SCENE Vil
FLÉOÉRIC, AUGUSTINE.
FRÉDÉRIC , d quelqu'un en dehors.
Maintenant je suis seul, vous pouvez entrer et vous reposer en toute confiance.
AVGOSTinE.
Où me conduisez-vous?... 0 ma mère!... ma mère!
FRÉDÉRIC
Pourquoi trembler ainsi? c'est me faire injure. Ah! loin de moi la pensée d'abuser de l'hospitalité que je vous donne. ( à part, l'examinant.) C'est qu'elle est charmante, en vérité! (haut, avec douceur et lui prenant la main.) Daignez donc approcher, je vous en conjure.
ArCCSTINE.
Pardon, monsieur, j'ai tort sans doute; car à présent que je vous vois mieux, vous m'avez l'air d'un honnête homme.
FRÉDÉRIC
Vous ne vous trompez pas. [cipart.) La situation est singulière; la veille d'un mariage !... Ah ! si madame Dubray soupçonnait... Au fait , Dieu sait comment j« sortirai de l'épreuve.
A-UGUSTIKE.
Je crois, monsieur, que je n'aurais pas dû vous suivre : seule, chez vous, au milieu de la nuit... O mon Dieu! mon Dieu!
FRÉDÉRIC
Rassurez-vous et songez qu'il n'y avait pas à choisir, puisqu'on a obstinément refusé de vous recevoir dans les différons hôtels où j'ai frappé.
ATJGCSTINE.
C'est vrai; il n'y a pas de notre faute.
FRÉDÉRIC , à part. V
Elle dit cela avec une naïveté... Ne me trompe-t-elle pas ? [haut.) Répétez-moi donc, mademoiselle, à quel hasard, heureux pour moi , je dois le plaisir de vous être utile. Au milieu des courses que nous avons faites pour retrouver votre demeure, c'est à peine si j'ai saisi...
AtGDSTINE.
Oh! monsieur, vous allez me trouver bien sotte et bien maladroite... Arrivée ce matin de Limoges avec ma famille, je m'étais couchée en descendant de la diligence et je n'avais donné aucune attention ni au nom de la rue, ni au nom de l'hôtel où mon père nous avait conduites; j'étais si fatiguée du voyage! Nous dormions encore, ma mère et moi, quand mon père est venu nous réveiller pour nous mener à l'Opéra voir Robert-le- Diahle. Nous sommes donc partis en fiacre; j'étais encore tout
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endormie et je ne sais pas bien même si mou sommeil n*a pas un peu continué pendant la pièce ; mais, à la sortie, au milieu de la foule immense qui se pressait et se poussait, j'ai tout à coup été séparée de mes parens, et, malgré tous mes efforts, il m'a été impossible de les retrouver.
Comme vous avez dû avoir peur !
AUGUSTINE
Ah! monsieur, jugez de mon désespoir; et ma pauvre mère, quelle ne doit pas être son inquiétude!... Sans vous, sans votre bonté, je serais encore sans asile, à une heure après minuit, au milieu d'une ville inconnue.
FRÉDÉRIC, lui prenant la main qu'elle retire doucement.
Pauvre enfant! (à lui-même à l'écart, en l'examinant.) Ce récit est-il exact? Plus je l'examine, plus son air de candeur et d'ingénuité me persuade; mais, si elle me trompe, comme elle se moquera demain de ma crédulité et de ma retenue! . . . Voyons, tâchons de savoir...
AUGUSTINE
Comme vous me regardez, monsieur ! A quoi pensez-vous donc ?
FRÉDÉRIC
Mais je pense à ce que je regarde. (// s'approche d'elle.) Vous ne m'avez pas encore dit votre nom ; il doit être bien joli , s'il vous ressemble.
AUGCSTiNE , embarrassée.
On me nomme Augustine Gibert.
FRÉDÉRIC , passant son bras autour de sa taille. Avec des yeux si doux, je serais bien surpris si vous étiez méchante.
AVGUSTINE, se dégageant.
Mais, monsieur, croyez-vous que nons ayons fait toutes les recherches nécessaires?... Peut-être, en essayant encore...
FRÉDÉRIC
Oh , non pas 1 Nous n'avons rien à nous reprocher ; près de deux heures de marche dans les rues de Paris, c'est bien honnête ! D'ailleurs, le portier ne nous r'ouvrirait pas sans s'informer... et pour rien au monde je ne voudrais vous exposer... Non, à demain de nouvelles recherches, je m'y engage sur l'honneur. Mais jusque-là, Augustine, ne m'enviez pas un bonheur qui doit durer si peu; laissez-moi m'enivrer du charme de votre présence!... Cet instant m'appartient!
( // devient pressant ; elle s'arrache de ses bras et s'élance vers la porte. )
ACGrSTlNE.
Ah ! monsieur...
FRÉDÉRIC
Que faites-vous ?
AtlGtSTINC.
Je sors.
FRÉDÉRIC
Et où ailez-vous?
AncrSTINE.
Je ne sais; mais partout je serai mieux qu'ici...
FRÉDÉRIC
Arrêtez !
ACGCSTiNE , pleurant.
Non, monsieur, non !... Oh ! comme vous m'avez trompée !
FRÉDÉRIC
Pardon, mademoiselle! pardon mille fois!. . . Oui, j'ai mal agi, j'ai manqué à mes promesses. . . Mais que voulez-vous? les circonstances de notre rencontre sonttellement singulières que. .. Ah ! je le vois, j'ai eu tort... j'ai osé douter... Daignez revenir. . . vous n'avez plus rien à craindre. Désormais vous êtes aussi en sûreté ici qu'auprès de votre mère; j'en prends le ciel à témoin !
Air : Faisons la paix.
Pardonnez-moi! (bis.)
Je fus coupable et je m'accuse ; Mais, si j'ai causé votre effroi , Tant de charmes sont mon excuse !
Pardonnez- moi ! {bis . )
AtJGOSTINE.
Je VOUS crois, je vous pardonne, et pourtant je tremble encore.
FRÉDÉRIC
Eh bien! Augustine, eh bien! un s^csl mot va vous rassurer tout-à-fait... Demain, je me marie.
ACGDSTiNE, Se rapprochant.
Vous vous mariez demain !
FRÉDÉRIC
Hélas oui!... Vous le voyez, je vous donne des armes contre moi.
ATJGCSXINE.
Et moi aussi, je vais me marier!
FRÉDÉRIC
Vous !. . . Ah ! c'est dommage. .. J'espère que vous n'avez plu;. peur à présent?... Pour me prouver que vous me pardonnez, veuillez vous asseoir près de moi.
(Elle s'approche, il la prend doucement par la main et la fait asseoir. On frappe à la porte. )