‹ La nuitChapitre 2 sur 119 · ALBERT GIRAUD · texte numérisé non relu

ALBERT GIRAUD

en témoignage

d'une inaltérable amitié

et dune admiration profonde

ces poèmes

sont affectueusement

dédiés.

■ . ci.»-e^,>-.v.^

AVER TISSEMENT

Le volume que Von présente ici au public est la première partie d*une composition dont les divisions suivantes seront intitulées : L'Aube et La Lumière.

L'auteur l'avoue en tremblant : il tente d'accomplir sur un plan lyrique le sublime pèlerinage de r Enfer, du Purgatoire et du Paradis, Toutefois ce n'est pas un voyageur qui erre dans ces mondes augustes et redoutables et qui décrit ce qu'il y voit, c'est un acteur multiple et passif , qui les trouve dans l'intérieur de son âme, qui souffre tour à tour tous les supplices de V Enfer, qui pleurera toutes les larmes du Purgatoire, qui chantera toutes les béatitudes du Paradis.

Quelques personnes critiqueront, peut-être, le sata-

nisme du présent ouvrage. L'auteur les prie de considérer quil a dû décrire VEnfer avant le Ciel et qu'il ne pouvait prêter à r abîme le langage des régions célestes. Que si on lui reproche d'avoir peint le Mal sous des couleurs attrayantes, il répondra que, privé de séductions, le Mal n'existerait pas. Mais il existe; il fascine les âmes et les enlace dans ses replis comme un reptile aux écailles chatoyantes; il les broie et les brûle comme un serpent de feu. Cependant^ au milieu des pires ivresses^ cette âme collective^ que l'auteur fait parler y ne perd pas un instant la notion claire du bien et du mal; elle appelle péché ce qui est péché ^ mensonge ce qui est mensonge ; prisonnière du mal, elle souffre, elle pleure^ elle crie en attendant la délivrance.

Ici donc c'est l'Enfer. Vous qui voule^ entrer, vous êtes avertis.

INVOCA TION

Du fond d'un gouffre infect en pleurant je t'invoque, Muse des désespoirs, Reine des Insurgés, Toi qui verses la haine au cœur des affligés. Mère du spleen bizarre et de Thorreur baroque.

Amante des bijoux, du luxe et de la loque, Rose des paradis dans Topium songes.

Maîtresse des beaux vers par la douleur forgés. Viens à moi dans la boue où mon âme suffoque.

De tes noires clartés je nourrirai mes yeux ; Je veux repaître en toi tous mes sens furieux De plaisirs incréés et d'amours impossibles.

Soûle-moi de baisers ! Soûle-moi de poison !

Et jusque dans l'azur des cieux inaccessibles Comme un soleil levant fais sauter ma raison I

Page 1