FATUM
Aimerons-nous toujours ce qui nous fait souffrir, Les cœurs capricieux, les candeurs éternelles Et lalcool meurtrier des amours criminelles?
— Nous adorons les dieux parce qu'ils font mourir.
Ta beauté me torture et je ne puis te fuir, Ange mystérieux des hontes fraternelles, Sombre e|: terrible fleur des ténèbres charnelles, Morne comme une plaie impossible à guérir.
J'attire les serpents dont je crains la morsure; Je rampe dans les puits où me guette la peur ; J'aiguise les couteaux qui perceront mon cœur.
Ah ! j'ai reçu la vie ainsi qu'une blessure Dont les lèvres jamais ne se doivent fermer Et je hurle à la mort lorsque je veux aimer.
HALL UCINA TION
Quelqu'un a dévissé le sommet de ma tête;
Mon cerveau rouge luit comme une horrible bête.'
Sac vineux d'une pieuvre énorme, il s'arrondit, Il palpite, il s'agite et tout à coup bondit.
Traînant de longs filets de nerfs tentaculaires, Il nage, peuplant Tair de suçoirs circulaires.
Il nage éperdument, menaçant, triomphant.
Dans les lieux fréquentés par la femme et l'enfant.
Ses lourds et sombres yeux, tout de braise et de soie. Brillent hideusement lorsque passe une proie.
Malheur aux jeunes fronts fiers, rêveurs et pensifs : La bête les enlace en ses nœuds convulsifs.
Elle a faim de la pulpe où saignent les idées Et son bec dur se plaît aux têtes bien vidées.
Elle dévore tout : rêves, craintes, désirs, La neige des vertus et le feu des plaisirs.
Et, le repas fini, la monstrueuse bête Rentre, pour digérer et dormir, dans ma tête.