MÉTHODE DES LABYRINTHES
C'est Thorndike qui a imaginé les diverses méthodes dont nous allons parler maintenant: labyrinthe, boîtes à mécanismes, imitation. Les expériences de Thorndike ont eu un immense retentissement ; elles avaient été faites sur des poussins, des chats et des chiens ; elles ont été maintes fois imitées depuis. Pour trouver sa Jv^ V" nourriture, ou sortir d'un enclos..., l'animal doit suivre un chemin déterminé dans un labyrinthe, ou ouvrir des portes en faisant marcher certains mécanismes. Ou note la proportion de mouvements infructueux et le temps total employé à accomplir la tâche proposée ; des graphiques représentent les résultats trouvés, et par suite le progrès réalisé d'une expérience à l'autre et qui résulte d'une association plus parfaite entre les diverses sensations éprouvées par l'animal. Celui-ci est stimulé par la faim ou par la peur ; aussi on peut se demander si ces conditions anormales ne sont pas la cause de perturbations des phénomènes normaux.
Thorndike a employé des labyrinthes plus ou moins
1. Thorndike. Animal intelligence; an exppriment study of the associative processes in animais, Suppl. of Psycliological Review,
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compliqués dans ses expériences sur les poulets; ces animaux se sont montrés assez lents pour former des associations.
Small a fait des expériences du même ordre avec les rats blancs.
En 1904, Porter et JessieBlount Allen ^ ont appliqué la méthode des labyrir^thes, l'un au moineau, l'autre au cobaye. ^y ^•>- *';-' ^'-■;'^ '-':
Si l'habileté à profiter de l'expérience est le critérium de l'intelligence, il résulterait des recherches de Porter que le moineau est presque aussi intelligent que le singe. Mais l'intelligence ne saurait pas être ainsi définie, et nous verrons même que, d'après Allen, d'après Watson, les sens supérieurs ne jouent qu'un rôle accessoire dans l'apprentissage nécessité par les labyrinthes.
Allen compare le cobaye au rat blanc étudié par Small, et il fait porter ses expériences sur divers stades du développement.
Pour les jeunes, il emploie des labyrinthes très simples ; par exemple une petite boîte est placée dans une grande et celle-ci dans la cage d'expérience ; la petite boîte présente une porte, la grande deux portes, dontl'une peut correspondre à celle delà petite boîte; en déplaçant l'une des boîtes par rapport à l'autre, on peut plus ou moins modifier le chemin. Immédiatement après la naissance, lafaiblesse et l'incoordina-
1. Porter. A preliminary stucly of the psychology of the english sparrow, Amer. Journ. Psycli., 1904.
J.-B. Allen. The associative processes of the guinea-pig. Journ. of compar. Neuroloff y a. l'syckolor/y, i90i.
tion des mouvemenls musculaires s'opposent à toute expérience. Un cobaye âgé de deux jours peut trouver le chemin qui le conduit à sa mère, à condition que les portes se correspondent, au moins à peu près. Dès cet âge, il y a des preuves évidentes d'une mémoire associative ; le rat ne présente le même développement psychique que beaucoup plus tard, du 23'' au 27* jour; chez ce dernier animal, le fonctionnement sensoriel et la diflérenciation médullaire sont beaucoup plus tardifs que chez le cobaye.
Les expériences sur les adultes ont été faites surtout en vue de déterminer l'importance des diverses sensations dans l'acquisition des habitudes. L'odeur seule peut guider l'animal, mais pas la vue ; celle-ci doit être combinée à d'autres sens ; elle n'est pas indispensable ; l'odeur, non plus, d'ailleurs ; l'introduction dans le champ visuel d'objets nouveaux ne produit pas de perturbations ; le toucher ne semble pas avoir une grande importance ; la conclusion est que « le facteur qui joue le plus grand rôle dans la reconnaissance du chemin est l'ensemble des sensations déterminées par la course, les rotations, les divers mouvements qui ont lieu pendant les essais ».
Watson, qui d'ailleurs avait inspiré ce travail, est arrivé, en opérant sur les rats, à des conclusions analogues K Des rats blancs sont exercés à parcourir un labyrinthe assez compliqué; successivement on élimine les divers sens. La vision parait ne jouer aucun
1. J.-B. Watson. Kinaesthetic and organic sensations, their rôle in the reactions of the white rat to the maze, Psychological Reviev:, 1907.
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rôle ; les rats normaux apprennent à circuler dans le labyrinthe aussi aisément à la lumière qu'à l'obscurité ; les individus aveugles apprennent aussi vite que les individus normaux. Les sensations olfactives ne paraissent pas intervenir non plus ; de même les sensations cutanées: on peut enlever les vibrisses, sorte de poils tactiles, sans modifier la vitesse de l'apprentissage. L'audition peut également être exclue ainsi que les sensations gustatives. En un mot, on a un rat aveugle, sourd, privé des autres sens, et cet animal marche à travers les dédales du labyrinthe, comme s'il voyait, sentait, sans se tromper. Un être humain, d'après Watson, serait probablement incapable d'en faire autant.
En général, la méthode des labyrinthes ne donne que des résultats synthétiques ; on constate que l'animal apprend plus ou moins vite à parcourir un trajet donné ; mais les mécanismes et les lois ne ressortent pas des expériences faites. Watson a été plus loin que ses prédécesseurs, parce qu'il à""cômbiné la méthode pathologique (extirpation des organes des sens) à la méthode des labyrinthes.
Pour arriver à des résultats analytiques avec cette dernière méthode, il est nécessaire de la combiner avec d'autres. C'est ce qu'a compris Yerkes qui récemment a établi des lois importantes régissant l'activité des vertébrés supérieurs. Cet auteur avait été l'un des premiers à se servir des labyrinthes ; ses expé-
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riences sur les écrevisses, sur les tortues, sont restées classiques, car elles ontmontré que des aulmaux relativement inférieurs sont capables d'apprendre comme les oiseaux et les mammifères. Parmi ceux-ci, Yerkes a choisi comme particulièrement intéressantes les souris dansantes^. Il a combiné la méthode des labyrinthes à la méthode dite des choix. Dans les labyrinthes ordinaires, constamment l'animal a à choisir /entre deux passages, l'un qui se termine en cul-de-sac, l'autre qui lui permet de continuer son chemin ; quelles sont donc les particularités qui peuvent le guider dans son choix? Ujl.C|'Î ,.
Yerkes a employé le dispositif suivant. Dans une boîte spéciale se trouvent disposés deux couloirs dont les portes d'entrée sont contiguës ; dans l'un ou l'autre on peut lancer à volonté des décharges électriques. La souris doit choisir entre les deux passages, car dans l'un elle recevra une décharge électrique et dans l'autre elle trouvera la nourriture ; pour cela, elle est renseignée par l'aspect des portes; à cet effet celles-ci sont garnies de cartes diversement éclairées ou colorées par exemple.
La souris apprend assez rapidement à distinguer entre les deux portes et à s'engager dans le couloir convenable, qui est tantôt celui de droite, tantôt celui de gauche, et cela irrégulièrement, car, si on alternait régulièrement, l'animal apprendrait aussi à alterner;
1. R.-M. Yerkes. The dancing moii^e, New-York, 1907. — Yerkes et Dodson. The relation of strength of stimulus to rapidity of habit formation, Jo(07i. of compar. Neurology, i908. — Yerkes. Modifiability of behavior in its relations lo the âge and sexe of the dancing mouse, idejn, 1909.
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comme le changement est irrégulier, la souris doit se
servir des points de repère fournis par les portes
d'entrée. Avant de s'engager dans un couloir, l'animal
hésite ; il arrive qu'elle court une vingtaine de fois
d'une porte à l'autre, avançant la tête et reculant,
touchant les cartes d'entrée et les flairant avant de se
décider.
Il ressort des expériences de Yerkes que la souris
se laisse guider surtout par des différences d'éclaire-
ment, et qu'elle arrive même à une discrimination
des plus fines; au début des expériences, il n'y a choix
que quand le rapport des éclairements est de -j- ; dans
^ 1 la suite, il peut y avoir choix pour un rapport de -r- ou
même de Tq-- En ce qui concerne la détermination
du minimum de différence que la souris est capable d'apprécier, Yerkes a pu appliquer la loi de Weber- Fechner.
Cet auteur s'est demandé en outre si l'intensité de la stimulation électrique influence la rapidité de l'apprentissage, et, si oui, quelle est l'intensité la plus favorable; pour répondre à ces questions, il a fait plusieurs séries d'expériences avec leconcours de Dodson. Voici les principales conclusions : si les éclairements des deux portes d'entrée sont très différents, si par conséquent celles-ci sont faciles à distinguer l'une de l'autre, la durée de l'apprentissage décroit lentement avec les stimulations croissantes, et celles-ci deviennent nuisibles pour l'organisme avant qu'on ait trouvé l'optimum. Au contraire, quand les portes diffèrent peu l'une de l'autre, des essais plus nombreux sont
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nécessaires pour l'apprentissage, mais la vitesse de celui-ci croît rapidement avec les stimulations croissantes, jusqu'à un certain maximum. En résumé, plus la distinction entre les deux portes est difficile, plus l'intensité de la stimulation la plus favorable pour l'acquisition de l'habitude est voisine du seuil de l'excitation. En d'autres termes, une excitation forte se montre inliibitrice d'une discrimination très fine.
Ici encore les phénomènes psychiques complexes qui se passent dans la souris sont soumis à des lois précises.
Yerkes s'est servi pour garnir les portes d'entrée, en outre de cartons inégalement éclairés, de cartons de diverses couleurs, de diverses formes et tailles, et il a alors trouvé des résultats plutôt négatifs. La souris s'est montrée incapable de distinguer le vert du bleu et le violet du rouge; souvent, dans les cas où l'on pourrait croire qu'il y a discrimination des couleurs, ce qui intervient c'est un simple contraste dans les intensités de l'éclairement. De même la souris n'est jamais arrivée à distinguer entre cartons de diverses formes et tailles.
Il faut remarquer que, dans les conditions normales, la vision semble n'avoir qu'un rôle très peu important dans la vie de la souris dansante ; ce n'est qu'à la suite d'un apprentissage que les facteurs visuels commencent à jouer un certain rôle.
X-es travaux de Yerkes sur la souris dansante constituent une contribution très importante à la psychologie des animaux supérieurs ; il est désirable que les mêmes méthodes soient appliquées à d'autres ani-
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maux, car on arrivera ainsi à connaître un certain nombre des lois régissant l'activité de ces animaux.
Tout récemment, Yoakum ^ a étudié, au moyen de dispositifs analogues, la discrimination des températures chez les écureuils.
i. Yoakum. Some experiments upon the behavior of squirrels, Journ. of compar. Neurology a. Psychology, novembre 1909.