‹ La nuit d'avant, vaudeville en deux actesChapitre 15 sur 26 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

AIMÉE, COQUEVAL.

COQUEVAL.

Eh bien! Aimée?

Eh bien ! monsieur, en voiià-t-il une aventure ?

COQUEVAL.

Admirable ! Aimée , admirable. Je n'en ai pas dormi de la nuit; j'en ai même rêvé.

AIMÉE

Êtes-vous drôle !

COQUEVAL.

Je suis comme ça : sentir une jeune beauté là, si près de moi, avec mon voisin, ça me faisait bouillir le sang dans les veines!

AIMÉE

Mais pourquoi l'a-t-il laissée ici ? qu'en veut-il faire ? S'il l'avait emmenée dés le matin, tout était dit.,

COQUEVAL.

Oui, oui; je t'en souhaite ! Est-ce que dès le point du jour, je n'ai pas réuni tous mes témoins, distribué des postes à tout le monde : à la portière, à la crémière en face, à la fruitière, à la marchande d'huîtres ; ah ! elle aurait été bien fine si elle s'était échappée sans être vue. Et le commissionnaire du coin qui devait suivre les coupables, fût-ce au bout du monde !

AIMÉE

Vous me faites peur.

COQUEVAL.

Avise-toi d'avoir un amoureux, et tu verras.

AIMÉE

Cependant tous vos espions ne vous ont pas servi à grand' chose ce matin, puisque M. Frédéric est sorti seul.

Ah! ils ne m'ont pas servi! ton maître est sorti seul, oui ; mais où est-il allé?

AIMÉE

Comment l vous le savez?

COQTEVAL.

Si je le sais ! en bonne police on sait tout : monsieur Frédéric est allé aux messageries.

AIMÉE

Pourquoi faire ?

COQCBVAt,

Préparer un enlèvement.

AIMÉE

Vous croyez?

C0QUEVÂL.

On ne risque rien de le supposer.

AIMÉE

C'est vraiment admirable une police !

COQCEVAL.

Je le crois bien que c'est admirable !

Air ; Vaudeville de ï Apothicaire .

Qui pourrait n'être pas surpris En apprenant à !a connaître ?

La police à ses favoris Semble donner un nouvel être.

On a beau se montrer prudent , Tout se dévoile à leur approche...

Leur regard perce... et cependant Ils ont tous un œil dans la poche.

Qu'est-ce que tu tiens donc là , Aimée ?

AIMÉE

L'écharpe de la dame en question.

COQtJEVAL.

Ah! donne; tiens, c'est singulier , dans les cadeaux que j'ai envoyés à ma future, il y en avait une toute pareille.

AIMÉE

Oui-dà!

COQUEVAC.

Comment donc ! mais absolument pareille ; au fait , c'est tout simple , couleur à la mode. Nous avons dans les mains une pièce de cotiviction :

Air : Et voilà comme tout s'arrange.

Ici, d'un pareil abandon Sans peine on devine la cause ; Rarement de chez un garçon On sort sans laisser quelque chose.

Aussi, quand vous nous visitez, Prenez garde, fille jolie > On no peut pas , vous le sentez , Cbez les marchands de nouveautés Remplacer tout ce qu'on oublie.

AIMÉE

C'est juste; il y a des articles qu'ils ne tiennent pas.

' COQtJEVAL.

Il faut que je la contemple ; où est-elle?

AIMÉE

Là ! {Il va regarde}- au trou de la serrure. )

COQUEVAL.

Elle me tourne le dos ; elle tient un livre ; son bras s'arrondit avec une grâce... [Il revient sur le devant. ) Est-il heureux, ce Frédéric ?

AIMÉE. '

Dites donc que c'est un scélérat.

COQtlEVAL.

Ça n'empêche pas d'être heureux.

AIMÉE

Mademoiselle Héloïse n'est-elle pas jolie aussi?

COQUEVAL.

Oh! oui, elle l'est, et penser qu'elle est perdue pour moi!... Eh bien! Qu'est-ceque je dis donc là? je crois que c'est une bêtise.

AIMÉE

On ne risque rien de le supposer.

COQDEVAL.

Oui, certainement, c'est une bêtise, car je vais peut-être la retrouver. Oh! oh!

AIMÉE

Qu'est-ce qui vous prend?

Tu ne devines pas que le scandale de ce qui s'est passé ici cette nuit peut tout rompre, s'il est connu? Eh bien! il faut le faire connaître.

AIMÉE

C'est juste ; mai? votre autre mariage ?

COQUEVAL.

Ah! diable, tu as raison, je n'y songeais plus; ma future devrait être arrivée, et je m'étonne de n'avoir pas encore reçu un avis de mon beau-père; ah ! ma foi , tant pis , Héloïse est la première en date, el si je peux lu rattraper... II faut, à l'instant même, avertir madame Dubiay.

AIMÉE

.le vais courir à la maison.

'2li

coqvEVkt.

C'e«t ceia ; va , Aimée : oh ! excellente fille ; tu seras mon ange tutélaire.

AIMÉE , qui écoute à la porte d'entrée. Kh ! je l'entends.

COQCEVAL.

A merveille; préparons mon rapport circonstancié.

SCKNE IV.

AIMÉE, COQLEVAL, MADAME DUBRAY, DUPONT;

/'/ porte sur son bras une belle robe de chambre à ramages , et tient à la main des pantoufles chinoises.

Di'posT, en entrant et comme achevant un. récit. Et je vous assure, foi de Dupont, que je ne l'ai pas vue sortir.

MADABfE DITBBAT.

Quelle trahison ! mais aujourd'hui c'est donc un bois que le mariage ?

COQCEVAL, à part.

Il paraît qu'elle sait tout.

MADAME DUBRAY.

Et moi, qui, charmée de tout ce qu'on m'avait dit de lui hier, lui apportais une robe de chambre et des pantoufles chinoises... Prends-les, Aimée... Pantoufles, robe de chambre , femme; il n'aura rien! Plus de mariage! plus de gendre! [apercevant Coqueral. ) Ah! c'est vous, monsieur Coqueval ? bonjour.

COQUEVAL , s^approchant.

Permettez, madame, vous allez excessivement loin; mademoiselle Héloïse ne sera peut-être pas du tout de votre avis,

MADAME DCBRAY.

Mon Holoïse ! quel roup pour elle ! si sensible, si naïve ! Oh ! mon Dieu, mon Dieu! mais puisque monsieur Dupont n'a pas vu sortir la coupable, où est-elle donc?

COQCEVAL , montrant la chambre.

MADAME DrBRAV.

Dans la chambre à coucher de ma fille! quelle horreur! il faut qu'elle en sorte, qu'elle en sorte à l'instant même. Entrons.

COQCEVAL.

D'abord, il faudrait prier la demoiselle d'ouvrir.

MADAME DCBRAT.

Comment, la prier?

COQCEVAL.

Mais oui , attendu que la porte est fermée.

MADAME DlIBRAY.

li faut tout bonneuaent la jeter bas.

COQDEVAL.

Nous sommes dans notre droit. Vous m'autorisez?

MADAME DUBRAY.

Oui ! ( // prend son élan et lève le pied pour frapper. )

DUPONT, le retenant par le pan de son habit. Un moment! comme représentant du propriétaire, je m'y oppose.

coQUEVAL, la jambe en l'air.

C'est juste, les portiers sont les représentans naturels de la propriété.

MADAME DUBRAY.

Monsieur Dupont , allez chercher Un serrurier.

DUPONT

J'y cours, madame. ( // sort. )

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