -mêmes inaccessible, s'efforcent d'éle- -dessus de ses conditions et cherchent s lois de l'entendement, la réalité hors