LE MIROIR MAGIQUE
Ville immonde, cloaque où coasse, la fange
Aux dents, la lèpre au ventre, un peuple de carcasses
Fétides, grimaçant les vieux rites cocasses,
Quel magique miroir me creuse un ciel étrange?
Pur acier, vierge azur ébloui d'un vol d'ange. Lumière ivre où s'endort la paix des ailes lasses, O mon cœur, aigle amer, c'est l'air clair où tu chasses Tes songes éployant leur chantante phalange.
Hors du subtil mirage où l'avenir m'attire.
Tous ces baisers ailés de leur rose sourire Mourront, flasques et vains, sous ma bouche déçue.
Sorcières ! Le bonheur prévu n'a plus de joie ! Et nulle chair future en image conçue N'assouvira ma faim d'une idéale proie.
SUR LOREILLER
Ma veilleuse est morte et le jour Tourmente mon carreau livide.
Mon pauvre oreiller veuf d'amour, J'entends, j'entends bien qu*il se vide.
J'entends le murmure que font
Des bruissements de plumages
Voletant, heurtant le plafond
D'un doux brouillard plein de ramages,
Mon silence écoute. J'entends Des phrases de songe et de fièvre.
Des soupirs, des cris haletants.
Des baisers d'équivoques lèvres,
Et tout ce passé proféré Sur cet oreiller de caresses Où j'agonisais, enivré De trop d'ivresses pécheresses.
Oui, par ce froid matin lustral, S'envolent ces folles paroles, Ouvrant leur pennage augurai Vers d'orientales corolles :
Couroucous aux cous smaragdins.
Languides tourterelles roses, Et, pour Teffroi des clairs jardins, Noirs corbeaux qui mangent des roses.
Mais les tiennes, doux être aimé Entre tous, tes douces paroles S'élèvent dans Tair parfumé Et tout palpitant d'auréoles,
— Tes paroles, anges soyeux.
Aux longues ailes de mystère, Baisers profonds nés pour les cieux, Où les lèvres font la lumière !
Adieu ! Par ce matin lustral.
Forçant la fenêtre livide.
Un souffle d'hiver augurai Enfle seul mon oreiller vide.