‹ La nuitChapitre 100 sur 119 · LA CHANSON DES FORGES · texte numérisé non relu

LA CHANSON DES FORGES

Je vous entends, clameurs redoutables ! ô forges, Feux rouges allumés dans les pays chenus, Vous grondez sourdement, pareilles à des gorges Que gonflent des jurons à demi retenus.

Quand Thomme aveugle et fou croit dompter la matière, Dans vos gueules de feu les malédictions Roulent sinistrement comme un lointain tonnerre. Vous dites : Nous forgeons sans répit, nous forgeons,

Nous forgeons pour tes pieds le boulet et Tentrave, Slupide humanité! Nous forgeons les anneaux Des chaînes qui te font à jamais notre esclave. Va, travaille, halète, allume les fourneaux.

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Consume le charbon, fais ruisseler la fonte

Sur le sable fumant, bats, écrase le fer.

Trempe des sabres, fonds des canons, blinde et ponte

Les vaisseaux cuirassés qui mitraillent la mer,

Va, martèle, martèle et construis sans relâche Les machines, qui mieux que les anciens donjons Asservissent le peuple et le font pauvre et lâche... Stupide humanité, nous forgeons, nous forgeons

Le travail monstrueux avec la maladie, Nous forgeons la chlorose et l'abrutissement Et la haine et le meurtre et le rouge incendie Et l'émeute sanglante et le lourd châtiment.

Nous forgeons le destin de ta décrépitude ; Nous broierons tes enfants sous nos pilons de fer. En crachant vers le ciel tout tremblant d'hébétude La suie et le charbon de notre affreux enfer !

Vois! Dans l'azur souillé nos hautes cheminées. Hampes des noirs drapeaux qui proclament ton sort, Déroulent sur l'horreur des landes calcinées Leurs étendards de deuil, d'esclavage et de mort !

A UTREFOIS

J'ai respiré l'amour comme un bouquet de fleurs, Dont les parfums légers et les fraîches couleurs Faisaient voltiger mes baisers, ivres de joie, Tels que des papillons de velours et de soie.

J'ai savouré l'amour comme un fruit succulent, Qui fondrait dans la bouche, exquis, discret et lent,

O coupes de saphir où mousse la lumière,

Les yeux bleus m'ont versé l'ivresse printanière!

O coupes de rubis où bouillonne le sang,

Les bouches m'ont versé leur vertige puissant!...

— Tombez sur le passé, brumes de la mémoire!

Puis, enveloppe-moi, nuit profonde, nuit noire, Dans les plis désormais inertes du linceul Où je vais m'endormir froid, inmiobile et seul.

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