‹ La nuitChapitre 43 sur 119 · CHA TIMENT · texte numérisé non relu

CHA TIMENT

Mes yeux tristes, mes yeux coupables, Mes yeux qui violaient les yeux Et sondaient les reins impalpables De leurs longs regards vicieux ;

Mes yeux, ô convives sans joie Des soirs où les toasts libertins Font lever les jupes de soie Au rire des flambeaux éteints ;

Mes yeux, lents visiteurs des salles De la morgue, amis du grabat Où, sous les couvertures sales, La mort du pauvre se débat ;

Mes yeux, fiers des secrets farouches Qu'ils tiraient des cœurs ténébreux Malgré le mutisme des bouches ; Mes yeux savants et malheureux,

Mes yeux, mélancoliques urnes, Pleines de pleurs et de péchés.

L'archange des terreurs nocturnes Les a méchamment arrachés ;

Et, dans les lugubres ténèbres, Gonflés, monstrueux et pareils A d'énormes lunes funèbres Qui ne verront plus les soleils.

De ses mains jamais assoupies Il les fouette, Tange irrité, — O pâles, souffrantes toupies.

Où tournent pour l'éternité

La fuite errante des nuages, Le regret des étoiles d'or.

Et, — loin des calmes paysages Où le cœur fatigué s'endort, —

Le désespoir des chairs fleuries, Des chairs, ah! trop avidement.

Trop douloureusement chéries Dans leur extase et leur tourment !

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