‹ La Nouvelle OrthographeChapitre 13 sur 44 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Gazier (1), etc., tous, à des degrés divers, favorables à la Réforme.

Mais Tévénement le plus considérable, révénement vraiment caractéristique de Tétat présent des esprits, c'est le succès de la pétition Havet (2), succès qui permet d'envisager dès maintenant la Réforme comme

1. L Orthographe de nos pères et celle de nos enfants, dans la Revue Internationale de V Enseignement, 15 septembre 1890. (Une fois pour toutes et afin de ne pas couper sans cesse noire texte par des renvois, nous signalons ici au lecteur ces divers ouvrages, ainsi que les Observations sur VOrthographe française de A. F. Didot (Ic67) et un article de M. Arsène Darmestoler, sur la question de la Réforme orthographique, publié dans la Revue pédagogique du 15 juin 1888.)

2. Voici le texte de cette pétition : « A MM. les Membres de r Académie française en vue d'une simplification de Vortho^ graphe, — Messieurs, l'Académie française gouverne l'orthographe de notre langue. Sans que ses arrêts aient de sanction, ils servent de règle commune aux imprimeurs. C'est donc à l'Académie que doit s'adresser une pétition ayant pour objet une simplification de l'orthographe.

Pour y faire droit, d'ailleurs, l'Académie n'a qu'à continuer son œuvre. La simplification, elle l'a poursuivie continûment depuis l'origine. Il y a peu d'années elle supprimait encore des signes inutiles, le trait d'union de très-bon, la seconde h de diphthongue. Le public, à ce moment, a suivi avec discipline. Ce que l'Académie fera dans le môme sens sera toujours ratifié par la pratique universelle.

Les soussignés font appel aux traditions réformatrices de l'Académie pour solliciter d'elle un nouveau perfectionnement. Elle seule peut en formuler la règle et la mesure. Voici des exemples des questions qu'on lui demande de trancher :

lo Question des suppressions d'accents muets (où, là, gîte, qu'il fût). De là, pour les typographes, l'économie possible de quatre caractères à fondre dans chaq[ue corps (à, ù, î, û).

2<^ Question des suppressions d'autres signes muets (trait d'union dans peut-être, h dans rythme, / dans le fils, o dans faon) ; questions du dédoublement {honneur par n simple, comme honorer) et de la substitution d'une lettre à deux {f pour le ph des mots grecs, comme déjà dans frénésie, fantaisie, faisan). De là» pour qui écrit, une économie possible de temps; pour qui imprime, une économie possible d'espace et d'argent.

3o Question de l'uniformité {dixième écrit comme dizaine, dix

INTRODUCTION XVH

un fait virtuellement accompli. Cette pétition, adressée à. l'Académie française en faveur de la Réforme, constitue, par le nombre et la valeur des adhésions qu'elle a recueillies, une des manifestations les plus imposantes de la France lettrée. Parmi les signataires, en effet, on compte — outre les trois directeurs de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur, MM. Buisson, Rabier et Liard — quarante membres de l'Institut (parmi lesquels MM. Bréal, Jules Girard, Maspéro, Gaston Paris, Perrot, Hermite, l'amiral Mouchez, Saint-Saëns, Baudrillart, Fustel de Coulanges, Barbier de Meynard, Weil, A. Leroy- Beaulieu); deux cent cinquante professeurs du Collège de France, des grandes Écoles et des Facultés (entre autres MM. Darmesteter, P. Leroy-Beaulieu, Lévy, Ribot, HaussouUier, Jacob, Monod, Psichari, Tournier, Meyer, Beljame, Tabbé Monier, Cartault,

comme la m, les pluriels genoux^ étaux^ comme les pluriels fous, landaus). De là, pour quiconque étudie la langue, une économie possible d'efforts!

Ce qui inspire la présente pétition n'est pas une idée abstraite. Les soussignés, au contraire, croient pouvoir invoquer des intérêts réels.

Ils invoquent d'abord un intérêt trop souvent méconnu, et qu'on a le droit d'appeler national. Car, pour la France, il n'est pas indifTérent que son idiome soit aisé ou malaisé à apprendre. £n en retouchant l'orthographe, l'Académie le rendra plus rapidement assimilable pour nos concitoyens bretons ou basques, pour nos sujets et protégés des pays musulmans, enfin pour tant d'étrangers, clients ou amis, soit de l'Ëtat français, soit du génie français.

Ensuite, ils invoquent l'intérêt individuel des personnes peu lettrées, à qui l'Académie peut faciliter l'accès de la culture, et tout particulièrement l'intérêt des enfants. Mille difficultés gratuites peuvent leur être épargnées par une décision de l'Académie, et il dépend d'elle d'alléger d'un lourd fardeau la population enfantine tout entière et ses maîtres. Ce sont là sans doute des considérations sérieuses. Les soussignés les soumettent respectueusement aux réflexions de l'Académie, et en tirent l'espoir que leur requête sera entendue.

Page 1