LA FAIX CHEZ LES BÊTES
Nonoche soupire, bâille et enjambe son lils avec précaution. La tiédeur du perron est agréable aux pattes. Une libellule grésille dans L'air, et ses ailes de gaze rêche frôlent par bravade les oreilles de Nonoche qui frémit, fronce les sourcils et menace du regard la longue bête en mosaïque de turquoises...
Les montagnes bleuissent. Le fond de la vallée s'enfume d'un brouillard blanc qui s'effile, se balance et s'étale comme une onde. Une haleine fraîche monte déjà de ce lac impalpable, et le nez de Nonoche s'avive et s'humecte. Au loin, une voix connue crie infatigablement:
« Allons-v'nez — allons-v'nez — allonsv'nez... mes vaches! Allons-v'nez — allonsv'nez... » Des clarines sonnent, le vent porte une paisible odeur detable, et Nonoche pense au seau de la traite, au seau vide dont elle léchera la couronne d'écume... Un miaulement de convoitise
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et de désœuvrement lui échappe. Elle s'ennuie. Depuis quelque temps, chaque crépuscule ramène cette mélancolie agacée, ce vide et vague désir...
La première chauve-souris nage en zigzag dans l'air. Elle vole bas et Xonoche peut distinguer deux yeux de rat, le velours roux du ventre en figue... C'est encore une de ces bêtes où on ne comprend rien et dont la conformation inspire une inquiétude méprisante. Par association d'idées, Xonoche pense au hérisson, à la tortue, ces énigmes, et passe sur son oreille une patte humide de salive...
Mais quelque chose arrête court son geste, quelque chose oriente en avant ses oreilles, noircit le vert acide de ses prunelles...
Du fond du bois où la nuit massive est descendue d'un bloc, par-dessus l'or immobile des treilles, à travers tous les bruits familiers, n'a-t-elle pas entendu
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venir jusqu'à elle, traînant, sauvage, musical, insidieux, — l'appel du Matou }
Elle écoute... Plus rien. Elle s'est trompée... Non ! L'appel retentit de nouveau, lointain, rauque et mélancolique à faire pleurer, reconnaissable entre tous. Le cou tendu, NOnoche semble une statue de chatte, et ses moustaches seules remuent faiblement, au battement de ses narines. D'où vient-il. le tentateur ?
Qu'ose-t-il demander et promettre ? 11 multiplie ses appels, il les module, se fait tendre, menaçant, il se rapproche et pourtant reste invisible; sa voix s'exhale du bois noir, commela voixmêmede l'ombre...
« Viens !... Viens !... Si tu ne viens pas ton repos est perdu. Cette heure-ci n'est que la première, mais songe que toutes les heures qui suivront seront pareilles à celles-ci, emplies de ma voix, messagères de mon désir... Viens !...
« Tu le sais, tu le sais que je puis me
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lamenter durant des nuits entières, que je ne boirai plus, que je ne mangerai plus, car mon désir suffit à ma vie et je me fortifie d'amour !... Viens !...
« Tu ne connais pas mon visage et qu'importe ! Avec orgueil, je t'apprends qui je suis : je suis le long Matou déguenillé par dix étés, durci par dix hivers. Une de mes pattes boite en souvenir d'une vieille blessure, mes narines balafrées grimacent et je n'ai plus qu'une oreille, festonnée par la dent de mes rivaux.
V force de coucher sur la terre, la terre m'a donné sa couleur. J'ai tant rôdé que mes pattes semellées de corne sonnent sur le sentier comme le sabot du chevreuil. Je marche à la manière des loups, le train de derrière bas, suivi d'un tronçon de queue presque chauve... Mes flancs vides se touchent et rna peau glisse autour de mes muscles secs, entraînés au rapt et au viol... Et toute cette laideur me
fait pareil à l'Amour ! Viens !... Quand je paraîtrai à tes yeux, tu ne reconnaîtras rien de moi, — que l'Amour !
« Mes dents courberont ta nuque rétive, je souillerai ta robe, je t'infligerai autant de morsures que de caresses, j'abolirai en toi le souvenir de ta demeure et tu seras, pendant des jours et des nuits, ma sauvage compagne hurlante... jusqu'à l'heure plus noire où tu te retrouveras seule, car j'aurai fui mystérieusement, las de toi, appelé par celle que je ne connais pas, celle que je n'ai pas possédée encore... Alors tu retourneras vers ton gîte, affamée, humble, vêtue de boue, les yeux pâles, l'échiné creusée comme si l'enfant y pesait déjà, et tu te réfugieras dans un long sommeil tressaillant de rêves où ressuscitera notre amour... Viens!... »
Xonoche écoute. Rien dans son attitude ne décèle qu'elle lutte contre elle-même, car le mensonge est la première parure
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dune amoureuse... Elle écoute, rien de plus...
Dans sa corbeille, l'obscurité éveille peu à peu son fils qui se déroule, chenille velue, et tend des pattes tâtonnantes... 11 se dresse, maladroit, s'assied, plus large que haut, avec une majesté puérile. Le bleu hésitant de ses yeux, qui seront peutêtre verts, peut-être vieil or, se trouble d'inquiétude. Il dilate, pour mieux crier, son nez chamois où aboutissent toutes les rayures convergentes de son visage... Mais il se tait, malicieux : il a vu le dos bigarré de sa mère, assise sur le perron.
Debout sur ses quatre pattes courtaudes, fidèle à la tradition qui lui enseigna cette danse barbare, il s'approche, les oreilles renversées, le dos bossu, l'épaule de biais, par petits bonds de joujou terrible, et fond sur Nonoche qui ne s'y attendait pas... La bonne farce! Elle en a presque
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cric. On va sûrement jouer comme des fous jusqu'au dîner !
Mais un revers de patte nerveux a jeté l'assaillant au bas du perron, et maintenant une grêle de tapes sèches s'abat sur lui. commentées de fauves crachements et de regards en furie!... La tête bourdonnante; poudré de sable, le fils de Xonoche se relève, si étonné qu'il n'ose pas demander pourquoi, ni suivre celle qui ne sera plus jamais sa nourrice et qui s'en va très digne, le long de la petite allée noire, vers le bois hanté...
Un. deux, trojs, quatre... Non, je me trompe. Un, deux, trois, quatre, cinq, six... Non, cinq. Où est le sixième? Un, deux, trois... Dieu, que c'est fatigant ! A présent, ils ne sont plus que quatre. J'en deviendrai folle. Petits! petits! Mes fils, mes filles, où ètes-vous }
« Quel est, celui qui se lamente entre le mur et la caisse de géraniums? Je ne dis pas cela parce que c'est mon fils, mais il cric bien. Et pour le seul plaisir de crier,
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car il peut parfaitement se dégagera reculons. Les autres?... Un, deux, trois... Je tombe de sommeil. Eux. ils ont tété et dormi, les voilà plus vifs qu'une portée de rats. Je m'enroue à répéter le roucoulement qui les rassemble, ils ne m'obéissent pas. A force de les chercher, je ne les vois plus, ou bien mon souci les multiplie. Hier n'en ai-je pas compté, effarée, jusqu'à neuf ? Ce jardin est leur perdition. « Attention, vous, là-bas! On ne passe pas, on ne passe jamais sous la grille du chenil : combien de fois faudra-t-il le redire? Quand comprendrez-vous, enfant de la gouttière, bâtard sans instinct, ce que vaut cette chienne? Elle vous guette derrière ses barreaux et vous goberait comme un mulot, quitte à s'écrier ensuite : « Oh! c'était un petit chat? Quel dom- « mage ! Je me suis trompée ! » Elle a des yeux doux, de velours orange, et souvenez-vous de ne vous fier jamais à son sau-
vage sourire!... Par contre, je vous accorde d'aller, tous, essayer vos griffes enfantines, encore flexibles et transparentes, sur le liane coriace et le museau de la bouledogue. En dépit de sa laideur — j'ai honte pour elle quand je la regarde ! — elle ne ferait pas de mal à une mouche : c'est à la lettre, car les mouches se jouent de sa gueule en caverne, toujours béante, piège inoffensif dont le ressort, chaque fois, happe le vide. Celle-là, roulez sous ses pattes, sous son ventre, cardez-la comme un tapis, profitez de sa chaleur nauséabonde — elle est votre servante monstrueuse, la laide négresse de mes enfants princiers.
<« Petits, petits!... Un, deux, trois... Sincèrement, je voudrais être de deux mois plus vieille ou de trois semaines plus jeune. Il y a vingt jours, je les avais tous les six dans la corbeille, aveugles et pelucheux: ils ne savaient que ramper et, sus-
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pendus à mes mamelles, onduler d'aise comme des sangsues. Une fièvre légère égayait mon épuisement, j'étais une douce machine stupide et ronronnante qui allaitait, léchait, mangeait et buvait avec un zèle borné. Comme c'était facile ! Maintenant, ils sont terribles, et quand il faudrait sévir, ma sévérité désarme rien qu'à les voir. Il n'y a rien au monde qui leur ressemble. Si petits, et déjà pourvus des signes éclatants qui proclament la pureté d'une lignée sans mésalliance ! Si jeunes, et portant en cierge leur queue massive, charnue à la base comme une queue de petit mouton ! Azurés, bas sur pattes, le rein court, gais debout et mélancoliques assis, à l'image de leur glorieux père. Dans deux semaines, leurs prunelles d'un bleu provisoire vont se troubler de paillettes d'or, d'aiguilles micacées d'un vert précieux. Ils cesseront d'être pareils, l'œil grossier des hommes discernera les crânes
larges des jeunes matous, les nuques minces des chattes et leurs joues effilées; une susceptibilité hargneuse armera contre moi, et moi contre elles, ces petites femelles ingénues... Quant à leur pelage, je n'en dirai rien pour ne me point louer moimême. Sur leur tête, dans ce duvet bleu d'orage, quatre raies plus foncées, capricieuses comme les ondes qui moirent un profond velours, s irisent ou fondent selon la lumière...
« Où sont-ils? Où sont-ils? Un, deux... Deux seulement! Et les quatre autres ?
Répondez, vous deux, sottement occupés l'un à manger une h'celle, l'autre à chercher l'entrée de cette caisse qui n'a pas de porte! Oui, vous n'avez rien vu, rien entendu, laids petits chats-huants que vous êtes, avec vos yeux ronds !
i ... Ni dans la cuisine, ni dans le bûcher ! Dans la cave? Je cours, je descends. je flaire... rien... Je remonte, le jardin
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m 'éblouit... Où sont les deux que je gourmandais tout à l'heure > Perdus aussi?
Mes enfants, mes enfants! Au secours, ô Deux-Pattes, accourez, j'ai perdu tous mes enfants! Ils jouaient, là. tenez, dans la jungle de fusains : je ne les ai pas quittés, tout au plus ai-je cédé, une minute, au plaisir de chanter leur naissante gloire, sur ce mode amoureux, enflé d'images, où ressuscitent mes origines persanes...
Rendez-les moi, ô Deux-Pattes puissants, dispensateurs du lait sucré et des queues de sardines! Cherchez avec moi, ne riez pas de ma misère, ne me dites pas qu'entre un jour et le jour qui vient je perds et retrouve cent fois mon sextuple trésor ! Je redoute, je prévois un malheur pire que la mort, et vous n'ignorez pas que mon instinct de mère et de chatte me fait deux fois infaillible !...
i Tiens !... D'où sort-il, celui-ci >... C'est, ma foi. mon lourdaud de premier.
LA MÈRE CHATTE m
tout rond, suivi de son frère sans malice, Et d'où vient celle-ci. petite femelle impudente, prête à me braver et qui jure,, déjà, en râlant de la gorge ? Un, deux, trois... Trois, quatre, cinq... Viens, mon sixième, délicat et plus faible que les autres, plus tendre aussi, et plus léché, toi pour qui je garde l'une de mes lourdes mamelles d'en bas, inépuisable, dans le doux nid duveté de poil bleu que te creusent mes pattes de derrière.., Quatre, cinq, six... Assez, assez! Je n'en veux pas davantage ! Venez tous dans la corbeille, à l'ombre fine de l'acacia. Dormons, ou prenez mon lait, en échange d'une heure de répit — je n'ai pas dit de repos, car mon sommeil prolonge ma vigilance éperdue, et c'est en rêve que je vous cherche et vous compte : un, deux, trois, quatre... »
Un crépuscule d'hiver. Le feu s'éteint. Le chat est assis et rêve. Grand silence.
Elle. — Chat ! Que regardes-tu dans ce coinr
Le Chat. — Rien. Le noir.
Elle. — Tu t'ennuies ?
Le Chat. — Non.
Elle. — Moi, je m'ennuie... .
Le Chat. — Fais comme moi : regarde dans le noir.
Elle. — Oh! non... Veux-tu la balle de laine?
ii4 LA PAIX CH1 Z LÈS Bl i :
Le Chat. — Ce n'est pas l'heure. Je joue à autre chose. Fais comme moi : joue. Ouvre tes yeux très grands, ne cligne pas, et regarde.
Elll. — Mais regarder quoi?
Le Chat. — Regarde! Ne cherche pas.
n'appelle rien : tout va venir devant toi... Que vois-tu?
Elle. — Presque rien... Un vase gris — je sais qu'il est là — et des roses couleur de brume, devant la fenêtre... Le col élancé d'une lampe... Un rideau de soie qui semble retenu et drapé par une main invisible.
Lk Chat. — Invisible?
Elle. — Oui... Je veux dire qu'il n'y a pas de main.
Le Chat. — Pas de main? Je la vois.
Elle. — Ne me fais pas peur !
Le Chat. — Ce n'est pas pour t"effrayer, c'est pour t'apprendre le jeu. Vois la main qui soulève le rideau !
LE TENTATEUR n5
Elle. — Non...
Le Chat. — Une longue main, presque cachée par les plis du rideau, mais j'entends le grincement léger des ongles dans la soie... Tu entends?
Elle. — Non...
Le Chat. — Tu vas entendre. Ecoute bien! Ecoute très fort! que tes oreilles remuent sous tes cheveux! Tu entends?
Elle. — J'entends... Mais c'est le bruissement de mes cheveux contre mes oreilles.
Le Chat. — Tu ne sais pas encore le jeu. Cela va venir... Ah ! le rideau a remué! Tu as vu?
Elle. — Je ne sais pas... Je ne suis pas sûre...
Le Chat. — Si! La main vient de relever un peu le rideau de soie. La fenêtre est plus grande à présent, et bleue comme la neige sous la lune...
K:.!.e. — La neige... sous la lune...
in'. I. \ PAIX CH1 / Il s l'.i I ES
Le Chai. — C'est la neige sous la Lune... Tu vois, maintenant, la main sur le rideau ?
Elle. — Oui...
Le Chat. — Et quoi encore >
Elle. — Je vois aussi le col élancé de la 1...
Le Chat. — Chut !... de la bète serpentine, dressée contre la baie pleine d'eau transparente...
Elle, faiblement. — Mais c'était de la neige...
Le Chat, impérieux. — C'est de l'eau transparente et bleue, à présent ! Joue le ieu, ou je te laisse!
Elle. — Ne me laisse pas !...
Le Chat. — Joue le jeu, alors! Le col élancé de la bête serpentine, tu le vois qui se penche, se penche, et rampe vers...
Elle, docilement. — ...Vers le vase gris où trempent les roses... Mais où sontelles
Le Chat. — Suis la bête! Tu peux la suivre ?
Elle. — Oui... attends... Elle rampe, elle est noire, mais, à chaque vague d'écaillés de son dos, s'allume un point de lumière mouillée. . . Viens ! Les roses sont là.Tulesentendss'effeuiller?Le glissement des pétales est si doux contre les tiges... Dans l'obscurité, on dirait qu'une main douce descend le long d'une jambe lisse...
Le Chat. — Tu joues mal. Ce n"est pas la rose qui s'effeuille, c'est le glissement soyeux d'une main douce, contre une jambe lisse.
Elle, en sursaut. — Non ! je ne veux pas ! Ou j'allume la lampe !
Le Chat, très doux. — Ne te fâche pas ! je me trompais. Ce sont des roses... Tout un jardin de roses...
Elle. — Oui, mais si pâle ! Couleur de cendre, et laiteux... Es-tu sûr qu'il soit désert }
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Le Chat. — Désert. Mais, au tournant de chaque allée, serpente le beau col de la bête vipérine.
Elle. — Que me parles-tu de la bète onduleuse? C'est un ruisseau. Si mince, tu vois? comme un bracelet. Et murmurant, adonner soif! Puis-je boire?
Le Chat. — Ne bois pas ! C'est un serpent !
Elle. — A mon bras alors ! ou à mon cou... Ah! qu'il est doux! On dirait...
Le Chat. — ...La caresse d'une main lisse, au long d'une chair tiède qui tressaille...
Elle, suppliante. — Non. non! rendsmoi la lumière! J'ai peur!
Le Chat, très doux. — Comme tu es faible ! la nuit rassurante nous garde. Voile-toi de tes cheveux, si tu veux. Mais personne ne verra combien, égarée, tu semblés chérir ta crainte. 11 n'y a personne dans les jardins où je te mène. Des allées
où les pas ne marquent point, des fleurs sans visage, et pas d'autre miroir que ce vivier bleuâtre, là-bas...
Elle. — Mais c'était la fenêtre bleue?
Le Chat. — ... Que ce vivier bleuâtre, où les queues des poissons égratignent le reflet de la lune... Remue, du bout de ton pied nu. cette eau lourde où dort, fraternel, le serpent qui glissa de ton bras... Descends une marche... encore une marche... Tu veux te baigner?
Elle. — Que l'eau est douce!... Elle étreint mes chevilles comme deux bracelets tièdes, et monte à mes genoux...
Le Chat. — ...Comme deux mains soyeuses, dont la caresse tourne sur une chair lisse...
Elle. — Hélas !...
Le Chat. — Ne te défends pas.
Couche-toi. parmi les moires de l'eau et les anneaux du serpent. Je t'abandonne ici. Je vais à mes jardins, où tu ne me
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suivras pas, toi que le crépuscule, le et le sommeil rejettent, implacablement, au même voluptueux souvenir. Mais hésite, une autre fois, à troubler le songe éveillé d'un Chat assis, à la nuit tombante, auprès d'un rideau de soie, entre une lampe au col élancé et le vase où se fanent des roses...