UN GROUPE DE SOLDATS FRANÇAIS, LE SERGENT, LE GÉNÉRAL
Le Général Sergent, quelles sont ces tombes?
Le Sergent Mon général, celles de nos camarades, Jean
et Jacques, que nous avons perdus cet aprèsmidi. Jean est tombé blessé en reconnaissance, il était là entre les tranchées. Jacques est allé le prendre sous les balles, et comme il le rapportait sur son dos, il est tombé à son tour. Tous deux sont morts en même temps, tués de la même balle. Nous n'avons pu avoir leurs corps qu'à la nuit et nous venons de les enterrer. C'étaient des jeunes gens de vingt ans. Jean était séminariste et Jacques était instituteur laïc.
Le Général, faisant distraitement le salut militaire.
Honneur aux braves ! — Les Allemands ne tirent plus?
Le Sergent
Voilà une heure qu'ils ont cessé. C'est la nuit de Noël. On pense qu'ils recommenceront à minuit. C'est leur genre de plaisanteries.
Le Général, montrant la remise.
Une baraque épargnée?
Le Sergent C'est là que nous rangeons l'âne du cantinier. Et ce soir le boucher y a mis le bœuf que nous mettrons demain dans la marmite.
Le Général, se penchant sur le puits.
Un beau puits et qui a l'air profond. J'espère que l'eau est saine ?
Le Sergent Il nous rend bien service.
Le Général Et qu'est-ce que vous étiez dans le civil, sergent? Vous avez une bien belle barbe.
Le Sergent Évêque, mon général. Évêque en Malaisie.
Le Général Montrez-moi vos tranchées. (Ils sortent).