CHAPITRE XXIX LES ANALYSES PSYCHOLOGIQUES DE LOCKE
L'élude des id(?es les plus importantes traitées dans l'Essai, nous montre Locke à la fois sur la voie d'une certaine méthode phénoméniate, et très en retard sur les cartésiens dans l'intelligence des principes qui pouvaient passer pour acquis, ailleurs qu'en Angleterre. Le premier de ces principes est la diiïérenee radicale à reconnaître entre deu-v grandes classes de phénomènes, désignées par les noms de/je<(îee età't'lendtce, qui sont telles, que la première est certainement réelle, et renferme l'autre, au moins quant à sa représentation, qui sans elle ne serait pas donnée; tandis que la réalité de la seconde, en tant que différente de sa représentation même, est niable, jusqu'à plus ample examen. Il est,
sm LA PHILOSOPiriE CRITIQUE
en lout cas, profondément illogique de poser celle-ci comme embrassant celle-là. Locke ne connut pas cette vérité capitale, origine de la méthode rationnelle, et soutint la possibilité que \^ facuHr de penser eût été attachée par Dieu à un certain arrangement d'organes, à la matière, moyennant certaines dispositions. Nous ignorons, disait-il, la nature de l'dme, cette chose pensante. Un cartésien répondait aisément, sans pour cela renoncer au réalisme substantialisle, ni se croire en état de définir l'àme entant que substance individuelle, que la nature de la chose pensante devait en tout cas se définir comme le sujet propre de la pensée, non comme un sujet étranger et inconnu, supposé capable d'acqiiérii" cette propriété de penser.
Mais Locke se croyait instruit de la nature de la matière, il lui atlribuait les qualités, dites primaires, des corps, tout en lui déniant les qualités dîtes secont^uiVes. 11 admettait que celles-ci seules se rapportent à la pensée, et se regardait comme le premier qui eût découvert qu'elles s'y rapportent, ce qui prouve qu'il ne connaissait pas la physique de Descartes.
Touchant l'idée de substance, Locke soutint que nous ne pouvions la tenir ni de la sensation, ni de la réflexion; il remarqua qu'elle signiQait un sujet indéterminé de qualités, lesquelles nous sont seules connues, mais il ne songea pas que cette signification suftisait pour une certaine manière (qui est la bonne) d'avoir cette idée : h savoir, dans l'usage logique que nous en faisons pour rapporter des qualités à un sujet empirique, c'est-à-dire à un groupe donné de phénomènes, ou dans nos raisonnements sur les relations de ces groupes variables. 11 confondit la question de Vtde'e de substance, avec la question de Vexistence réelle du sujet en soi, indéterminé, dénué de qualités en lui-même. Ce n'est probablement pas de la substance, en tant que